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Les polars et thrillers

DANS LA TÊTE D'UNE DÉPRESSION

Jean-François Gaudin

couverture du livre DANS LA TÊTE D'UNE DÉPRESSION


DANS LA TÊTE D'UNE DÉPRESSION
Jean-François Gaudin
En lecteur libre | Texte intégral
Éditions Jerkbook, 2016
ISBN : 979-10-94391-07-5

AVERTISSEMENT

À la demande de l'auteur, le nom de la psychiatre n'est pas cité.
Ce texte n'a jamais été destiné à être publié.
Jean-François Gaudin m'a dit lorsque je l'ai rencontré, qu'il avait noirci des feuilles pendant les deux ans qu'avait duré sa dépression parce qu'il ne se voyait pas à utiliser sa guitare dans le centre de repos où il a séjourné, comme le lui avait préconisé la psychiatre qui le suivait. Il s'est alors mis à écrire sa vie au jour le jour. Il m'a confié qu'il consignait ses pensées sur des feuilles qu'il remettait ensuite à sa psychiatre.
Elle s'asseyait près lui dans le fauteuil de sa chambre, lors de ses visites quotidiennes, les lisait, puis elle les emportait avec elle pour les classer dans le dossier de Jean-François. Vers la fin de sa dépression, avec la timidité et la délicatesse qui le caractérisent, Jean-François lui demanda s'il pouvait récupérer ses feuilles. La psychiatre lui a répondu que : « Oui, bien sûr », en lui précisant, tout sourire : « Vous n'êtes pas mon plus vieux patient, mais vous êtes mon plus gros dossier ».
Et c'est ainsi que Jean-François est reparti avec sa pile de feuilles sous le bras, qu'il a rangée chez lui dans un coin.
Si je suis tombé en possession de ces pages, c'est parce qu'il m'arrive d'écrire des livres, et qu'avec Jean-François, nous avons parlé de nos passions respectives et similaires lors d'une rencontre fortuite. Et comme j'ai l'esprit curieux, j'ai voulu me rendre compte.
Cela n'a pas été possible immédiatement, car Jean-François m'a dit : « Oh ! je n'ai jamais retouché à ces feuilles depuis le temps de ma dépression, elles doivent être déclassées telles que me les a rendues ma psychiatre ».
J'ai donc dû attendre quelque temps que Jean-François réordonne tout cela.
Et c'est ainsi que j'ai hérité d'un paquet de 432 feuilles écrites à la main. Je les ai lues, fait des coupes afin d'éliminer les redites, et fait un peu de remise en forme, mais très peu.
Il en résulte une confession très épurée, sans artifice et sans aucune retenue. Le texte est criant de sincérité, poignant, parfois drôle, et surtout, surtout, il s'en dégage qu'avec de la volonté et l'aide d'un entourage, médical et affectif, l'on peut se sortir de bien des situations, aussi désespérées soient-elles.
J'ai aimé ce texte et je pense qu'il en sera de même pour vous.
Jean-François Pissard

DANS LA TÊTE D'UNE DÉPRESSION

Vendredi 13 mars 1998
J'ai mal. Je ne sais plus où j'en suis, je ne sais pas ce que je fais là. Ma seule évidence est cette souffrance qui me tenaille depuis des mois, et qui perdure dans cette chambre d'hôpital. Que va-t-il m'arriver ? Pourquoi toujours cette envie de rien. J'ai juste envie de dire et répéter : j'ai mal… j'ai mal ! J'en ai marre d'avoir mal.
~
Samedi 14 mars
Je fais connaissance de la psychiatre qui va me suivre. Elle dégage une bonne énergie, un charisme certain. Elle me rassure. Cela faisait partie de mes nombreuses peurs. Comment serait le médecin qui allait me suivre pendant mon séjour ? J'avais de bonnes raisons de m'inquiéter, j'en ai tellement connu quand j'étais infirmier. Mais là ça va, elle me paraît être 'normale'…
~
Dimanche 15 mars
Est-ce le traitement, est-ce mon organisme qui ne veut plus rien engranger, mais je ressens un dégoût permanent. Je n'ai jamais faim, l'idée de manger me provoque une souffrance supplémentaire.
~
Lundi 16 mars
J’ai l’impression que l’angoisse monte toujours en fin de matinée. Je pense à l’heure du repas qui approche et ça provoque un écœurement. Je pense toujours à cette envie de rien, j’ai l’impression de ne pas avancer, je suis de plus en plus dans ma chambre où je ressens ce besoin d’écrire. Une carte postale ou deux et après je m’accroche à ce bloc de papier, seul endroit où je déverse mes peurs.
~
J’ai peur de mon retour à Poitiers , je ne peux pas me l’imaginer, cette démarche est pour moi impossible, angoissante.
~
À seize heures, je vais aller prendre mon café. Pourquoi l’infirmière a eu l’air de tiquer quand ma psy a dit qu'elle me prescrivait un supplément d’une crème. Je crois qu’elle a dû souffler ou faire un signe avec son visage, mais ma psy lui a répondu : « Vous trouvez qu’il est trop chouchouté ? », ou quelque chose comme ça. Ça n’a duré que quelques secondes. Mais que voulait dire cette infirmière ? Que c’était de la comédie de ma part ? J’ai bien aimé la réaction ferme et rapide de ma psy. Elle m’a défendu, je l’aime vraiment beaucoup. Si elle savait cette infirmière que même pour un pot de crème, je me force aussi. Je sens que je vais me sentir gêné de demander cette crème avant d’aller prendre mon café.
~
J’ai pris mon traitement à vingt-et-une heures. Est-ce le traitement, la douche, le yoga, l’écriture de la journée, mais je profite de ce moment de calme que je ressens en moi. C’est si rare.
~
Vers minuit et demi, je me réveille, je me sens calme. J’ai un peu mal au ventre, mais je sens que je vais me rendormir. Petit à petit des idées m’envahissent l'esprit,  mais doucement au départ. Je repense à ce que m’a dit ma psy sur le fait que j’étais sensible à mon apparence. Je réfléchis et je pense que ce n’est pas à mon apparence que je suis sensible, mais juste à mon visage. Mon corps, mon habillement ne me dérangent pas, mais mon visage si. Je me mets à penser à l’acné de mon adolescence. Je restais dans ma chambre, et dès qu’il y avait du  oleil je m’exposais le visage, je pensais que ça le ferait guérir. Combien de lotions, de crèmes, j’ai pu mettre à cette époque. J’avais les joues couvertes d’acné, avec des grosses pustules. Ça passera, on me disait. À dix-neuf ans, un jour, on m’a appelé 'Bol de pus'...
~
Je n’ai plus du tout envie de dormir, ma cogitation semble s’accélérer. Je me souviens qu’au début de ma sieste l'autre jour, je me disais que je ne me pendrai pas, et là je pense aux deux pendus que j’ai vus dans ma carrière, surtout le deuxième. C’était il y a deux ans. C’est un collègue et moi qui l’avons décroché. Il s’était pendu à une poignée de fenêtre avec une serviette de toilette nouée autour du cou. Il semblait juste appuyé-là, sur le radiateur. Je me souviens du mal que nous avons eu à le décrocher, il était très gros, très lourd. Nous avons dû nous y prendre à deux fois pour pouvoir le soulever et l’allonger par terre. Notre impuissance à le réanimer, il était mort. Après le SAMU, la police. Par contre, pour une fois, j’avais trouvé notre médecin sympa. Il nous a réuni le soir pour nous parler du traumatisme que cela pouvait représenter pour nous.
~
Je vais lire un peu pour chasser ces mauvaises idées.
~
Mardi 17 mars
Je me réveille vers sept heures trente. Je reste allongé dans mon lit. Je me sens calme. Rapidement, je me remets à penser à hier matin, lors de la visite de ma psy, quand cette infirmière semblait désapprouver que l'on me donne une crème supplémentaire. Je sens une colère qui monte en moi contre cette infirmière. Pourquoi des détails prennent chez moi des proportions aussi importantes ? J’aurais envie de dire à cette infirmière que je n’ai pas l’impression de voler cette crème. J’aurais envie de lui dire le prix que va me coûter mon séjour ici, que c’est moi qui paye le supplément de ma poche étant donné que ma mutuelle ne prend pas en charge le prix de la chambre, et que mes économies sont en train d’y passer. J’aurais envie de lui dire que je préférerai avoir une jambe cassée, que la souffrance que l’on ressent en de telles circonstances n’est pas mesurable. Je crois que les gens qui sont passés par là peuvent comprendre. Ce matin je ressens de la haine.
~
À midi, je sens que je ne peux plus me forcer, je veux me servir des carottes râpées et puis je me dis non, je ne peux pas. Je prends quand même une cuillerée de pâtes.
~
Ce matin, je me dis que je dois manger un petit peu si je veux fumer une cigarette, car depuis toujours je me suis refusé à fumer à jeun ; c'est un vieux réflexe. Je mange aussi un minimum pour ne pas tomber, la peur de l’évanouissement est importante. Ça me rappelle quand, étant petit, j’ai vu ma mère tomber à plusieurs reprises. Une fois, c’était à La Rochelle, il y avait plein de monde. J’ai juste l’image de ma mère étendue sur le trottoir, c’était le soir. Il y avait mon père près d’elle, des gens qui se regroupaient autour. Puis elle s'est relevée au bout d’un moment, aidée par d’autres personnes. C’est très flou dans ma mémoire.
~
Après avoir fumé, je me rends dans le salon de l’aile, comme d’habitude, pour prendre un thé léger. Là je me sens fatigué et j’ai une crampe dans le ventre. Je vois passer l’infirmière que j’aime bien, la seule avec qui j’arrive à communiquer. Je lui parle de ce qui m’arrive aux repas, de cette grande difficulté à l’effort, et de la douleur que je perçois au niveau du ventre. Elle me parle de régression, et à ce moment je pense au 'rebirth' que j’ai fait il y a quelques années et de l'envie que j'avais d’entrer dans le ventre de ma partenaire. J’avais mis ma tête entre ses cuisses et je voulais entrer entièrement dans son ventre. J’ai pensé aussitôt après à mon amie Éliane qui est éducatrice pour jeunes enfants dans une crèche. J’ai l’impression que notre relation est une relation mère fils. Elle est là, toujours réconfortante, elle me téléphone tous les jours. Je sais que j’aime bien me blottir contre elle, poser ma tête contre son ventre et qu’à plusieurs reprises je lui ai dis que j’aimerais être tout entier à l’intérieur d'elle. Je sais qu’elle m’aime beaucoup, moi je n’en suis pas sûr du tout. Je m’aperçois qu'en fin de compte c’est un retour vers un néant que je recherche.
~
Je repense à la proposition que m'a faite ma psy de faire venir ma guitare. Je sais que je ne jouerai pas. Plus jeune j’ai passé tout mon temps à ça : à écrire des chansons, toutes sortes de chansons, tout ce que je ressentais passait par l’écriture de chansons, mes émotions, mes joies, mes peines, tout se transformait en chansons. Mais je n’ai jamais pu écrire s’il y avait quelqu’un dans la maison, il fallait absolument que je sois seul pour écrire. Je n’ai pratiquement jamais interprété les chansons des autres. Je ne suis pas vraiment un musicien, juste à la rigueur un mélodiste dont le plaisir est d'apposer des mots sur les notes, sur les mélodies que je crée.
~
C’est drôle ce que m’a dit ma psy ce matin, une même phrase qu'avait prononcé Anne de Fouquet, mon analyste. C’était : « Continuez dans la musique ». Le docteur Bobin m’a dit la même chose, lors d’une séance, il y a quelques mois. Malgré cela je m'en désintéresse, je n’ai plus envie. Pourtant je pense à Élodie que j’ai rencontrée il y a peu de temps et qui s’est mise à interpréter mes chansons d’une façon admirable, je ne pouvais pas rêver mieux. Mais déjà je n’étais plus tout à fait là. Nous avons fait une radio locale, une soirée cabaret où elle a été extraordinaire. C’est la seule parmi les chanteurs de cette soirée qui a été rappelée. Malgré cela je sentais que je perdais pied. Je commençais à sombrer et je repense au texte d’Aznavour : 'Les parois de ma vie sont lisses, je m’y accroche et puis je glisse'. La rencontre avec Élodie, la création de la chorale que j’avais essayé de mettre en place en octobre, c’était mes derniers efforts pour essayer encore de me raccrocher à la vie. Mais déjà je glissais dans l’entonnoir, c’était certainement trop tard.
~
Je repense à la question que m'a posé ma psy sur les chanteurs que j’aimais bien. J’ai oublié Henri Tachan. Je l’ai découvert à la radio vers une heure du matin alors que je rentrais sur Poitiers. Sa chanson s’appelait 'La chasse', avec un texte contre les chasseurs. Ça a été le déclic. Dès le lendemain, j’allais chez le disquaire et, là ça été une véritable passion. Je l’ai vu sur scène au moins cinq ou six fois, je faisais de la route pour aller le voir. C’est vraiment le seul chanteur qui m’a fait frissonner. J’aimais ses textes, ses musiques, les peurs qu’il exprimait, sa sensibilité à fleur de peau. J’ai acheté tous ses premiers disques, et puis je ne me retrouvais plus dans ses dernières chansons, c’était plus fade, cette passion s'est estompée.
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Mercredi 18 mars
Hier soir, je me suis endormi assez rapidement, j’ai dormi d’une traite et je me suis réveillé vers sept heures quarante-cinq. Du coup, ce matin, je demande une crème supplémentaire pour mon petit déjeuner et elle passe bien. J’ai l’impression d’avancer d’un petit pas en avant.
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Du coup je me fixe d’aller seul à Esvres, après la sieste, pour retirer de l’argent et acheter des cigarettes. J'y vais donc, mais je me sens fatigué et je me dis : « Il le faut ». C’est dur de marcher vite pour être de retour pour seize heures. Tout en marchant, ça n’arrête pas dans ma tête, je marche la tête baissée sans pouvoir m’arrêter de penser. À un moment je pense à 'Rain Man', je me vois dans le démarche de Dustin Hauffman. Je me dis par moment : « Relève la tête, soit plutôt Depardieu dans Cyrano avec sa force et sa vigueur ». Sur le chemin du retour, je me dis il faut que je tienne le coup, ne pas m’évanouir. Je me mets à penser à un ancien collègue à la super prestance, sûr de lui tout le temps et qui vers la fin de sa carrière a disjoncté. Rapidement il s’est mis à boire. À boire de plus en plus, même dans le service il buvait de l’alcool modifié. Il a été hospitalisé à la Milétrie à Poitiers dans le pavillon juste à côté d’où il travaillait. Une fois je l’ai revu dans la rue, il était voûté, il marchait au ralenti, j’étais en voiture, il m’a reconnu, m’a fait un petit signe et un léger sourire. J’ai superposé dans ma tête son image d'avant et sa présente image. Il était devenu un autre. Je regrette toujours de ne pas m’être arrêté pour lui serrer la main, pour lui parler. Je me suis senti lâche. Le chemin de retour me paraît long, je me sens de plus en plus fatigué, c’est vraiment une épreuve. Quand j'arrive à Champgault, que j'entre dans le hall d’entrée, je me dis : « Ouf, j’ai réussi ». J'ai envie de prendre ma crème, un café et d'aller vite dans ma chambre pour m’étendre un peu. Je perçois tout mon corps, c’est désagréable. Les poumons me brûlent un peu, je me mets à penser à la tuberculose. Je ne reste pas trop longtemps allongé car je me fixe de prendre une douche avant le yoga. Finalement je prends une douche, mais je ne vais pas au yoga. L’effort me semble trop important et j’ai déjà réalisé deux objectifs dans ma journée.
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Après le dîner, je vais prendre ma tisane et je regarde le film en me forçant un peu et en me remémorant que de me coucher plus tard hier soir m’avait fait passer une nuit d’une seule traite. Finalement cette fois-ci ça ne marche pas, sans doute parce que le film raconte le divorce d’un couple où le père souffre de la séparation d’avec son enfant, sentiment que j'éprouve depuis notre séparation avec Christine. C’est le déchirement de ne plus voir mes enfants tous les jours.
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Jeudi 19 mars
Je repense à l’entretien avec ma psy. J’aime bien son humour au sujet du nombre de maladies que j'imagine avoir. Cette dérision me rassure, quelque part. Dans l'instant suivant, je me remémore ce jour chez les amis de mes parents quand j’étais petit. La trachéotomie de leur ami. Le pire fut à table, je ne pouvais pas manger, j’étais très impressionné. Ma mère a dit : « Oh, il a pris un grand petit déjeuner ce matin, c’est pour cela qu’il n’a pas faim ». J’ai dû manger un peu en me forçant. Le second souvenir, c'est cet après-midi où l’ami de mes parents se trouvait près de mon père, dans la voiture, au moment où il s’est mis à tousser. Je revois les résidus de crachats sanguinolents expulsés sur le pare brise. C’est une image très forte, même s'il les a essuyés rapidement avec son mouchoir. Et c’est ainsi que pendant des années je me suis raclé la gorge, observant la moindre anomalie, la moindre douleur, en pensant que j’avais un cancer de la gorge. À l’adolescence, alors que mes seins pectoraux se sont mis à pousser, je touchais ces deux masses, je pensais là aussi que j’avais un cancer. Je ne mettais jamais torse nu, à cette époque. J’avais peur que ça se découvre, je n’en parlais pas, j’avais peur de la peur de ma mère aussi. Je me demande si elle n’était pas cancérophobe. Elle parlait souvent de la maladie. Un jour, sans rien me dire, on m’a amené chez ma grand-mère pour quinze jours. J'avais moins de dix ans. Ma mère a dit plus tard qu’elle avait été opérée de 'la Totale'.
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Pensées sur cette envie de rien... ou peut être, si, sur l'envie d'une grande histoire d’amour, une fusion totale, avec une rencontre même pour quelques jours. C’est vrai que je me sentais bien quand j’étais très amoureux. C'est peut être le seul rêve qui me reste, mais il faudrait une histoire magique, car j’ai perdu le goût de la conquête, cette faculté de parler beaucoup, d’être un autre que moi, cette faculté de la dérision, du rire.
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Ce soir, je n’ai pas envie de regarder la télé, comme souvent le soir je me sens mieux et l’idée de mettre au lit avec un livre me fait plaisir. Pourquoi je ne me sens pas comme ça toute la journée.
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Vendredi 20 mars
Toujours cette envie de rien, je n’arrive pas à me projeter dans un avenir. Cela fait trois semaines que je suis ici et je ressens ce non-chemin parcouru, cet enfoncement dans l’isolement. Je pense à chez moi. Je me vois refermer mes volets, me remettre au lit et dormir. Je me sens perdu. Je ne vois plus où je vais aller, le vide ; l’inquiétude est encore plus grande en ce moment. Les quelques jours sans voir ma psy qui s'absente et le fait de réaliser qu’il va bien falloir un jour sortir d’ici, tout ça m’épuise. J’aurais envie de me coucher tout de suite et de dormir. J'ai un tourbillon dans la tête, avec comme l’image d’une baignoire qui se vide, et l'eau qui tourne et s’enfonce dans le siphon. Reprendre ma vie d’avant me paraît impossible. Reprendre mon travail, là, c’est totalement et définitivement impossible. Je ne vois plus ce qu’il peut se passer. Les images de mon quotidien à Poitiers défilent comme une projection de diapositives, et toutes me font peur. La seule image apaisante est le cimetière de Mignaloux pour y dormir tranquille dans une éternité sereine. En écrivant cette phrase, pourtant, je me dis qu’il y a encore une petite étoile en moi. Comment la faire grandir ? Comment la faire devenir énergie ? Je ne sais pas. J'attends un déclic, un miracle…
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Je me rappelle au début de notre séparation, avec Christine, quand elle a rencontré son ami Jean-Louis. Les enfants l’aimaient bien et j'en était content. Il a fait découvrir le ping-pong à Yohann qui a demandé, peu après, à s’inscrire dans un club. Il leurs a montré son ordinateur. Les enfants aiment bien aller chez lui, ils me parlent de son chien. Je suis comme rassuré, moi qui ai du mal à assumer mon rôle de père. Comme disait Christine : « Je suis obligée de faire la police, toi tu ne leurs dis jamais rien ». Quand, au début, elle me parlait de Jean-Louis, elle précisait, lui au moins il est ordonné, il met la main à la pâte pour les repas, c’est toujours nickel, il débarrasse la table, il est presque pire que moi pour ça (en riant). Plus tard, elle m’a dit qu’au lit, c’était pas mal non plus...
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Christine. Notre rencontre en décembre 1984. J'étais sûr de moi, les spectacles marchaient bien, nous formions une bonne équipe avec le groupe : nous étions quatre sur scène et deux à la technique. J’avais même du succès avec les filles. C'était certainement la meilleure époque de ma vie. Quand j’ai rencontré Christine, elle était dépressive, je voulais lui donner de l’énergie, je lui parlais beaucoup. Petit à petit notre relation amoureuse s’est installée. Maintenant, je me dis que je suis sûr que je l’aimais. Elle, elle était en deuil d’une rupture. C’est vrai que je lui disais que je courais beaucoup, que j’avais envie de poser mes bagages. Rapidement nous avons parlé d’un désir d’enfants, mois je me sentais prêt compte tenu de mon âge. Elle a été enceinte rapidement. Adeline est née le 26 novembre 1985. Notre relation était basée sur cette attente, les lectures de livres, l’évolution du fœtus, les échographies... Après la naissance d’Adeline, j’ai pensé insidieusement que notre relation changeait, que nous devenions surtout des parents centrés sur notre fille. Finalement je crois que notre relation s’est de plus en plus détériorée. Christine prenait de la force, de l’autorité sur moi. Je réalise qu’elle me rongeait, me grignotait petit à petit. Elle critiquait mon désordre, jamais le moindre compliment sur les travaux que j’effectuais dans la maison. Puis, elle s’est mise à critiquer le fait que j’aille faire des spectacles. Je me rappelle que dans les quelques spectacles où elle venait, elle ne me regardait jamais. Moi, je cherchais son regard. Je me rappelle que c’est pendant cette période que j’ai commencé à perdre confiance en moi, que je me suis mis à rougir par exemple. En refaisant tout ce film, je réalise finalement comment, sans m’en rendre compte, j’ai pu me faire assassiner. Je crois qu’elle a toujours voulu me faire payer quelque chose. Quand je repense à tout cela, je ressens pour la première fois une certaine haine pour elle. Cette distance, en me retrouvant à présent ici, me permet de réaliser tout cela. Il est l'heure du repas, je vais monter au réfectoire, et pourtant je n’ai pas faim, mais cette haine naissante me donne une énergie même si elle est négative.
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Après avoir mangé, peu et trop rapidement, je me sens très tendu, énervé. J’en ai mal au ventre. L’infirmière me donne du Sorbitol, ça me calme.
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Je suis dans mon lit comme tous les soirs, je me sens mieux. Je repense au film de ma vie avec Christine et je me dis que, ce soir, je viens de réaliser quelque chose d’important. Une prise de conscience, peut être un début du déclic que j’attends. J’ai espoir de pouvoir prendre des décisions pour l'avenir. Mais je suis prudent, car je sais que le soir est un moment particulier, voire privilégié.
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Lundi 30 mars
Je repense à l’image que Christine me donnait de ses parents, avec la mère victime et le père bourreau : autoritaire, violent, alcoolique, l’homme à détruire. Dans notre couple, plus le temps a passé plus j’ai senti que j’étais en danger de mort, qu'inconsciemment Christine se vengeait sur moi comme elle aurait voulu le faire de son père. Par exemple, son harcèlement sur le moindre verre de vin que je pouvais boire, les reproches sur mes horaires décalés : son père était boulanger à l’hôpital et travaillait la nuit. Elle avait tout loisir de se venger, j’étais la victime idéale puisque je me laissais dominer. Cette constance à être distante et fermée quand nous étions ensemble, alors qu'elle se montrait chaleureuse et riante, lorsque quelqu’un venait. La même chose au téléphone. Quand elle décrochait, sa voix changeait. Elle se mettait à rire, à plaisanter et aussitôt après elle redevenait sombre. Je me souviens aussi quand je travaillais du matin le week-end. Quand je débauchais et que je rentrais à la maison, elle passait systématiquement la serpillière ou l’aspirateur dans la pièce principale. J’étais toujours très mal à l’aise. Après une matinée de travail, je ne pouvais pas m’asseoir tranquillement sur le canapé du fait du sol mouillé ou de l’aspirateur qui rugissait. J’étais en trop, pas à ma place, et je réalise aujourd’hui que j’ai subi cela sans rien dire, encaissant cette pression, accumulant la gêne, le stress, le désarroi. Comment ai-je pu tolérer cela ? L’image de mon père soumis me revient à l’esprit. Lui non plus ne s’est jamais révolté, ne s’est jamais imposé, n’a jamais su dire 'Non'. Avec ma mère, il a subi toute sa vie. À un moment, ils ont fait chambre à part, c’est mon père qui a changé de chambre, ma mère est restée dans la plus grande. Quand ma mère est tombée malade, en vieillissant, une femme est venue l'aider à la maison. Je me rappelle que progressivement ma mère en avait fait son alliée ou plutôt sa complice. Je me souviens qu’un jour elle m’avait dit : « J'ai disputé votre père, il était monté sur une chaise pour arroser ses plantes et il est tombé ». Je lui avais alors répondu : « Mais laissez le donc faire, vous savez bien que ses plantes sont son seul plaisir ». C'était juste, mon père passait tout son amour dans ses plantes, les fleurs surtout, il y en avait partout dans le jardin. De ses pots de fleurs accrochés partout sur les murs, puisque le petit jardin était entouré de murs, il prenait un soin constant. Il recueillait l'eau de pluie pour ses fleurs. Il avait des rosiers magnifiques. Il y avait même des fleurs autour du palmier, seul arbre planté dans la cour. Le moindre rebord de fenêtre était orné par des jardinières. C’était sa fierté. Quand je venais à la maison, j’aimais bien faire un tour de jardin avec lui et, là, et seulement là, je crois qu’il vivait. Par ailleurs, mon père était le larbin. C’est lui qui faisait les courses. Il ne se plaignait pas. Son problème sur la fin de sa vie était la surdité et il avait du mal à comprendre quelqu'un parler dans la foule quand il allait au marché. Les commerçants avaient pris l’habitude de s'adresser à lui en parlant fort et en articulant. Quand je pense à tout ça, je me dis : 'Pauvre papa'. Moi aussi je deviens sourd, et plus je vieillis et plus j’ai l’impression de devenir lui.
~
Mardi 31 mars
Je ne dors pratiquement pas de la nuit : une heure, je crois, avec un Stilnox que les infirmiers me donnent vers minuit et demi. J’essaie de lire, je me sens tendu, je cogite. Je n’ai plus de troubles dans le corps, ils sont tous remontés dans ma tête. ~
Vendredi 10 avril
Ce matin, je vais à l’atelier d'art thérapie pour finir ma peinture. Je me sens de plus en plus tendu. Je veux uniquement terminer mon travail pour discuter avec Rose-Marie, l'art-thérapeuthe, et connaître son avis. Finir cette peinture m'éprouve car je redoute l'émergence de mes émotions et ces moments où la tension monte et s'installe. J'ai envie de partir mais, en même temps, je veux savoir ce que Rose-Marie va me dire.
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À l'heure de la sieste, je n’ai pas envie de me coucher. Je me sens angoissé, il faut que j'extrais par le stylo tout ce qui pèse en moi. La difficulté à finir ce dessin me renvoie aux maisons que j’ai retapées. J’ai acheté des ruines, imaginant ce qu'elles pourraient donner plus tard, une fois retapées, mais ensuite je me rendais compte du temps nécessaire aux travaux, et à chaque fois je ne finissais jamais seul. Il fallait toujours qu’un copain vienne m’aider et en dernier ressort j'en arrivais toujours à payer des ouvriers pour finir. J'étais dépassé. Il y a toujours cette notion de temps. Je me rends compte que je suis porté à bâcler certains travaux pour aller au plus vite plutôt que de prendre le temps. Cette révélation m'est désagréable. En fait, il me manque toujours la baguette magique pour mener à bien l'idée qui me vient. Donc jamais vraiment content, jamais de plaisir, obsédé par le facteur 'Temps' à la naissance de l’idée. Seule l’idée est plaisir. Dans mes couples cela a dû être semblable. Si le plaisir lié à l'idéal que je m’étais imaginé s'estompait, il fallait que je fuis dans la rupture. L’idée de partir, de vivre autre chose était là, mais il me fallait beaucoup de temps pour passer à l’acte. Je crois que la chanson correspond bien à mon bon idéal de création et du suivi de sa réalisation. L’idée ; la réalisation dans la foulée ; trois minutes ; et je suis immédiatemment dans la concrétisation.
~
J'ai beaucoup réfléchis depuis ce matin et je me sens vidé, empreint d'une angoisse plus ou moins forte mais qui ne lâche pas prise. Je ferme les yeux et me revient l’image de ma tombe à Mignaloux. Image apaisante. Comme une certitude, et toujours la même date. Un pressentiment ? une envie ? Je ne sais pas. C'est comme ci au-delà de cette date de fin juin, début juillet il n’y avait plus rien. Ou plutôt si, je me vois allongé dans une mort sereine et libératrice.
~
Dans l'après-midi, ma copine Anne-Marie vient me rendre visite. Elle m’apporte des vêtements, un poste de radio. Nous allons ensuite faire quelques courses. Je veux acheter des cartes postales pour mes enfants, et aussi des produits de toilette. C’est drôle ce que je perçois à l'occasion de cette visite. Anne-Marie essaie de me redynamiser. C’est vrai qu’elle est très tonique, qu'elle n’arrête pas. Elle me dit : « Allez, fais un bon voyage et tu te sentiras mieux ». « Tu ne vas pas resté ici encore longtemps ». Elle me trouve plus courbé qu’avant. Et si elle avait raison ? De toute façon, je crois que quelque part elle ne peut pas comprendre ce que je peux ressentir. Elle, elle bouge tout le temps, relève les autres, s'occupe souvent de ses copines quand elles perdent le moral. Elle a toujours été comme cela. C’est vrai qu’à l’époque où je vivais avec elle, nous bougions beaucoup. Tous les jours ou presque, nous faisions une heure de marche. Aujourd'hui, je ne me sentirai plus capable de marcher ainsi, de bouger autant. Si elle le fait, c'est sans doute parce qu'elle n'a pas d’enfants et qu'elle a gardé le rythme. Il est vrai que pour moi le fait de devenir père a changé les choses, et a fait resurgir en moi de vieux démons. L’image du père, de mon propre père. Je ne peux plus ressentir les choses qu'avant car j'ai irrémédiablement changé.
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Samedi 11 avril
Je pense à ce que ma psy a dit à propos de ma guitare que je refusais de faire venir ici. Il est sûr que cela m'est impossible car j’aurais trop peur qu'on me remarque. Ici, on entend sonner le téléphone d'une chambre à l'autre. Mon plus grand plaisir musical est de composer des morceaux, mais depuis toujours il me faut être seul dans la maison ou dans une pièce isolée. Je n'interprète que mes chansons. Je n'aime pas jouer des chansons de chanteurs connus dans une soirée ou lors d'une veillée. Je n’en tire aucun plaisir. Entre dix-sept et vingt ans, je jouais dans un orchestre de bal, et à l'époque je ne réagissais pas ainsi. Il y avait un chanteur et je l'accompagnais avec les autres musiciens. J’étais noyé dans la masse. Je ne me posais pas de questions. Quand vers vingt-trois ans, j’ai commencé à avoir un répertoire, j'ai arrêté les bals. J'ai eu envie de chanter mes compositions. Le déclic a été ce soir-là où, après un dîner avec des amis, je me suis jeté à l’eau. Sur leur insistance, j'ai pris, ma guitare, mon cahier de chansons, et j'ai chanté pour la première fois devant des personnes. Leurs réactions ayant été bonnes, je me suis mis à chercher un musicien peu de temps après pour m’accompagner. J'ai mis une annonce au Centre d'Information Jeunesse et j’ai rencontré Robert. Nous avons commencé à répéter. Quelques mois plus tard, nous faisions notre première soirée cabaret.
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Midi approche et l'idée de penser à déjeuner me donne la nausée. Je mangerai un yaourt, à la rigueur.
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Je viens de m’étendre cinq minutes et il me vient à l'esprit que lorsque mon psy de Poitiers augmentait mon traitement d'antidépresseurs, cela avait pour conséquence de me tirer les traits du visage et de me couper l’appétit. Je n'accepte pas cette idée de maigrir, moi qui aimerait m'étoffer pour ne plus avoir de joues creuses. Quand je consultais des photos de moi à vingt ans, j’étais toujours été interpellé par mes joues creuses. Cela ne m’obsédait pas à l'époque car j’ai longtemps fait de l’acné après mon adolescence, et parce que j’étais alors focalisé sur les boutons qui s'attardaient sur mon visage. J’ai vu mon dernier dermato à l'âge de trente ans. À présent, je m'inquiète de mes joues creuses. Mon psy m’a dit  un jour : 'Vous vivez comme si vous n’étiez qu’un visage'.
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Dimanche 12 avril
Aujourd'hui, dans la salle à manger, il y a un silence de mort. Quand j'y entre, madame la directrice termine un petit discours sur 'l’Événement'. Je ne suis pas surpris, même si j’arrive à la fin, car j'ai pressentis qu'il se passait quelque chose de grave. Quand je suis allé prendre mon traitement, j’ai vu l’infirmière qui frappait à une porte avec insistance. Elle est entrée dans la pièce, en est ressortie, et a demandé à sa collègue de venir. Puis le médecin de garde est arrivé. J'ai entendu prononcer le mot : SAMU. Cela sentait de plus en plus la mort. Ceux qui étaient dans les environs savaient tous qu'il y avait quelque chose de grave. L'angoisse montait. Et là maintenant, nous apprenons le décès de monsieur F. Valérie, une patiente pleure et d'autres sont très mal. L'angoisse monte tellement en moi qu'elle me déborde. Le mot suicide me vient à l'esprit comme s'il était gravé à l’intérieur de mon crâne, juste derrière le front. Je ne peux pas le chasser. Je vais, je viens, j'ai du mal à rester en place. À un moment le médecin de garde et la directrice passent parmi nous et nous disent que si certains veulent parler, ils passeront les voir. Je dis que « Moi je veux bien ». Je m'en retourne dans ma chambre et j'attends. Je revois les chantages au suicide de ma mère, le visage de mon collègue suicidé que j’ai été reconnaître à la morgue, le premier malade pendu à une poignée de porte, ce suicidé que j’ai décroché avec un collègue d'une poignée de fenêtre, avec grande difficulté. Ces images se succèdent. Et d'autres encore s'intercalent. Celle de ce collègue, lors de ma première année d'infirmier psychiatrique, qui avait disjoncté en pleine nuit et qui en était mort. Celle d’Henri, le frère d’un de mes meilleurs amis, qui était devenu pour moi un copain, et qui s'est lui aussi suicidé. Défilé de tous mes connaissances suicidées… Finalement, je peux en parler avec le médecin de garde et la directrice. Ensuite, je continue incessamment d'aller et venir. Je sens les infirmières, la directrice, très présentes dans cet état d’angoisse générale.
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En fin d'après-midi, je prends une douche. Je pointe le jet sur ma tête, sur mon front surtout, comme pour effacer ce mot. Mais il reste.
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Lundi 13 avril
Que répondre à ma psy quand elle me demande : « Comment allez-vous ? ». La réponse est pour moi très difficile tant les instants de la journée sont différents, comme découpés en périodes. Le matin, je suis souvent tendu, nerveux, avec les mains qui tremblent, j’ai souvent les mâchoires serrées. Un mélange de peur, d’angoisse dans une sorte de brouillard où je ne serais pas tout à fait réveillé. Vers onze heures, j'angoisse en pensant au repas à venir, et une certaine nausée monte en moi. Après le déjeuner, je fume une cigarette et  je fais la sieste. Là, sauf gros problèmes particuliers, je dors jusqu’à quinze heures. À mon réveil, je prends mon temps, j’écris souvent jusqu’au goûter. Et c’est ensuite entre seize et vingt heures que je suis victime d'une grande poussée d'angoisse. Après, comme chaque soir, sauf exception, je me sens bien, et même très bien après vingt-et-une heures. J’aimerais être ainsi toute la journée.
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Je sais que j’appellerai mon frère Claude, un soir, et que c’est là que je me sentirai le mieux pour lui parler. J’ai envie de voir mes enfants ce week-end. Il me faut donc être au mieux, et qu’il sente une certaine assurance et un certain dynamisme dans ma voix. À propos de voix, j’entends ma psy parler dans le couloir. Je me dis que lorsque je partirai de là, j’aimerais bien avoir une cassette avec sa voix. C’est vrai que j’aime beaucoup le timbre de sa voix. Je lui trouve un timbre très dynamisant. Ils sont rares les gens ayant un timbre particulier et que l’on retient comme de la musique. Souvent chez les hommes, j’aime bien les voix graves comme celle de Serge Lama quand il parle. Des voix bien posées et claires, bien articulées, avec une assurance ; peut être une rassurance !?
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Quand on m'annonce le transport d'un autre patient à l'hôpital, je le revois, ce matin, debout dans l’encadrement de la porte de la salle de détente, à me demander de l'aider à regagner sa chambre. En le soutenant, tout du long du chemin, je me disais que j’aurais mieux fait de l’asseoir et d’appeler les infirmières. J'avais peur qu’il fasse un malaise cardiaque. Arrivé dans sa chambre, je l’ai aidé à se coucher et à tirer les couvertures sur lui. Heureusement les infirmières sont venues, alors que j’étais toujours là, et lui ont dit : « On vous cherchait partout, monsieur G., nous vous avions pourtant demandé de nous attendre ». Je me suis senti fautif. Elles s'en sont aperçues et m’ont dit qu'il ne fallait pas, que c’est gentil à moi de l’avoir aidé. J’en étais resté là, et voilà que j'apprends qu'ils l'ont transporté à l'hôpital. J'en parle à l'infirmière qui me rassure de ces mots : « Ne vous sentez pas coupable, il parlait en montant dans l’ambulance, ne vous inquiétez pas. ». Après, je vais prendre place à table. Les autres patients en sont au plat principal. De voir toute cette nourriture, ces morceaux de poulets et ces gâteaux posés sur le chariot, je me dis : « Ce n'est pas possible ». Je me lève voir l'infirmière. Elle me comprend et me donne un Nutridoral.
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L’image qui me vient, c’est ce jour-là où j’aide un homme âgé hospitalisé qui me demande d’aller aux toilettes. Il peine lui aussi à marcher. Quand je le ramène des toilettes, il tombe. Je fais ce que je peux pour le retenir, je suis seul. Il semble me souvenir qu'un autre patient m’aide à le remettre sur son lit. Quand nous y parvenons, le vieil homme est mort. Là aussi je me suis senti coupable. Ça ma travaillé pendant plusieurs jours. Alors que je pensais à cette scène effacée de ma mémoire, voilà qu'elle ressurgit aujourd'hui et qu'elle se superpose avec mon action de ce matin.
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J'attends vingt-et-une heures pour aller prendre mon traitement du soir, celui qui m’apaise le plus et qui me rend tout à fait bien . Ce soir, par exemple, je commence à me dire qu'il faut que je modifie ma vie, à ma sortie, et que je mette en place des projets pour ne plus me retrouver dans la situation qui m'a conduite ici. Il le faut, d'autant que j’ai entendu des patientes dire qu’elles avaient peur de retourner chez elles, mais qu'il leur faudrait bien en passer par là.
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Mardi 14 avril
Je discerne, une fois de plus, cette différence entre le matin et le soir. Je repense au mot 'combatif' qui me venait à l'esprit hier soir. Même si en ce moment je me sens fragile et angoissé, ce mot reste présent en moi. Sauf qu'il m'apparaît moins évident. Je me dis malgré tout qu'il faut que j’y arrive. Je me vois faire un pas dans l’escalade d'une montagne et je me vois avec une épée à ma ceinture. Grande épée, certainement symbole d'enfin posséder une arme. Elle apparaît nettement dans cette vision. Je reste certes fragile, mais je suis armé. C’est à moi de prendre de l'assurance. Tout ça me fait penser au fait que j'avance.
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Pour la première fois, depuis que je suis là, je regarde un film entier à la télé. Il s'agit des 'Compères', avec Pierre Richard et Gérard Depardieu. J’aime ce film. D’abord, parce que j’adore Gérard Depardieu, mais aussi parce qu'au-delà de l’histoire il y a ces deux personnages dissemblables, l’un fort, sûr de lui, n’ayant peur de rien ni de personne, et l’autre fragile, frêle, un peu rêveur et dépressif. Finalement, je me sens proche de Pierre Richard mentalement, avec cette envie forte d’être Depardieu.
Ça me rappelle ce jour de collège, en troisième où, alors que j'étais un peu malade, un garçon de la classe s'en prend à moi. Je me sens sans défense devant cette violence. Un camarade intervient et frappe mon agresseur. L’autre part en disant : « C'est ça, tu as besoin de quelqu’un pour te défendre ». Je revois son visage empreint d'arrogance et de méchanceté quand il me bouscule ; et puis mort de peur  quand il reçoit le coup. J'en suis contenté tout autant que mécontenté. Ça me renvoie certainement à ma faiblesse. Encore aujourd'hui, j'éprouve de la peur devant une éventuelle agression.
Je me remémore d'un autre jour, bien avant, en primaire où je rentre à pied de l’école. Et là un Gros qui me suit se met à me donner des coups de pied dans les fesses. J'ai le souvenir de subir en continuant à marcher alors que l'autre continue. Pourquoi je ne me suis pas mis à courir ? C’est un mystère. Comme si subir est déjà ancré en moi. Peut être parce qu'à l'image de mon père qui subit toujours physiquement, je ne peux pas imaginer moi non plus faire autrement. C’est ma grand-mère, en vacances à la maison, qui dispute et fait fuir le garçon en découvrant la scène, alors qu'elle venait à ma rencontre.
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Mercredi 15 avril
En me réveillant, je rebranche ma prise de téléphone avant d’aller me passer de l’eau sur le visage. Aussitôt, le téléphone sonne. C’est Christine qui appelle. Il est vrai qu'un soir, j’avais les enfants et j’avais demandé à parler à Christine, en pensant que nous pourrions arrêter-là notre guerre froide. Je lui avais proposé de venir me voir avec les enfants, si elle en éprouvait le désir. Je lui avais demandé de réfléchir en lui spécifiant que pour ma part je ne souhaitais pas être dans un perpétuel combat avec elle. Je lui avais dit de prendre son temps pour réfléchir tout en lui précisant que je pourrais comprendre son refus si elle en formulait un. Et là, elle m'appelle en me disant d’un ton sec : « Qu’est-ce que ça signifie ? C’est que tu n’as personne pour t’emmener les enfants ? Je n’ai pas envie d’être le taxi ».
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Un quart d’heure plus tard, à cause du mot 'taxi' qui fait écho en moi, je la rappelle pour lui dire qu'il n'est pas question de cela, et que dans ces conditions j'aime autant qu'elle ne vienne pas. Elle me répond agressivement : « Tu as peut être tes angoisses, mais moi aussi, j’en bave des ronds de chapeaux. Je fais ce que je peux pour tout assumer. Et les enfants ? Est-ce que tu y penses aux enfants ? Ils ont du mal à comprendre ». J'essaie de garder mon calme, mais je sens un sentiment de peur monter inexorablement. Je lui dis que depuis notre séparation, il n'y pas de problème, qu'il a été décidé d'aller voir ensemble les maîtresses des enfants, de fêter ensemble leurs anniversaires, d'être avec eux chaque matin de Noël, et qu’il me semble que tout est clair. Et je lui dis de plus que je ne comprends pas qu'elle me fasse toujours éprouver de la culpabilité, notamment vis à vis des enfants. Surtout qu'à maintenant dix et douze ans, ils ont acquis une certaine autonomie, et qu'en plus, le soir, il y a une jeune fille qui vient leur faire faire leurs devoirs. À un moment je dit : « Stop, on arrête là », en montant le ton. « Maintenant, c’est fini, je ne veux plus que tu me démolisses ainsi ». Je rajoute : « Christine, tu es pathologique, tu es malade. Au lieu de suivre une analyse, tu ferais mieux de vois un psychiatre qu'il te donne un traitement. Ça te fera du bien ». Elle me répond : « Toi aussi, tu es un malade dangereux ». Je lui retourne : « C’est peut être vrai, mais moi je me fais soigner ». Et je raccroche. Je suis alors très mal. Je pense aux enfants avec leur mère qui fait tout plus par devoir que par amour. Il est vrai que je l'ai excusée, du fait de l’enfance difficile qu'elle a subie, sans un minimum d’amour. Je pensais que son travail d'analyse entrepris depuis maintenant sept ans pourrait arriver à modifier les choses. Mais je me dis aujourd’hui que le résultat est plus que faible, et qu'en ce qui me concerne je suis des plus naïfs. Des scènes de vie me reviennent à l'esprit, notamment quand je ramenais les enfants à l'issue d'un week-end après notre séparation. Les premières paroles pour les enfants étaient, d'un ton sévère : « Enlevez vos chaussures, j’ai fait tout le ménage ». À chaque fois, ça me faisait mal. La bise ne venait qu'après. Et ensuite jamais elle ne leur disait ce genre de petit mot : « Alors, les enfants, vous avez passé un bon week-end ? », ou quelque chose comme ça. Après avoir raccroché le téléphone, je ne sais plus quoi faire. Je vais fumer une cigarette.
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Dans la journée, je repense à mon épée. C'est comme si Christine m'avait désarmé. Je demeure avec ce mal être. Je crois que parfois je dysfonctionne, surtout au sujet des enfants. J’aurais dû écouter mon notaire au début de notre séparation, lui qui m’avait dit : « Croyez moi, je ne suis pas un briseur de ménages mais, par expérience, si vous devez divorcer, faites le rapidement ». Comme il avait raison. Je me rends compte dorénavant que cet acte était beaucoup plus important que je ne le pensais. Moi, je me disais, ça ne marche pas trop mal comme ça, alors pourquoi ne pas aller plus loin. Et puis les démarches, les papiers, tout ça m’ennuyait. De plus, Yohann qui disait : « Je veux bien que vous soyez séparés, mais pas divorcés »...
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Il faut que j’arrive à positiver. Il faut que mon angoisse se transforme en énergie positive. Il faut que je m’accroche plus fortement à l’arbre enraciné sur la falaise. Je ne veux plus en être à me taper la tête contre les murs ou à me cacher dans le fond de mon lit. Il me faut être énergique. Action : je vais prendre une douche.
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C’est la première fois de ma vie où je n’ai pas cette sensation de tourner en rond comme un poisson dans un bocal. Le fait d’être ici, de voir régulièrement ma psy, me permet de mieux prendre conscience de ma vie, qu'après deux ans de psychanalyse et trois ans de psychothérapie. Particulièrement aujourd’hui, devant ces événements. Je sens que je me rattrape mieux aux branches. Ça prend du temps. Je me remémore ces mots de ma psy : « On ne se reconstruit pas en peu de temps, surtout quand l'on a derrière soi des années de cassure ». Et aussi : « On ne revient jamais à la case départ ». Ces phrases raisonnent particulièrement en moi, ce soir.
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Il est vingt-deux heures trente. Je suis allongé sur mon lit, en attendant ma tisane, et je me sens triste et abattu. J’ai les yeux fixés sur la poignée de la fenêtre. Si j’étais courageux !… L’idée de la douleur me fait peur aussi. Ce soir, je ne ressens pas ma sérénité habituelle. L'appel de Christine m’a beaucoup plus atteint que je ne le pensais.  J’espère pouvoir m’endormir rapidement ; demain sera un autre jour.
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Jeudi 16 avril Je repense à l’appel de Christine, et ce matin, dès mon réveil, je sens monter une tension, une violence. Je ne comprends pas qu’elle soit agressive comme ça. J'aurais presque envie de l'étrangler, de l’étouffer sous mon oreiller, mais pas pour la tuer.
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Vendredi 17 avril
Dès mon lever, je suis le premier dans la salle d’attente de ma psy. Je me sens triste et tendu. Démoralisé de constater ce décalage entre mes récentes pensées positives et celles de ce matin, de ne plus avoir d’énergie pour réaliser quoi que ce soit. Je m'assieds, je me lève, je tourne autour de la table de la salle d'attente. Puis je m'assieds et je m'étire. Du coup, ça m’a fait penser à ce jour où j'étais en sixième. J'avais un copain, nommé Bernard, dont le père était prof dans le collège. Le copain m’avait dit un jour, qu'en parlant de moi, après un conseil de classes, son père avait rapporté le fait qu'on me trouvait parfois des attitudes bizarres. J’avais été étonné, je ne voyais pas pourquoi. Par la suite, je me suis rappelé qu'avant une composition française qui devait compter pour le trimestre, je m’étais étiré très fort et le prof m’avait regardé avec un regard, disons 'étonné'. Et à cet instant, je m'étais dit que c'était sans doute-là une des illustrations qu'il fallait attribuer à cette réflexion.
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Je crois que ma mère avait peur de la folie. Il est juste qu'avant sa mort, ma grand-mère paternelle avait été placée dans une institution. On avait été lui rendre visite avec mes parents et je me souviens d'avoir été très impressionné par le lieu. Ma grand-mère était là, sans parler, debout dans un grand dortoir. La 'folie' me fait également penser aux difficultés éprouvées par mes parents avec mon frère Claude. Il est né à sept mois, pendant la guerre et je me rappelle ces mots de ma mère : « S'il était tombé dans une autre famille que la nôtre, il aurait été considéré comme un attardé, alors qu’il est intelligent ». Ma mère disait qu'il était seulement maladroit, avec quelques difficultés de coordination. Je sais que mon frère a fait trois classes de cours préparatoire et qu’il a été souvent en difficultés scolaires. Comme l’a dit un jour mon frère : « Pour un fils d’institutrice, ça ne devait pas faire bien ». Je me souviens qu'encore sur le tard, il jouait toujours aux petits voitures. Il semblait se trouver dans un état second, absent. Si je le dérangeais dans son jeu, il pouvait sursauter. Le pire c’est quand il courait de long en large, dans la maison ou dans la cour, en faisant un saut à la fin de chaque aller et retour. C’est pour ça que je n’amenais pratiquement jamais de copains à la maison.
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J'appelle justement mon frère Claude à son bureau pour qu’il me confirme son accord de me recevoir ce week-end. J’en profite pour lui demander s’il a téléphoné à ma psy. Il me répond par l'affirmative. J’essaie alors d'en savoir plus sur la teneur de la conversation. Il m'assure qu'elle n'a rien dit de spécial. Qu'il l'a informée qu'il m'accueille ce week-end. J’insiste, notamment pour savoir si le docteur lui a parlé de ma pathologie exacte. Il m'affirme que non, qu'elle n'en a rien dit, sinon qu'elle me trouve mieux que les premières fois où elle m'a vu. Il rajoute qu'il se dégage un certain charisme de la voix chaleureuse de cette femme.
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Je redoute un peu ce week-end chez Claude. Je me dis : « Pourvu que je sois bien ». Je pense au moment où je vais voir les enfants et où je vais leur parler comme me l'a préconisé ma psy. Leur dirais-je ? « Vous savez, ce n'est pas de votre faute ». À cela s'ajoute cette crainte liée au fait qu'ils doivent passer une semaine de vacance chez mon frère. C’est la première fois qu’ils vont rester en vacances chez un de mes frères. Que vont-ils ressentir ? Vont-ils s’ennuyer ? Vont-ils avoir peur ? Vont-ils se poser des questions ? J’essaie de me raisonner, mais c’est difficile. Je repense à moi quand, étant petit, j'allais en vacances chez ma grand-mère. C'est peut être à cause de cela. Et puis d’une façon générale, j’ai toujours peur pour mes enfants. Si seulement il existait un vaccin contre la peur. Une injection et ça y est, plus d’angoisse, plus de peur. Une vision saine et objective de la réalité.
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Je viens de prendre une douche car, en cette fin de soirée, je me sens plus anxieux que d'habitude. Je tourne en rond. Je ressens une douleur, une pointe à l’estomac, du même type que celles que j'avais quand j’ai fait mes deux ulcères. Je vais faire rire ma psy : « C’est peut être un cancer !? »
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En revenant du repas, je me souviens que ma mère disait que ma grand-mère avait fait été victime d'un 'ramollissement cérébral'. Elle a toujours eu peur que mon père ait la même chose car, à plusieurs reprises, sur leurs vieux jours, ma mère m’avait confié tout bas : « Tu sais, j’ai l’impression que ton père, par moment, il perd la boule. Si ça se trouve, il va faire comme sa mère ». De ce fait, je me rends compte aujourd'hui de la place que la 'folie' tient dans ma famille. Je prends de plus en plus conscience pourquoi, sans savoir ce qu'était la profession d'infirmier psychiatrique, le mot 'psychiatrique' avait trouvé un tel écho en moi.
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Je repense à ces tests scolaires, passés en primaire, dont on m'a caché les résultats quand ils ont arrivés à la maison par la poste. J’ai senti un malaise chez mes parents qui ont gardé le silence. J'en ai passé d'autres plus tard, quand on a voulu m'orienter dans une filière agricole. Je me remémore la scène. Mon père lit le courrier et ma mère lui fait les gros yeux. Là, mon père dit : « Non, non, les résultats ne sont pas mauvais du tout ». Et il me les lit avec la conclusion. Je m'arme alors de courage et je demande à ma mère quels sont les résultats des tests passés en primaires. Elle fuit, en affirmant : « Je ne m'en souviens pas. Et puis, tu sais, si j’avais dû garder tous les papiers ». En effet, à la mort de mes parents, je n'ai jamais retrouvé de trace des documents de ma scolarité. Il y avait certes plein de vieux manuels de classe dans le grenier, mais aucun bulletin ni document me concernant. Ils avaient tous disparu.
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Samedi 25 avril
Anne-Marie me rend visite avec une copine très chaleureuse. Elle me manifeste de la compassion, elle-même ayant eu à subir des périodes très difficiles. Elle m’offre un livre : 'Paroles d’espoir, Ose devenir qui tu es'. J’en suis vraiment très touché. Je n’arrive pas à comprendre que l’on puisse avoir de tels gestes envers moi. Comme si, quelque part, je ne les méritais pas. Au moment où elle m’a embrassé, j'ai pensé : « Comment peut elle faire cela ? » Une joue saine contre une joue malsaine. Comment peut-on embrasser un visage marqué, avec ces joues creuses ? J'ai même été jusqu'à me dire : « C'est une sainte qui embrasse un lépreux ».
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Mardi 29 avril
Je demande à l'infirmière si elle a le résultat de la prise de sang que l'on m'a faite. Elle me dit que non. Comme je sais que l'infirmière qui m'a piqué, ce matin, doit être de nouveau de service, je vais la voir et je lui demande. Elle me dit aussi ne pas voir les résultats. J'ai un pressentiment. Et si cela était en rapport avec ce que je vais apprendre !?...
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Éliane m'appelle pour me dire, à ma grande surprise, qu’elle a téléphoné à ma psy. Je lui demande pourquoi elle ne m'en a pas parlé avant. Elle me répond qu'elle ne voulait n'a pas m’inquiéter, de même qu'elle voulait se rassurer. Ma psy lui a précisé que mon cas nécessitait que l'on prenne son temps et que si la thérapie qu'elle développait ne marchait pas, elle en essaierait une autre. Éliane dit qu'en ce qui la concerne, son psy lui a changé trois fois d'antidépresseur avant de trouver le bon. Au vrai, mon désagrément est liée au fait qu'elle ait cherché à savoir si le traitement était bien adapté. Pour une fois que je l'applique sans réserve, en en acceptant les effets secondaires, je trouve cette démarche suspicieuse vis à vis de ma psy, comme si elle doutait de sa compétence. Je retrouve-là le côté 'maternant' d’Éliane. Je pense que si ma mère vivait, elle aurait eu la même réaction. Je ne sais que penser de cette relation. Éliane m’écrit tous les jours. Je me sens parfois étouffé par cet amour. Et comme, je le ressentais envers ma mère, je ne veux rien faire qui puisse lui fasse du mal, prisonnier sans doute de cette idée que je peux faire mourir l’autre en m’opposant à lui. Rupture égale mort…
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C’est bizarre ce que je ressens au sujet du résultat de la prise de sang. Je perçois une certaine inquiétude, mais moins importante que prévue. Est-ce dû au fait d’être le soir, d’avoir été occupé toute la journée ? Ou est-ce de la résignation, la perspective d'une délivrance que la mort pourrait m'apporter ? Mourir oui, mais ne pas souffrir. Finalement ce serait une façon de m'enfoncer dans le néant et de parvenir à la sérénité. Comment y accéder ? Je ne crains pas une mort en douceur, mais j'ai peur d'une mort violente. J’ai peur de souffrir physiquement, j’ai peur de la déchéance. Je repense à ce que ma psy m’a dit dans son bureau quand je lui ai demandé de me faire le test. Elle m’a parlé d'une jeune fille ayant attrapé le Sida, des suites d'un seul rapport sexuel avec un musicien. Comme si le fait d'être musicien était un facteur de risque. Était-ce un message de sa part ? Je ne crois pas. Mais je ne fais qu'y penser...
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Jeudi 30 avril
Ce matin, je me réveille en me sentant bien. Je sors d'un chapelet de rêves bizarres. Au début, j'aborde des gens dans la rue, avec provocation. Une personne fait la réflexion : « S’il continue ainsi, il va prendre un pain ». Sur ce, j'entre dans une boulangerie et je prends un pain. Ça m’a fait rire. Ensuite, ça continue. Je rêve que mon père agonise à l’hôpital. On vient me dire qu'il est mort, avant de m'annoncer qu'il a recouvré la vie. Et cela plusieurs fois de suite. À un moment, je me dis : « On va le faire piquer ». Dès lors, nous sommes dans l’église avec un prêtre qui a les traits de mon médecin chef. Près de moi, il y a un siège troué. Je fais une réflexion, et les deux femmes assises derrière moi partent dans un fou rire communicatif. Je ris aussi. En sortant de l’église, alors que le médecin chef habillé en prêtre est près de moi, j’appelle mon chien du nom de Jacques, alors que le docteur se prénomme justement Jacques. Je me retrouve ensuite dans la maison familiale, près du cercueil de mon père et d'un grand feu. Je pense alors : « Je vais en profiter pour faire brûler le cercueil » . Je le pousse dans le feu et là un de mes frères intervient en criant : « Ça va pas, non ! ». Du coup, j'extrais le cercueil du feu. Il est juste un peu brûlé. Et je me fais la réflexion : « Il a raison, j’aurais eu du mal à gérer, une fois le cercueil brûlé ». Autre scène, je me retrouve en prison et je pousse les gardiens à se révolter pour nous libérer. Je leur fait un discours sur l’inutilité des prisons. Ils applaudissent, mais sans qu'aucun n’ouvre les portes. En dernier ressort, je me vois avec une grosse lime entre les mains.
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J’écris deux cartes à mes enfants et une à la copine qui m’a offert le livre. Je le fais maintenant, car comment serais-je en soirée lorsqu'on m'annoncera les résultats de la prise de sang ? Je me sens comme le condamné à mort dans l'espoir de la grâce présidentielle. J'attends et j’espère. C'est très difficile à vivre.
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L'infirmière me montre le papier portant l'inscription : 'négatif'. Je suis vraiment content. Cependant ma réaction m'étonne. Je pensais être fou de joie et ce n'est pas le cas. C’est comme si mon mal-être intérieur avait besoin, en plus, d'explications.
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Après dîner, Éliane me téléphone pour me dire qu'elle envisage de venir me voir samedi ou dimanche. Je lui propose plutôt samedi, car j’aimerais bien faire les librairies et les disquaires à Tours. J'ai envie de visiter des livres et j’ai surtout envie d’acheter des cassettes. Retrouver une cassette de Goldman, par exemple, enregistrée en public il y a déjà une dizaine d’années ; puis regarder si quelque chose d'autre m’attire. J'éprouve l’envie de réécouter de la musique sur mon Walkman. Je n'aurais pas imaginer cela, il y a un mois. Mais tout cela reste fragile.
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Lundi 4 mai
Un de mes copains me téléphone. Je lui fais part de mon intention de vendre ma maison. Il m'approuve en m'affirmant qu'il faut savoir tourner les pages. Christian est celui qui m’a aidé à retaper mes maisons. C’est quelqu’un de complétement différent de moi. Il n’hésite pas, ne se pose pas mille questions. Je suis heureux de son avis favorable car il renforce mon idée, en chassant le doute de mon esprit. Comme si j’avais toujours besoin de quelqu’un, d’un grand, pour me dire si je fais bien ou si je fais mal. L’enfant prend beaucoup de place en moi, parfois.
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Mardi 5 mai
Ce matin je me sens tendu, triste, mal dans ma peau. J’ai l’impression d'être resté longtemps en demi sommeil. Ce mal être est sans doute dû à un rêve. La scène se passe à Poitiers. Je marche aux côtés de Pierre Perret, très rayonnant, à qui tout le monde sourit dans la rue. Plus on avance, plus je me sens dans l’ombre. Je l’envie. Je me sens par ailleurs de plus en plus malheureux, car je sais que je dois me lever demain matin pour aller travailler à l’hôpital. À la fin de la balade, Pierre Perret éclate de rire lorsque nous revenons à notre point de départ. Et moi je me sens désespéré à l'idée de me lever demain pour aller vivre ma vie de minable.
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J'ai peur de rechuter. Je bois mon café, et mange une tartine très vite. Je sors de la table le premier. J'ai les mains qui tremblent un peu. J’ai envie de fumer. Tous ces projets d’avenir, faits hier dans l'euphorie, me semblent bien vaporeux. Je ne vois que mes conditions de vie minables. Je me sens tout petit. Je me sens une ombre. Je me vois avec ma blouse de service, avec des malades inquiétants, horribles, dans une odeur nauséabonde, prisonnier des grands couloirs du pavillon où je travaille. Un seul rêve, rêve ou cauchemar, et me voilà entraîné dans un retour en arrière. Je repense à une scène, vécue il y a dix ans. Un soir, nous jouions à Angers. Le public avait été super, les organisateurs nous avaient complimentés. Et dès le lendemain, à six heures, après une courte nuit, je me revoie dans mon service avec les collègues. J’étais passé du paradis à l’enfer. J’ai l’impression que, ce présent matin, je ressens ce même douloureux décalage. Les collègues parlaient de banalités dans cette pièce triste et sombre. Je m’étais vraiment senti très mal. Pas à ma place. La différence, à l'époque, je crois, c'est que je me raccrochais à mon rêve, en me disant un jour je ne serais plus ici. Aujourd'hui, je me dis, comment vais-je faire pour m’en sortir ?
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Mercredi 6 mai
Je feuillette le press-book que m'a apporté Anne-Marie. Cela me fait drôle. Comme si ce passé n’existait pas pour moi, comme s’il avait été vécu par quelqu'un d'autre, tant je suis différent. Je me perçois comme un homme ayant perdu toute sa vitalité, un automate dont les piles seraient usées. J’ai comme la sensation qu'un grand mur s'est érigé derrière moi il y a deux ou trois ans.  Si je jette un regard en arrière, en référence à la musique et aux spectacles que j'ai peu faire, je ne vois que ce grand mur qui fend ma vie en deux parties. Je suis deux personnes différentes. Ce mur me fait dorénavant de l'ombre. J'ai beaucoup changé. En regardant les photos, je sais que j’ai surtout beaucoup changé intérieurement. Je me sens trop fatigué de m’être battu. À une époque encore récente, j'avais encore de l'espoir dans l'issue du combat que se livraient l'infirmier et le saltimbanque que j'étais. Le sage et le fou. C'est quand je mettais ma blouse de service que je me sentais déguisé, mal dans ma peau. Je préférais les vêtements colorés, les déguisements un peu fous, le maquillage, les masques des différents personnages que l’on devient au fil du spectacle, plutôt que la tristesse et l’ennui du blanc. Je vivais dans deux mondes. J’existais dans l’un et dépérissait dans l’autre, tiraillé constamment entre la raison et la folie. La raison de la sécurité, de la vie bien rangée, comme celle de mes collègues de travail, et la folie du risque, de l’incertitude du lendemain. Ce qui m'a le plus marqué chez mes collègues quand je suis entré dans la profession, c’était le trépied de leurs conversations : maison, voiture, foot. À cette époque, je n’avais pas de maison, j'avais une voiture mais qui ne représentait pour moi qu'un objet utilitaire, et je n'aimais pas le foot. Je me suis tout de suite senti étranger vis à vis de ces Anciens qui devaient avoir entre trente-cinq et cinquante ans. Ça s'est amélioré quand j'ai acheté ma première maison. Nous avions au moins en commun un sujet de conversation. Par contre, j’étais très mal à l’aise quand mes collègues me parlaient de mes spectacles, lorsque j'ai commencé à en faire. Pourquoi cette honte ? Un jour, en entrant dans le pavillon où je travaillais, un ambulancier m’a demandé si ce n'était pas moi qui faisait des spectacles ? J’ai rougi, j’ai dit qu’il devait confondre et je suis parti. Le Gau-din qui fait le Din-gau. Double vie affective, double vie professionnelle, un tout qui ne fait qu’un rien. Toujours partagé entre deux vies et ne vivant jamais le présent, à passer mon temps à me projeter dans un avenir meilleur. Quand on est persuadé qu'une vie meilleure va arriver, qu'un destin va s'affirmer, quand est sûr que le Père Noël va passer, alors il n'y a qu'à attendre. C'est certainement de là que vient une partie de mon problème.
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J'écoute la cassette que m'a apportée Anne-Marie. Il y avait longtemps que je ne l'avais pas écoutée, et je le fais donc avec une oreille nouvelle. Je sais qu'à présent je m'y prendrai différemment dans mes compositions. Pas assez précis, manque d’un minimum d’orchestration.
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Après la séance de yoga, je me sens mieux. Se dessinent en moi des prises de conscience qui me permettent de mieux analyser mon fonctionnement ou plutôt mes dysfonctionnements. J’ai moins de doutes. Il suffirait maintenant que je trouve la solution, l’idée pour changer de métier afin d'échapper au huit ans qui me séparent de ma retraite de l'hôpital. Je me le répète incessamment : « Il suffirait que je trouve l’idée ».
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Jeudi 7 mai
Comme cela fait un certain temps que ma psy n'a pas changé mon traitement, et je me souviens qu'elle a dit un jour : « Un médicament qui ne produit pas d’effets secondaires est un médicament qui n’agit pas », j'ai presque envie de lui en parler à notre prochaine entrevue. Je demande si elle ne pourrait pas m'augmenter l'Effexor, du fait que je ne ressens presque plus d’effets secondaires : les mains qui tremblent un peu et les sortes de frissons sans sensation de froid qui courent du ventre jusqu'à la mâchoire. J’ai tant envie de me sentir mieux que je me sens prêt, de nouveau, à endurer des effets secondaires. Pour chasser ces périodes de tristesse et cette mélancolie qui m’envahissent trop souvent. Je voudrais tellement me sentir tonique, avec des envies d’agir sans appréhension, me sentir sûr de moi.
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Malgré le soleil qui brille dehors, il me faut me coucher après déjeuner, car je me sens toujours fatigué. Je ne pourrai pas me reposer demain après-midi, du fait qu'Éliane vient me rendre visite avec les enfants. J'essaierai de retrouver un bon rythme de sommeil nocturne, ce week-end.
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Ce soir, je n’ai pas d’angoisse, juste une certaine lassitude et une légère anxiété. J'espère que tout se passera bien. Je me sens toujours inquiet, devant l’événement à venir.
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Vendredi 8 mai
Le miroir me renvoie mes joues creuses et la maigreur de mon corps. Je me donne l’image d’une personne malade, d’un cancéreux. Je voudrais reprendre du poids, me sentir plus enveloppé. Après ma toilette, je mets juste une chemise et j’ai l’impression de flotter dedans. Jusqu'à présent, je portais des pulls qui cachaient ma maigreur. J’ai peur du regard de mes enfants. Je voudrais être arrivé à ce soir pour réfléchir et faire le bilan de ma journée.
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Nous décidons d'un programme avec Éliane et les enfants. Je ne sais pas si je suis vraiment très présent. Je ressens une certaine tristesse. Sans raison. Difficile de me sentir pleinement heureux. Les enfants jouent sur un château gonflable. Avec Éliane, nous sommes assis sur un banc près d'une buvette. Une radio diffuse des programmes locaux, puis des messages publicitaires. J'écoute sans écouter. À un moment, j'entends : « Alors, ce soir, on se fait un ciné ». Et immédiatement, je transpose le mot 'ciné' en 'incinérer'. Le monde afflue. Je regarde les gens aller et venir. Ce remue-ménage fait naître en moi une tension. Plus mon angoisse monte, plus je trouve les gens horribles. Trop gros, trop moches, chacun se distingue par un détail qui me repousse. Pour me calmer, je m'adresse à Éliane et les critique un à un. D'un seul coup, je suis très impressionné par la vue de deux handicapés en fauteuils roulants électriques. Ils sont déformés. L'un d'eux respire avec un appareil relié à un appareil à oxygène. Je détourne la tête. Je culpabilise. Comment puis-je me sentir mal, devant une telle souffrance ? Et pourtant, c'est la triste réalité. Par la suite, nous allons visiter l’aquarium où je pense trouver une certaine sérénité à contempler l’eau et les poissons. Au début, j'apprécie, puis au fur et à mesure que l'on avance, il fait sombre et je ressens un certain malaise. J'essaie de le dissimuler et de me faire présent pour les enfants. Nous entrons ensuite dans la salle de ciné 3D. Les sièges sont confortables, j’ai la sensation de me reposer. Je fais remarquer à Éliane que cela me donne l’idée, voire l’envie de retourner au cinéma. Par contre, la séance qui ne dure que douze minutes est pour moi difficile à supporter, car la musique est beaucoup trop forte et, de plus, mal adaptée. Musique très électronique, accompagnant chaque scène rapide de sons horribles qui conviendrait mieux à un film d’épouvante qu’à un à film sous-marin. À la sortie, j’en fais la remarque à la personne qui a présenté le film, elle me répond qu’il faut bien se concentrer sur l’image. Je n’insiste pas, de toute façon elle n’y est pour rien. À la fin, il y a un cahier où consigner ses impressions. J'y fais part des miennes, avec la certitude que c'est un acte inutile. Voilà, la journée est presque terminée. Un arrêt à Mac Do et ce sera la fin. En rentrant, je prendrai une douche.
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Je pense que les enfants ont apprécié. Ils étaient toujours devant, à nous appeler pour nous montrer ceci ou cela. Et puis, ils aiment bien s’occuper de Clémence, la fille d’Éliane qui a trois ans. Ils sont super avec elle, en particulier Adeline qui ne la quitte jamais, joue tout le temps avec elle. Yohann lui se montre toujours très attentif et délicat, comme un grand frère protégeant sa petite sœur. Ce soir, j’ai envie de les appeler. J’ai envie de réentendre leur voix.
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Samedi 9 mai
Je repense à hier, et à la vision de toutes ces familles qui se promenaient. Cela occasionne chez moi une réaction épidermique. C'est toujours pareil. Le dimanche en famille, le déjeuner, puis la promenade avec le père, la mère, le gendre, la bru, les enfants... Quelle tristesse. Il est vrai que les jours de repos étaient pour moi des journées vides. Si mes parents invitaient des amis à midi, il fallait aller marcher après le repas. Les grands discutaient et moi je m’ennuyais. Seul parmi le groupe, je n’existais pas. Les grands ensemble, et moi je suivais. Il fallait que je vienne : « Ça va te faire du bien » disais ma mère. Je réalise que peu d’amis de mes parents avaient des enfants de mon âge et, si cela avait été la cas, cela aurait peut être changé ma vision de ces promenades.
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Amour, bonheur, quels drôles de mots. Je ne sais pas si j’aime. Éliane m’aime. Plus je suis lointain, plus elle est présente. Éliane, parfois, me manque quand elle n’est pas là. Parfois, je suis bien avec elle mais je ne sais pas si je l’aime. Je suis toujours étonné quand une personne dit : « J'aime mon mari, j’aime ma femme ». Comme une évidence. Même mariés. Et surtout s’ils sont mariés depuis des années. C’est pour moi un sentiment inconnu sur la durée. Oui, je sais aimer passionnément : la rencontre, la passion, l’intensité de l’amour où l’on se surpasse, où l’autre est là constamment présent dans mes pensées. En dehors de ces périodes, c’est le vide, et même ensuite une certaine souffrance face à la désillusion. Peut être le rêve qui se brise. Je ne peux pas m’engager totalement envers Éliane. Je trouve qu'elle est une femme extraordinaire, avec beaucoup de qualités, de sensibilité, d’écoute, mais quand je suis trop longtemps avec elle, j’ai l’impression d’étouffer. Son amour me fait peur. Au début de notre rencontre, pendant un mois, c’était fantastique. Puis, après, je me suis senti m’éloigner. Des défenses se mettaient en place. De plus, il y a comme des similitudes. Quand j’ai rencontré Éliane elle était dépressive, ma mère l’a été longtemps, même si à l'époque, on ne parlait pas de dépression, mais ma mère prenait des euphorisants. Éliane est éducatrice pour les jeunes enfants, ma mère était institutrice d’école maternelle. En réalisant cela, je crois que j’ai commencé à craindre cette relation. Surtout ne pas reproduire, ne pas devenir mon père.
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Dimanche 10 mai
Depuis ce matin la tristesse ne me quitte pas. Je me sens mal dans ma peau. Est-ce que parce que c’est dimanche ? Je pense à Éliane, je voudrais qu’elle soit près de moi aujourd’hui...
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Je vais au réfectoire sans la moindre faim. Puis je regagne ma chambre. Éliane me téléphone et m'apprend qu'Élodie chantait hier soir dans un petit cabaret. Elle me dit qu'elle avait annoncé que les chansons étaient de moi, qu'elle est allée ensuite la voir et qu'Élodie me faisait de gros bisous. Je pourrais en être content, mais non, j'en suis tout juste satisfait. En raccrochant le téléphone, je retrouve ma tristesse. Peut être que je devrais sortir d’ici. Éliane m’a dit qu’elle avait une semaine de vacances à partir du quinze de ce mois et qu’elle était prête à confier Clémence à ses parents et m’emmener dans le Midi chez mes amis pour y passer huit jours avec moi.
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D'écouter Maxime Leforestier, chanter 'Le Gorille', me rappelle un souvenir d’enfance. Je revois la scène. J’ai sept ou huit ans et mon frère vient d’acheter le quarante-cinq tours de Georges Brassens avec cette chanson. Quand j'entre dans la pièce, une grosse discussion s’engage entre ma mère et Michel, mon frère aîné. Ma mère dit : « Tu ne vas pas écouter ça devant Jean-François ». Michel répond : « Il ne va pas comprendre les paroles ». Ma mère se met alors dans une colère froide, comme elle en a l'habitude, et la conversation tourne court. Michel repart chez le disquaire, puis revient en brandissant un disque de Georges Guétary. Il le jette sur la table et dit à ma mère : « Tiens ! ». Je me souviens que je ne comprenais rien à ce qui se passait. Que peut-il y avoir dans cette chanson que je ne puisse entendre ? On ne me dit rien, on ne m'explique rien. Je me dis : « Ça doit être drôlement grave ce qu’il y a sur ce disque ». À la maison on ne parlait jamais de sexe. Je me rappelle avoir demandé plusieurs fois à ma mère comment on faisant les enfant. Aucune réponse. Je m'étais alors adressé à mon frère Michel qui, lui, m'avait dit : « Comme ça, ça vient tout seul ». J’imaginais alors qu’une pierre pouvait se transformer en bébé, 'comme ça', comme par magie. En allant à l'école, j'imaginais que j'allais croiser un bébé, qui allait venir, 'comme ça', en face de moi, sur un chemin, en se promenant. 'Pouf !' , un peu de fumée, et l’enfant est là, comme le génie de la lampe d’Aladin.
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Lundi 11 mai
Allongé sur mon lit, je me sens dans un état de tristesse et d’angoisse montant et je me dis que j’aimerais bien aller mieux pour moi-même et pour ma psy. Je pense à l’échec que je représente pour elle, comme si j’étais un mauvais élève. Elle fait tout pour me soigner, et moi j’ai de mauvais résultats. Je voudrais tant qu’elle soit satisfaite de me voir progresser, qu'elle soit fier de moi. J’ai peut-être peur, finalement, qu’elle me dise un jour : « Allez, maintenant ça suffit, partez, vous y mettez vraiment de la mauvaise volonté ».
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J'appréhende ces quelques jours de vacances à venir, et la façon dont je vais me comporter. Que vais-je ressentir ? Aurai-je des angoisses comme maintenant ? Vais-je retrouver l’appétit ? Je me dis, néanmoins, que j’ai la chance de partir avec Éliane. Je vais dans un village à vingt kilomètres de Nîmes, dans un cadre sécurisant, où je sais que je ne serai ni agressé par le bruit de la circulation, ni par la foule. La maison est chaleureuse et les amis sont sensibles aux thérapies, en ayant eux-mêmes suivies. Je connais Jean-Louis depuis vingt ans et malgré son départ de Poitiers vers le Midi, nous avons constamment entretenus des rapports réguliers et privilégiés.
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Ici, j’apprends à me désintoxiquer de la télé, des informations permanentes. Je découvre aussi le plaisir d’écrire et, par ce biais, le moyen de m'analyser et de me comprendre. Ce rituel de montrer mes écrits à ma psy restera certainement mon meilleur souvenir quand je partirai d’ici. J'espère pouvoir continuer à lui écrire, par la suite. Cette idée me fait chaud au cœur.
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Mardi 12 mai
La secrétaire médicale prend le temps de tout m’expliquer, car je ne parviens pas à vraiment comprendre lorsqu'il s'agit d'administratif. Arrêt de travail, longue maladie. Je note un maximum de choses sur mon carnet. Puis elle me demande d'écrire une lettre pour accompagner le certificat médical pour la longue maladie. Je le fais avec son aide, mais au final c'est comme si toutes les informations recueillies lors de l'entrevue étaient tombées dans un gouffre.
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Au dîner une dame, arrivée aujourd’hui, s’assied à notre table. Elle se met à parler de ses crises de panique, de sa haine contre ses parents, de sa haine des hommes. Plus elle parle et plus je me sens angoissé. Dès ma dernière cuillerée de yaourt, je sors de table. Et je reste sur cette impression de malaise, d’ondes négatives dégagées par cette femme. Je me trouve gêné de mon ressenti, car il me confirme que mon côté hypersensible est bien toujours présent.
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À table, au fumoir, la majeure partie des conversations tournent toujours autour de cela. Les traitements, les maladies, le mal-être, les problèmes que chacun expose. J’ai remarqué que depuis quelque temps j’attends toujours la dernière minute pour aller fumer, afin de ne pas me retrouver avec les autres. Je préfère rester seul. Je ne vais plus regarder la télé, je préfère demeurer dans ma chambre pour écrire. Soit je deviens asocial, soit le fait de me sentir mieux me renvoie à ma profession et à son lot de détresse et de folie. J'emploie le mot folie en pensant à cette femme qui parlait de sa haine des hommes, souhaitant la mort de son père, voulant castrer les hommes, les considérant tous comme des obsédés. Je crois que quelque part elle me fait peur. Je vais m'employer à l'éviter. Je voudrais l’effacer de mon esprit, à tel point que je m'imagine en train de me cacher sous mes draps. Mais je ne le ferai pas. Je vais plutôt appeler mes amis du Midi pour qu'ils m'irradient d'ondes positives.
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Je leurs téléphone donc et je bavarde une demi-heure avec Marie-Claude, la femme de Jean-Louis. Je la sens joyeuse à l'idée de notre arrivée. Nous évoquons nos parcours et le chemin réalisé, notre volonté commune de tendre vers le meilleur de nous-même. De plus, Marie-Claude a de l'humour. Elle a une voix chantante. Je me sens désintoxiqué de ce que j’ai vécu il y a peu. Ensuite, Éliane m’appelle pour me dire qu’elle commence à faire les sacs, et que la perspective de ce départ lui donne de l'énergie. Je me sens mieux. Je viens de me laver l'esprit avec des gens sains. Tout cela renforce l’idée que c’est pour moi le moment de sortir.
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Vers vingt-trois heures, je sors de ma chambre et je discute avec les infirmières de nuit, dont l'une a le même diplôme que moi. Nous parlons de la difficulté du travail, et elle évoque le cas de cette infirmière psy de quarante-sept ans qui a cessé ces fonctions de ne plus pouvoir les assumer. Nous nous remémorons nos parcours et les scènes qui nous habitent. Les suicides, la violence, l'état des grands malades, et tout ce que nous devons endurer dans les services lourds. Avec le recul, je me dis comment ai-je pu encaisser cela ? Je me suis trouvé entraîné dans un processus de destruction lente, comme un bloc de pierre que l'on burine jour après jour à coup de marteau, pour en arriver à sa destruction totale. Je me dis qu’il y a certainement des roches plus ou moins solides, plus ou moins friables. En ce qui me concerne, j'en suis arrivé à ce gros tas de poussière et d’éclats de pierres. Et c'est à moi désormais de créer un nouveau bloc, plus solide, en pièces reconstituées. Mon séjour m’aura appris cela. Mais, attention, pas n'importe quel bloc, une création artistique.
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Mercredi 13 mai
Je me réveille sur un cauchemar : je viens d'apprendre que je dois retourner au pavillon des malades mentaux, où j’ai travaillé il y a plus de dix ans. Je ne suis pas encore levé, il faut que j’y sois à six heures. Je me tourmente à l’idée d'avoir à faire de la toilette d’urine et d’excréments.
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Je demande l'autorisation d'aller à Esvres, seul, après le goûter.
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À l’aller, je ne me sens pas trop mal, je pense à ce que je vais faire, le parcours que je vais emprunté, la poste, le bureau de tabac et l'ATAC. Au retour, je suis particulièrement tendu, en premier lieu du fait des voitures, chacune représentant une agression : de les voir passer si vite, mais surtout de les entendre. Le pire, ce sont les mobylettes sans pot d’échappement. Plus je progresse sur le chemin du retour et plus je les redoute. Je ne vois rien d’agréable autour de moi. Je réagis négativement à tout ce qui m'entoure. La forme des maisons, les gens dans les jardins. Même les arbres, que d'ordinaire j’adore, me laissent indifférent. Rien n’est beau, tout n’est qu’agression. À un moment, je vois une moto passer, et je pense à une de mes collègues, morte écrasée à moto par une voiture. J'y pense encore en voyant un cycliste en train de doubler un camion qui se gare. Je me sens crispé avec mon sac en plastique à la main. Je revois des malades entrant dans le pavillon avec leur sac en plastique, contenant des gâteaux et du jus de fruit. En marchant sur la petite route du retour, j’entends le train. Il fait un bruit sourd, désagréable, et en plus il actionne son klaxon. Je n'ai pas de chance. Même en arrivant à l'institution, une ambulance klaxonne en entrant dans le parc. Je me retourne, en ne sachant pas si cela m'est adressé. Je me sens mieux en entrant dans le bâtiment et surtout une fois dans ma chambre. Je peux dire : « Ouf ! ».
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Jeudi 14 mai
Je voudrais dire à ma psy : Merci de me suivre depuis ces deux mois que je suis ici. Merci de me faire découvrir un horizon plus clément, de me faire redécouvrir l’espoir et surtout l’envie d’exister. Mais pas exister n’importe comment, n’importe où, ne pas vivre seulement pour passer, mais pour devenir. Mon chemin me semble encore long, mais je le vois plus large, plus ensoleillé, plus riche de découverte à venir. Merci d’être que ce vous êtes.
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Vendredi 15 mai
Je repense à mes propos tenus, ce matin, à ma psy sur la difficulté de dire que j’étais séparé. Peu de mes collègues le savaient. Pour beaucoup, j’habitais encore à Mignaloux avec ma femme et mes enfants. Je crois que, quelque part, j’avais peur du jugement des autres. Il est vrai que cela me mettait dans une situation difficile, dans la mesure où j'essayais toujours d’éviter les sujets de conversation touchant à la maison et à la famille. Vers la fin de l’an dernier, un collègue m’avait dit qu’il était passé en vélo à Mignaloux et qu’il avait vu ma femme et un autre homme enduire les boiseries extérieures de ma maison de Bondex , et qu’il n’avait pas oser s’arrêter. J’ai ruminé et je suis allé le voir en tête à tête pour l'informer que je ne vivais plus là-bas.
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Je crois que j’ai été élevé dans cette notion du paraître. Ma mère voulait passer pour une femme, une mère idéale aux regards des autres. Je sais que même des gens venaient la voir quand ils avaient des problèmes. Mon institutrice de CM1 qui ne savait pas trop quoi faire de moi, car je devais être remuant, était venu la voir à la maison. Ma mère m'a fait monter dans ma chambre. J’ai essayé d’écouter du haut de l'escalier. Le lendemain, je changeais de place dans la classe. C’est ainsi que je me suis retrouvé au premier rang, au bureau juste en face du sien. Je pense que ma mère avait honte de moi. Je me souviens lui avoir fait part, un jour, de mon désir d'être vétérinaire. Elle en paraissait très fière. J’imagine sa déception lors de mon échec au certificat d'étude. Elle n’a rien dit. C'est mon frère Michel qui m’a disputé. Quand j’ai passé mon brevet, je sais qu’elle vivait dans l'appréhension du résultat. Elle paraissait presque surprise que je l’obtienne. Elle avait dû faire part de son angoisse autour d'elle, car c’était un professeur, habitant près de chez nous, qui était venu lui annoncer avant l’affichage. Elle laissait toujours à penser qu'elle nous portait à bout de bras. Critiquant mon père, et clamant que c’était toujours elle qui allait voir les professeurs, jamais lui. « Ah, si je n’étais pas là ». ~
Lundi 18 mai
Mes amis sont chaleureux et Éliane est très présente à mes côtés, notamment dans ces moments où je pose mes lunettes ou mon portefeuille n'importe où et que je ne parviens pas à les retrouver. Je me sens un peu éparpillé. J'ai de la difficulté à m'organiser. Je me sens assez bien ici, même si je ressens toujours une peur diffuse. Globalement, il me semble que je me réadapte à la vie extérieure. Je conduis même un peu la voiture d’Éliane. Les premiers kilomètres sont durs, car j’ai peur d’accrocher les voitures qui me croisent. Finalement, cela se passe bien. Je sais que je pourrai conduire quand je reviendrai chez moi.
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Mardi 19 mai
'Retourner chez moi' constitue le problème majeur qui occupe mon esprit. Je téléphone à mes enfants. Ils me paraissent bizarres. Je ne les sens pas comme d’habitude, comme s’ils n’étaient pas à l’aise. En raccrochant, je me dis que l'ami de Christine devait certainement se trouver là. Je ne vois pas d’autres explications. Je me rends compte qu'ils continuent de me protéger, en m'écartant ou en se mettant devant moi face à telle ou telle situation, comme par exemple lorsqu'ils aperçoivent une guêpe. « Attention, papa, une guêpe, fais attention ». Ils savent que je suis allergique. Je me prends quand même à penser que ce n'est pas banal que ce soit eux qui me protègent alors que ce devrait être le contraire. Quelle image ont-ils de moi ? Je me dis alors qu'il me faut poursuivre mon chemin vers le retour à la normale pour ne plus leur donner une image de père faible et fragile. Ça leur fait beaucoup à porter.
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Mercredi 20 mai
Ce matin, je consulte une femme conseillée par Marie-Claude, une 'thérapeute de l’âme'. Il n'y a pas d’inscription sur sa porte. Marie-Claude m’en a dit du bien, précisant que c’était une personne intuitive qui perçoit les énergies. Pourquoi pas ? Je ne sais pas trop quoi penser de cette séance. Elle affirme que j’ai un énorme potentiel et qu’il me faut apprendre à ressentir les choses plutôt que de les penser. Je reste toutefois un peu méfiant, en me disant qu'elle peut dire cela à tout le monde. Par contre, elle m’apprend qu’elle a travaillé vingt ans en pédopsychiatrie, et cela tend à démontrer que l'on peut changer de chemin même à un certain âge. Elle me confie aussi qu’elle ne me voit pas reprendre mon travail. Elle me conseille quelques 'Fleurs de Bach' à prendre en plus de mon traitement. Il est vrai que je me sens bien en ressortant de chez elle, mais cela ne dure pas. Je me dis : « Que va en penser ma psy ? ».
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Ensuite, nous allons chercher à l'école, Héloïse, la fille de mes amis. Elle est en cours préparatoire. Je regarde les enfants en train de jouer dans la cour. En même temps, je me remémore la cour de mon école primaire, petite et sombre avec nettement plus d’enfants. Je me dis : « Si j’avais été dans une école comme ça ». Je superpose les images de ces deux cours. Cette cour calme et aérée et ma cour d'école, agressive, avec un maître agressif au milieu. L’image m’est insupportable. Pas à ma place. C’est peut être pour cela que je ne tenais pas en place. Je ne me souviens que des contraintes, des tortures physiques et mentales, de mon esprit qui, le plus souvent, s’évadait. Sans doute ai-je ressenti le même malaise lorsque je suis entré à l’hôpital, cloisonné dans son enceinte. En seconde, le malaise fut plus grand, du fait de l'acné qui me défigurait. J'avais honte. De plus, c’était la première fois que je me retrouvais dans une classe mixte. Peur du regard des filles. Peur des filles. Je me souviens du premier jour. Je suis entré dans la classe dans les derniers et je me suis retrouvé assis malgré moi près d’une fille. Elle était grosse et pas très belle. La prof avait fait remarquer que j’étais le seul garçon assis près d’une fille, car tous les autres s’étaient installés par deux, du même sexe, sur les chaises des bureaux à deux places. Elle nous avait félicités. Face aux mots de la prof qui préconisait la mixité, en disant qu'il en était fini de l’école des garçons et de l’école des filles, j’avais rougi. Mes mains étaient moites et j’avais les coudes sur le bureau, les deux poings posés sur mes joues pour cacher mon acné et mon mal être. Dans la classe il y avait un garçon, très beau, et je me souviens qu'en cours d'année la prof d’anglais l’avait invité à venir sur son bateau, car c’était un excellent nageur. Moi je me disais qu’est-ce qu’il a de la chance ! Il m’aimait bien. Il voulait devenir chirurgien et faire de la chirurgie esthétique. En plus, lui, il avait une copine avec qui il couchait. J’étais stupéfait de ce décalage entre lui et moi. Il était bon partout et moi, cette année, j’étais mauvais partout, sauf en français, seule matière qui me plaisait bien. L'année d'avant, en troisième, un copain m'avait dit que je ressemblais à Jacques Dutronc, et un jour il m’avait appelé par ce nom dans la cours de récré. Un autre avait répliqué : « Dutronc est mieux que ça ». Le mot 'ça', je l'ai porté longtemps. Comme si je ne pouvais pas ressembler à quelqu'un de beau. À force, je me disais : « Il faut que les années passent, puisque l'acné disparaît à l'âge adulte ». Finalement non, puisque si mon acné a bien disparu, il en demeure sur mon visage des traces indélébiles. Au fur et à mesure du temps, j'ai ainsi pris conscience que je n’étais pas comme les autres. J'avais une tête marquée, ce que je devais constamment vérifier suivant les jours et suivant l’éclairage. Je déteste me trouver dans une salle éclairée aux néons. Je préfère la semi-obscurité. J’aurais pu être beau si je n’avais pas eu ça.
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Jeudi 21 mai
J'éprouve une assez grande tristesse, cet après-midi, sans raison. Je la garde jusqu’à ce que nous invitions nos amis au restaurant. Là, je me sens mieux. Peut être que le vin y est pour quelque chose.
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Après le dîner, sur les vingt-trois heures, nous allons marcher dans la ville. Ce faisant, je retrouve mes vieilles peurs de l’agression. Cette angoisse envahissante qui me contraint à donner le change. Par exemple, nous longeons une terrasse de café, et j'appréhende d'être interpellé. Le pire est en traversant cette place où se tient un groupe d'adolescents buvant de la bière. J’imagine le pire. Je les vois en train de nous agresser verbalement puis ensuite physiquement. Il ne se passe rien, mais je n’arrive pas à comprendre cette crainte permanente, laquelle est amplifiée par le fait que nous soyons dans des rues, la nuit. Je suis heureux de me retrouver dans la voiture. C'est fini, je suis à nouveau en sécurité.
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Vendredi 22 mai
Ce matin, je me lève tôt et nous demeurons longtemps au petit déjeuner à discuter. Je change ensuite ma façon de me coiffer. Il y a un miroir près du bureau où j’écris. Ça me fait drôle. Je n’avais jamais mis mes cheveux en arrière. C'est plutôt un acte symbolique pour aller vers cet autre homme que je veux devenir. D’une part, cela me gêne parce que j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose et que j'ai froid au front, d’autre part j'ai le sentiment de me trouver moins bien ainsi. Je dois être plus laid. Je m'attarde sur le miroir et j'y vois mes joues creuses, en plus cette nouvelle coiffure ! Mais, bon, c'est ma façon à moi de m'acceptez dorénavant comme je suis, et de montrer aux autres mes nouvelles résolutions. « Le changement a commencé, Messieurs Dames. Je ne suis plus celui que j'étais avant. Regardez, ça se voit ».
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Mon retour à Poitiers n’est pas si évident que cela. Je dis à mes amis que si je n'avais pas mes enfants je changerais de ville, en venant m’installer ici. Loin de tout ce que j’ai connu, loin de tout ceux qui me connaissent. Reprendre une nouvelle vie sans cette peur du regard et des questions d'autrui. Ici, quand je marche dans les rues, je ne croise personne qui me dise : « Ah, tiens, tu as changé de coiffure » et « Alors, qu’est-ce qui t’est arrivé, j’ai appris que tu avais été en clinique ? »...
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Samedi 23 mai
Dès la sortie de l’autoroute, en entrant dans Poitiers, je commence à percevoir une tension, une angoisse à l’approche de ma maison. Il est presque seize heures, il nous reste dix kilomètres à faire, et j’avance la prise de mon Séresta 50.
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Nous sortons les bagages de la voiture. Il y a du vent, il fait un peu froid à l’intérieur de la maison. Je ne sais pas trop quoi faire, rester dehors au soleil, entrer définitivement. Éliane va chercher sa fille à Châtellerault. Elle reviendra ce soir. Je demeure un long moment dehors, à regarder certains arbustes qui s’étiolent et d’autres qui sont morts. Mon premier geste est de sortir le tuyau et d’arroser les plantes en souffrance. Je passe aussi un coup d'eau à ma voiture qui est recouverte de poussière. Je sais que je ne pourrai pas coucher là ce soir. L’environnement me semble sans vie, le maison aussi. J'irai chez Éliane. Je rentre ensuite dans la maison et avec méthode, ce qui ne me ressemble pas, je commence à ranger, sortir les livres des cartons, sortir les habits du sac, classer le courrier, le tout avec une certaine lenteur. Voilà, maintenant j'en ai terminé, un espèce de nœud me vrille l’estomac à l'idée de ce qui va advenir dorénavant. Me revient à l'esprit cette réflexion que j'ai faite à Éliane : « Je me sens étranger dans cette maison, je vais la vendre ». Pour l'heure, c’est comme si j’étais ici en transit. Je me raccroche à deux perspectives : le plaisir d’aller chercher mes enfants demain matin, tout en craignant toutefois l’attitude de Christine ; et le soulagement de retourner à Tours, lundi, voir ma psy dame.
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Dimanche 24 mai
Neuf heures. Je téléphone à Christine pour savoir si les enfants sont prêts. Je la réveille et elle me dit que les enfants dorment toujours. Je l'informe donc que je passerai à dix heures. Je ne le prends pas mal. Je suis juste étonné car, d’habitude, les enfants sont prêts de bonne heure,. C’est là que je prends conscience de l’importance de l’écriture. Elle me permet de me poser, de prendre du recul au regard de l’événement. Je me sens plus calme mais avec toujours cette anxiété diffuse en moi. Le fait de me trouver chez Éliane me rassure finalement.
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Je repense à ce coup de téléphone. Je réalise combien je suis encore angoissé. Je lui avais dit que je passerai à neuf heures, et c'est comme si ma parole ne comptait pas. Encore une fois, j’ai encaissé. Je lui ai d'abord proposé de passer à neuf heures trente, et elle qui m'a répondu : « Je ne sais pas s’ils seront prêts ! ». La seule attitude que j'ai trouvé à lui opposer a été de me trouver gêné et de lui dire : « Bon, alors, je passerai à dix heures ». Elle détient encore le pouvoir sur moi. De plus, je ne suis pas sûr que les enfants seront prêts à dix heures. Si tel est la cas, qu’est-ce que je vais faire ? Comment vais-je réagir ? Je crains à l’avance sa froideur. D’un autre côté, je me dis que c’est bien que les enfants puissent se reposer. Là encore, je me trouve tiraillé entre le bien-être des enfants et le manque total de considération de Christine. Je sais qu’elle ne se forcera pas pour moi, et certainement fera-t-elle strictement le contraire pour me mettre en difficulté. Être obligé de patienter, de rester dans la maison en attendant de pouvoir partir. Je me sens comme une souris dans les griffes d’un chat.
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Lundi 25 mai
Ce matin, je me sens plus tendu que les autres matins. Je réalise, d’une part, que depuis mon départ de Champgault c’est la première fois que je me retrouve seul, et d’autre part, je pense à l’entretien que je vais avoir cet après-midi avec ma psy. Comment va t’elle me trouver ? Par ailleurs, je n’ai pas envie de revoir les autres patients. Mais je sais que je ne peux l’éviter.
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C’est vrai que je suis très laxiste vis-à-vis de la rigidité de Christine.
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Samedi 6 juin
Quand je viens chercher les enfants, Christine se montre plaintive. « Regarde, j’ai fait tous mes calculs, je ne vais pas y arriver ». Elle m’a préparé deux feuilles. Une feuille affichant ce qu’elle gagne et ce qu’elle dépense mensuellement. « Tu vois, je dépense plus que je gagne ». « Toi, tu t’en tires bien, avec tes loyers ». « Et puis tes parents t’ont toujours aidé ». « Si ça se trouve, il faudra que je vende la maison ». « Ma vie est fichue ». L’autre feuille montrant le compte final de ce qui me revient, selon elle, sur la vente de la maison de Mignaloux, au terme du divorce. Selon elle car, selon moi, elle minore la somme. Je ne sais plus quelle attitude adopter. Je reste calme, très calme. Elle, je la sens tendue, jalouse de ma vie, d’avoir eu une famille qui m’a aidé. Dois-je céder à ses desiderata financiers ou me battre pour une vraie justice ? J’ai l’impression qu’elle veut me presser comme un citron. De plus, elle veut toujours me faire culpabiliser un maximum.
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Je lui téléphone en fin de matinée pour lui demander comment elle a pu dépenser vingt-deux mille francs en janvier et vingt-trois mille francs en février ? Elle est incapable de me répondre et se met en colère : « C'est que tu n’as pas confiance ». Je lui rétorque, en toute simplicité, que je ne comprends pas. Ses propos deviennent dès lors de plus en plus excessifs : « Je n’ai plus qu’à vendre la maison et aller vivre en HLM » ; elle me traite de 'salaud', qualifie Éliane de 'grognasse', menace de m’attaquer pour abandon du domicile conjugal, alors que nous sommes séparés de corps depuis deux ans et demi. Les insultes pleuvent, je la sens haineuse. Alors, je lui ai dit que je suis prêt à payer un médiateur pour que les questions financières se règlent au plus juste. Elle refuse. Pourtant, l’intervention d’une tierce personne m'apparaît indispensable.
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Ce soir, je me sens plus calme. Je vais prendre rendez-vous avec l’avocate et le notaire pour leur demander conseil. Il faut que j’agisse posément en me faisant aider par des professionnels. Je ne veux pas retourner dans le fond de mon lit. Actuellement, toutes mes pensées convergent vers ce problème. Ça me bloque. Ça m’empêche de me projeter dans un avenir. Il faut que tout se régularise avec la plus grande justice, c’est tout ce que je veux.
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Dimanche 7 juin
Avec Éliane et les enfants, nous allons à une fête dans les Deux-Sèvres où se produisent des groupes musicaux très divers. Je m'y trouve assez bien. J'apprécie particulièrement un groupe composé d’un violoncelle et de violons. J'éprouve à nouveau du plaisir à écouter de la musique. Quand nous repartons, vers dix-sept heures, par contre, je me sens fatigué. Nous sommes invités à manger chez une amie d’Éliane et, là, j'ai envie de silence, de fermer les yeux et de dormir. Je me pose dans un fauteuil, à l’écart. Après, je me sens mieux.
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Il est vingt-trois heures. J'aime bien être dans ce bureau, chez Éliane, pour me retrouver, fumer une cigarette puis une autre. Besoin d’être seul. C’est un moment privilégié pour moi. Je ne pourrai pas aller me coucher avant. J’aime retrouver ce bloc de papier. Je pense à demain où je vais prendre rendez-vous avec mon notaire, porter le dossier à l’avocate. Je perçois ce besoin de m'en remettre à des interlocuteurs compétents, face à l’attitude de plus en plus rigide de Christine. Il faut que je me fasse aider, je sais que je dois me protéger.
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Lundi 8 juin
Ce matin, en prenant mon café, je me surprends à frotter mon front et, ce faisant, je revois mon père, assis à la table, en train d'effectuer le même geste. C’était à l’époque où il était en pleine crise avec ma mère. Mon moral plonge. Il faut que j’aille mieux, car le week-end prochain nous enregistrons un 'live' pour un festival de chansons. Pour l'heure, j’ai même du mal à écrire tant la tentation est grande de me remettre au lit. Je voudrais être arrivé à quinze heures trente pour voir ma psy. Si elle pouvait me remettre sur les rails. Dire qu'il y a peu, je me sentais si bien que je voulais lui proposer d’espacer les rendez-vous de quinze jours en quinze jours. Aujourd’hui, ce n'est plus possible. Mes yeux se ferment, j’ai envie de dormir.
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Mardi 9 juin
J’ai un message de Christine sur mon répondeur, me demandant de venir chercher Yohann du fait qu'il est malade et qu'elle a plein de rendez-vous. Je me rends donc à Mignaloux, et quand j'arrive, Christine m'attend dans une apparence des plus froides. Elle me dit que Yohann tousse, qu'il a un traitement antibiotique et qu'il doit passer des examens pour vérifier qu'il ne s'agit pas d'une allergie. Je lui demande si elle fume toujours dans la maison. Elle me répond que oui. Je lui fais observer qu'il ne faut peut être par chercher plus loin.
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J'ai oublié mon Séresta 50 et je me sens très tendu. Je n'ai pas de coup de barre, mais je me sens ainsi après avoir fait faire les devoirs en retard de Yohann. Le repas avec les enfants renforce cette tension. Clémence, la fille d’Éliane, est très agitée. Je sens qu'Éliane est aussi très énervée. Sa tension m’angoisse. Clémence pleure. Elle ne parvient pas à s’endormir. Éliane s'assied dans un fauteuil en me disant qu’elle a tout essayé avec elle. Je prends mon traitement, je vais prendre une douche et, ensuite, j'espère aller mieux. Mais rien n'y fait. Une seule pensée m'habite : « Qu’est-ce que je fais là ? ». Est-ce l’oubli du Séresta, à 16 heures, qui me rend ainsi, qui amplifie mes sensations ? Je voudrais être demain pour voir, et pour ressentir peut être autre chose.
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Jeudi 11 juin
Ce soir, je téléphone à Éliane. Elle me dit qu’elle a des choses à me dire. Je la sens tendue. Je lui propose de venir me rendre visite demain pour parler. Elle acquiesce. Finalement je me sens bien, chez moi, ce soir. Je me demande si je suis fait pour vivre en couple.
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Vendredi 12 juin
L'avocate me dit qu'effectivement elle ne comprend pas trop les comptes de Christine et me conseille de m'en remettre à mon notaire. Elle me conseille par ailleurs de ne pas tomber dans le piège du procès et de faire jouer au notaire le rôle de médiateur. En sortant je respire mieux. C’est ainsi que je voyais les choses.
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Après déjeuner, je me couche et je dors jusqu'à seize heures. Cette fois-ci, je n’oublie pas mon Séresta 50 et je passe une soirée assez calme. Je bricole un peu à l’extérieur et je regarde un film à la télé. Je me sens bien, tout en me posant des questions sur la vie affective qui me conviendrait le mieux. Je ne le sais pas.
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Je mûris doucement un projet musical. La perspective d’avoir du temps devant moi me rassure. Mais j’ai toujours l’angoisse de me trouver dans la situation où je serais obligé de reprendre le travail.
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Samedi 13 juin
Ma relation avec Éliane, mes projets d’avenir, je doute moins aujourd'hui. J’ai d'avantage envie. C'est mon instabilité permanente qui m’angoisse actuellement. Une chose est sûre, je ne veux pas reprendre mon travail à l’hôpital. Je crois que mes projets dans leur diversité peuvent me faire vivre, mais il me faut du temps. J’ai peur que mon congé longue maladie ne me soit contesté. Si tel était le cas, je me mettrai en congé sans solde. Nous sommes en juin, juste avant les vacances, et à mon avis tout débutera en septembre. J'aurais mis de l'ordre et je pourrai dépenser toute mon énergie sur mon projet. Il me faut du temps, un point c’est tout.
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Lundi 15 juin
Je me projette dans l'avenir avec mon projet musical. Ce matin, je l'envisage concrètement alors qu’hier je n'y croyais plus, tout en me sentant au bord du gouffre. Et puis, aujourd'hui est un jour heureux. Je dois aller à Tours, voir ma psy.
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Mardi 16 juin
Je dîne avec Jacky, un ami, avec qui je bavarde longtemps. Je l’aime bien, il m’a écrit souvent quand j’étais à Champgault. Par contre, je me sens gêné dans ce restaurant rempli de monde. Je suis gêné par mon visage en me regardant dans le miroir des toilettes. Je me trouve laid, marqué plus que d’habitude. J'ai du mal à m’accepter. Ensuite, nous allons boire un verre dans un café qui est éclairé d'une pleine lumière et, tout en discutant, j'observe les autres consommateurs. Ils ont tous une peau lisse et nette. Moi, je me sens différent. Il y a longtemps que je n'avais pas ressenti cela.
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 Mercredi 17 juin
J’ai ma journée toute à moi jusqu’à seize heures, heure à laquelle je vais chercher Yohann. J'éprouve le besoin de faire du rangement, de jeter, de me débarrasser de l’inutile. Il faut que je range. L’écurie, la grange, mon atelier, tout y passe. Je nettoie une commode et la transporte dans la chambre de Yohann pour qu'il y place ses habits, puisque je lui ai acheté des vêtements, ainsi qu'à Adeline, pour qu’ils n'aient plus de gros sacs à transporter le week-end. Cette perspective m'enchante. Je perçois ce besoin de rangement comme état de fait obligatoire avant de me lancer dans autre chose. Dans mon projet musical de rentrée.
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Mon poids est de cinquante-sept kilos. Je n’arrive pas à grossir. Actuellement je n’ai faim qu’au dîner, c’est là mon meilleur repas.
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Jeudi 18 juin
Je vais chercher Yohann et Adeline à l'école. Je leur fais faire leurs devoirs. Ils jouent. Je les ramène ensuite chez Christine à dix-huit heures quarante-cinq. Là, elle leur dit : « C'est à cette heure là que vous arrivez, je croyais que vous ne deviez rentrer qu'à vingt heures trente ? ». Je trouve cela dur.  Je reste calme. Je lui demande de consulter le planning que nous avons fait ensemble et d'y constater que nous avions prévu un retour à dix-huit heures quarante-cinq. Elle retourne, pour seule réponse : « Je ne sais plus, tu changes tout le temps ». Ensuite, elle dévie et me dit : « Je suppose que tu n’as pas parlé du divorce aux enfants. Moi non plus »… avant de poursuivre : « Je crois qu'on devra le faire ». Déstabilisé, je lui réponds d'un ton sec et froid : « C’est quand tu veux ».
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Cette nuit je fais des cauchemars. Premier rêve. Christine se trouve à Saintes dans la maison de mes parents. Quand je rentre, je cache mes médicaments dans ma poche pour ne pas qu'elle me les prenne. Ensuite, je me rends à pied chez Éliane avec Yohann et Adeline. J’essaie de prendre le plus court chemin, j'aperçois de grands immeubles au loin, il y a tout un dédale pour y parvenir. C'est très compliqué, je me sens perdu. Flou. Ensuite, je me retrouve de nouveau dans la maison de Saintes où éclate une dispute entre Christine et moi. Je lui dis qu’elle n’a pas le droit d’être là, puisque la maison a été vendue. Et je crois qu’à la fin je l’étrangle. Deuxième rêve. Je vois Georges Brassens, rue Alsace-Lorraine à Saintes. Il réside en face de la maison d’un ancien copain. J’assiste à son interview. Puis, il chante deux chansons que je ne connais pas, et enfin une dernière à capella. Je suis très admiratif. J’assiste ensuite à son enterrement. Il y a Jean-Jacques Goldman qui pleure dans un coin.
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Vendredi 19 juin
Je reçois une lettre du comité médical pour être expertisé le vingt-trois juin. Cette nouvelle me fait peur. Comment cet entretien va-t-il se passer ? Que vont-ils penser de moi ? Je ne peux pas reprendre mon travail, cela m'apparaît comme étant impossible. C’est une de mes certitudes, tout comme l’action engagée pour le divorce. Et si l’expert pensait que je jouais la comédie ? Je me sens fragilisé à l’avance en pensant à ce rendez-vous. Je suis content de rencontrer ma psy cet après-midi.
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Dimanche 21 juin
Tout se passe bien lors du repas avec les enfants. Après, je leur demande s’ils font une différence entre séparation et divorce. Pas de réponse. Je leur explique ce que nous avons décidé avec leur maman. Je leur dis que nous ne pourrons jamais revivre ensemble, car nous ne pouvons pas nous entendre. Je leur précise qu'elle restera habiter dans la maison de Mignaloux. Tandis que je parle, Yohann se bouche les oreilles. Adeline, elle, veut aller chercher le jouet pour le chien. Peu de temps après, alors qu’ils s'apprêtent à jouer aux cartes, Yohann fait tomber par mégarde une boîte à musique d'Adeline, et elle se met à frapper son frère qui se recroqueville sur lui-même. J'interviens en sermonnant Adeline. Quelque temps plus tard, alors que les enfants jouent dehors, je vois Adeline bousculer de nouveau son frère. Je l’attrape par le pull et la fais rentrer à la maison. Elle se met en colère et crie : « Depuis qu’il est ici, il fout sa merde ». Quand je lui demande ce qu'elle insinue, elle ne répond pas. L’ambiance est très tendue. Yohann reste muet. À vingt heures trente, je les ramène comme convenu à Mignaloux. Christine me montre le bulletin scolaire d’Adeline. Résultats moyens et, à deux reprises, il est inscrit qu’elle bavarde trop. Je m'en entretiens avec elle et puis je dis au revoir aux enfants et je pars. Une fois en voiture, je commence à me sentir mal.
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J’ai pris mon traitement depuis une heure et je me sens toujours aussi agité au souvenir de cette phrase prononcée par Adeline au sujet de son frère : « Depuis qu’il est ici, il fout sa merde ». Que faut-il comprendre ? Attribue-t-elle une responsabilité à Yohann quant à notre séparation avec Christine ? C’est la première fois qu’elle dit une chose pareille.
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Lundi 22 juin
J’ai rendez-vous avec le notaire pour l'entretenir de la situation dans laquelle nous nous trouvons, Christine et moi. Je demeure plus d’une heure en consultation avec lui et il prend le temps d'envisager les meilleures solutions. Il me propose de nous voir ensemble afin de régler au mieux notre problème financier. Il m'incite à téléphoner à l'avocate pour qu'elle nous convoque le plus rapidement possible à son étude. Une fois de retour, j'appelle l'avocate qui accepte la procédure. Ensuite, il est seize heures et je me sens complètement épuisé. Je monte dans ma chambre et je m'endors.
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Je ne veux ni me battre, ni dépenser de l’énergie contre Christine que je sens de plus en plus irritée dès qu'on aborde le sujet. Je sais maintenant que je ne suis plus seul à gérer le problème. Il y a l’avocate et le notaire. L'idée me rassure. Autre problème : demain, j’ai rendez-vous avec l’expert médical pour ce qui concerne ma dépression, et je suis inquiet de me retrouver devant une personne que je ne connais pas et qui sera là pour me juger et me jauger. Comment cela va t-il se passer ?
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Mardi 23 juin
Je rencontre le docteur B. pour l’expertise et, surprise, je m'aperçois que je le connais. Je l’ai côtoyé quelquefois alors qu'il était interne. Cela remonte à dix-sept ans. Il me reconnaît et cela me rassure. Il m'interroge sur plusieurs points et m'informe qu'il m'arrête jusqu’au quatorze août. Il m'explique la procédure. Ce que j'en retiens est que de mon côté je n'ai aucune démarche à effectuer. En fait, je ne comprends pas trop comment fonctionne la longue maladie. Il glisse, à un moment, que je pourrais reprendre le travail, après cette date, si je suis apte. C'est cette phrase qui me résonne dans la tête, une fois monté dans ma voiture. Je pense que pour moi c’est inenvisageable. Je ne pourrai jamais retourner dans cet enfer. Aussi me dis-je que j’en parlerai à ma psy.
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Samedi 25 juillet
Toujours et encore ces mêmes rêves où je me retrouve au travail, en psy, avec des malades, des collègues, et toujours ce même sentiment de souffrance. Sentiment perçu lors de l’exercice de cette profession où je me sentais toujours sale. Cette nuit le rêve se transporte ailleurs. Le service hospitalier est aménagé dans ma maison familial de Saintes. Et, moi, je loge chez une femme que je n’aime pas et qui me veut du mal. Elle me loue une chambre à l’étage. Tout le rez-de-chaussée est inondé. Je la vois descendre les marches du premier étage, puis nager dans sa cuisine jusqu'à son frigo. Cette femme me répète que je n’ai pas le droit d’avoir les maisons que j’ai en ma possession. Elle me fait alors un dessin illustrant mon parcours.
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Je suis envahi par ce cauchemar toute la journée. J'y pense tout le temps. Je me sens moins bien depuis que j’ai diminué mon traitement, mais j’essaie de tenir. J’appellerai madame psy si je me sens encore de la sorte, en début de semaine.
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Il est vingt-trois heures trente, et j'ai encore à l'esprit l'image de cette vieille femme qui nage dans la cuisine. Demain je vais essayer de ne pas faire de sieste et d'aller faire une randonnée pour voir si cela va me permet de libérer mon cerveau.
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Lundi 27 juillet
Cette nuit, dans mon sommeil, je me suis retrouvé encore à mon travail. Cette fois, dans un service inconnu. Je me sens mal, je vais, je viens. Je sors et je rencontre un habitant de Nieuil-l’Espoir qui me demande de le ramener chez lui. Nous partons, je conduis vite. Il y a une couche épaisse de verglas et je me retrouve en travers de la route à plusieurs reprises. Ensuite, ma mère vient à Poitiers pour garder un bébé et elle en profite pour téléphoner à Christine qui se montre plaintive : « Je viens de recevoir mes impôts, il y a mille francs de plus à payer, je ne sais pas d’où ça vient ». Ma mère dit que c’est elle qui lui a donné de l'argent. Et Christine répond, agressivement : « Voilà, maintenant, je paie des impôts dessus ».
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Je crois que ce matin je me sens moins mal, ce dernier rêve n'étant pas vraiment un cauchemar. ~
Jeudi 30 juillet
Je rêve que je vais voir un groupe de musiciens pour l’association. Quand je rentre dans la pièce, elle est petite et enfumée. J'étouffe. Pourtant, j’aime bien ce qu’ils font. Je ne vois que les bras du batteur, dont le corps est caché dans une sorte de seau. À la fin du morceau, le guitariste me demande mon avis, en ne paraissant pas sûr de lui. Je pense, en retour : 'Il me faut lui montrer de l’assurance'. J'étouffe de plus en plus. J’ouvre une porte, mais il y a toujours autant de fumée. Je me dirige vers la fenêtre, que j'ai du mal à ouvrir car elle force terriblement. À l'issue de gros efforts, elle finit par céder. Je l'enjambe. Et je me retrouve dans la même maison que précédemment. Elle est immense. Je la visite. Elle est complètement délabrée et il n’y a plus de musiciens. En arrivant au dernier étage, je me dis : « Mais pourquoi, ai-je l'ai-je acheté ? Il y a trop de travaux ». Je m’en veux. Dans la continuité, je me fais la réflexion : « En plus, si loin de Poitiers. À La Roche-Posay ». Je ne me comprends pas. Quand je sors de la maison, je remarque qu'elle a la même façade que celle de mes parents, à Saintes.
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Second rêve. Je suis en compagnie du docteur B.. Après la consultation, il m'entraîne dans les rues de Saintes. Il n’arrête pas de parler. Il est à l’aise. Il essaie de me faire rire. À un moment, je lui dis que j’ai été en analyse avec le docteur Anne de Fouquet. Il éclate de rire et il fait un rapprochement en me montrant des statues de femmes en marbre blanc, trônant dans un petit jardin public. Je me dis qu'il a raison, qu'elle est un peu comme ça. Sur ce, nous nous trouvons l'un et l'autre sur le pont Bernard Palissy à Saintes, et le voilà qui tombe du trottoir et qui se fait très mal à la main. Il se diagnostique deux doigts de cassés. Je l’emmène aux urgences. Et, à ma grande surprise, quand il entre, il bouscule une infirmière, saute sur le téléphone, et lance, très à l'aise : « Allô, Clarac (c’est un médecin chef du CHU de Poitiers), c’est moi ». Les soignants présents paraissent impressionnés. Lui, explique son accident et demande au docteur Clarac de venir immédiatement jusqu'à Saintes. À cet instant, j'ai terriblement envie d’être comme lui ; moi qui pensais qu'on allait faire comme tout le monde et attendre notre tour dans la salle d’attente.
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Vendredi 31 juillet
Cette nuit encore, je fais un cauchemar 'porteur', c'est-à-dire dont j’ai du mal à me débarrasser. Je me trouve dans la cour de la maison de Saintes. Ma mère vient de mourir. Je suis tout seul. Il y a une grosse Mercedes dans le garage. Soudain, ma mère ressuscite et se montre odieuse. J’appelle mon frère Michel au téléphone et, alors que je veux lui expliquer, aucun son ne sort de ma bouche. Je ressens une très grande souffrance. Je ressors dans la cour et voit ma mère devenir complètement folle. Elle saute partout et fait n’importe quoi. Elle prend la Mercedes, fait des tours rapides et finit par partir en défonçant la porte. La Mercedes est toute cabossée. Par la suite, elle provoque un grave accident dans la rue. Un vrai enchevêtrement d'autos encastrées les unes dans les autres, dont la Mercedes.
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Samedi 1er août
Je rêve d'un film avec Gérard Depardieu. Le film est long et passionnant. Gérard Depardieu a tous les culots. Il occupe un emploi de baby-sitter. Il circule dans un appartement avec un canapé à roulettes sur lequel sont assis les enfants. Il casse les cloisons pour pouvoir passer, les enfants sont ravis. Après, il n’arrête pas et fait tout et n’importe quoi. Il se fait passer pour un électricien sur un plateau de tournage. Il monte sur une grue avec une prostituée, qu’il vient de rencontrer, et il fait tourner la grue en la manœuvrant très vite. Ensuite, il accoste des gens dans la rue. Il s’installe à la terrasse d’un café et avoue d’un air triste, à qui veut l'entendre, qu’il est impuissant depuis l’âge de quinze ans. Il joue, c’est complètement faux. De là, il se retrouve devant un tribunal, avec plusieurs hommes qui lui ressemblent. Tous sont pris pour de dangereux maniaques et écopent de peines de prison, sauf lui qui parvient à sortir libre.
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Dimanche 2 août
Je rêve d'un film d’Alfred Hitchcock. L'action de situe dans une ferme. À la fin, un homme revient se venger, tue deux enfants et se retrouve lui-même tué par l’acteur principal. Le plus dur pour moi, c’est que je n’arrête pas de revoir la fin du film, en boucle, et dans des versions différentes. C'est sans fin et d'autant plus insoutenable qu'Hitchcock filme, à chaque fois, la mort des enfants en détail. J’en ai assez, je n’en peux plus, je veux que le film s’arrête.
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Je me pose beaucoup de questions sur l’intensité et la longueur de ces rêves. Je me demande ce qu'a mon cerveau pour produire de tels rêves, qui me distillent du mal-être tout le long des journées. J’y repense souvent. Je ne sais pas s'ils sont à l'origine de mon état de tension. Pas envie de rire. Triste. Je n’ai aucun plaisir. Je vis trop intensément la nuit.
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Lundi 3 août
Rêve intense. Je me trouve à Saintes. Je me gare devant la maison de mes parents et je rentre en consultation avec ma psy dans une des pièces de l'habitation. Mon frère Claude patiente dans la salle d’attente. Le bureau est ouvert. Un agriculteur, venu consulter à cause de la disparition d’une espèce d’escargot de rivière, en sort, le sourire aux lèvres. Ma psy sort à sa suite, et nous nous retrouvons dans le couloir de la maison. Puis elle téléphone et, là, arrivent deux jeunes gens qui sont ses enfants. À ma grande surprise, un de ses fils s'adresse à mon frère en l'appelant Jean-François. Il est dix-neuf heures, ma psy est juste rentrée de congés et elle paraît fatiguée de sa première journée de consultations. Elle m’interroge un peu dans le couloir. J'évoque mes rêves incessants. Mais elle abrège rapidement. Je la sens désireuse de terminer sa journée. Je me sens triste. Mon frère aussi. Du coup, je regagne mon véhicule stationné devant la maison de mes parents. Sa voiture à elle est pleine d’affaires de vacances qu'elle n'a visiblement pas eu le temps de descendre. De loin, je l’entends parler de Tahiti où elle est allée faire du cheval et de l'hélicoptère avec un ami. Alors que je monte en voiture, j'aperçois mes parents qui guettent derrière la fenêtre. Je me dis que je n’ai pas le temps d'aller les voir car je dois m'en retourner dans le Massif Central. Je suis un peu furieux d’avoir fait tant de route pour une consultation si vite expédiée. Je démarre et, avant de prendre la route définitivement, je m'arrête dîner chez mon frère aîné. Et je me dis, là, que j'aurais pu aller embrasser mes parents, en même temps que je réalise qu'ils sont morts…
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Mardi 4 août
Ma relation avec Éliane devient de plus en plus difficile. Je la trouve stressée, pas bien. Elle s’énerve rapidement envers les enfants et s'emploie à fixer des règles trop strictes avec lesquelles j’ai du mal à trouver mes marques.
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Parfois j’ai l’impression de replonger et, quand cela arrive, j'envisage une nouvelle hospitalisation à Champgault pour continuer à progresser. Pour l'heure, je perds pied, j'ai le sentiment de régresser. La vie me paraît compliquée, inquiétante. J’ai remarqué que j’ai tendance à boire, pendant les repas, pour calmer mon angoisse. Plus une ou deux bières dans la journée, quand je ne me sens pas bien.
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Mercredi 5 août
Je rêve de nouveau. Je reviens à Nieuil et je constate que la clôture de ma maison est détériorée. Derrière, le champ du voisin est labouré en profondeur et la terre se trouve amassée le long de ma clôture jusqu'à son sommet. La clôture de mon voisin paraît tout aussi détruite. D'immenses tiges de bambous entoure son jardin. Je vais y voir de plus près, et je tombe sur la voisine qui se fait bronzer nue. Elle se rhabille et m'explique que c'est son mari qui a voulu entourer le jardin de bambous hauts de deux mètres. Je retourne à la maison, et je tombe nez à nez avec un singe aux yeux bordés de pus. Je me retrouve ensuite avec ce singe dans la maison de Saintes. Je vais rendre visite à ma mère qui réside chez d’anciens voisins. Elle est seule. J'entre dans la première pièce, qui est sombre, sale et avec la peinture qui s'écaille. Mon singe, aux yeux bordés de pus, est toujours là qui grimpe partout. Il me dégoûte.
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Ce rêve me génère du mal être toute la journée. J’appelle le secrétariat de ma psy, qui me répond qu'elle est partie sans prendre son portable. L’après-midi, après la sieste, je vais marcher avec des amis et nous rentrons trop tard pour je puisse la rappeler. Je me sens cependant un peu mieux.
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Éliane, elle, ne va pas bien du tout. Elle est anxieuse sans vraiment comprendre pourquoi.
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Vendredi 7 août
Hier j’ai repris mon traitement initial. Cette nuit aucun rêve, mais ce matin je me sens endormi. À quatorze heures, je me sens encore 'embrumé', mais vraiment moins angoissé, nettement moins mal que tous ces autres jours où j’étais porteur de mes cauchemars de la nuit. Éliane, elle, est toujours aussi mal. Je ne sais pas quoi penser de son mal être. Elle est triste, souvent au bord des larmes. Elle voudrait que je sois toujours avec elle. J’ai l’impression d’étouffer, tant sa demande est grande.
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Lundi 10 août
De nouveau un cauchemar. Je me trouve au travail, réuni avec d'autres autour d'une table. Quand une infirmière, que je n'aime pas, déclare haut et fort qu’elle ne veut pas travailler avec moi : « Il n'en est pas question ». Je me réveille dans une grande tension.
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Nous avons beaucoup parlé avec Éliane depuis samedi. Son état de tristesse trouve enfin une raison. Elle vient de prendre conscience qu'elle se sent toujours mal, fin juillet début août, depuis qu'elle a fait une fausse couche, à cette même époque, en 1992.
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Jeudi 13 août
Ces derniers jours, j'ai fait des essais. J'ai pris trente gouttes de Théralène tout en diminuant ma prise de Séresta. Je me suis mis à recauchemarder. J'ai pris ensuite un demi Séresta à seize heures, et je ne me suis pas senti bien. Je me suis dis alors qu'il me fallait reprendre mon traitement initial. Et là, aujourd'hui, je me sens mieux. Ce matin, je m'éveille à huit heures, bien réveillé, avec de nouveau l’envie de me lever. Je suis content de revoir ma psy, demain, pour le lui dire et recueillir son avis.
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Jeudi 26 août
Nous sommes en Corrèze, avec Éliane et les enfants. Le père d'Éliane est sur le point de conduire un de ses petits fils chez le coiffeur. Comme Christine m'avait demandé de faire couper les cheveux d'Adeline avant la rentrée, je lui demande si elle veut profiter de l'occasion. Elle se dit partante.
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Quand le père d’Éliane revient de chez le coiffeur, il fait grise mine, du fait qu'il pense s'être fait arnaquer, la coupe simple d'Adeline ayant coûté cent soixante-quinze francs.
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Je vais voir la coiffeuse. Le prix de la coupe étant affiché à cinquante francs, je lui demande une facture. Elle s’énerve et menace d’appeler les gendarmes si on ne lui fait pas confiance. Puis elle finit par faire une facture, libellé ainsi : shampooing, coupe, brushing, soin : cent soixante quinze francs.
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À mon retour, je montre la facture au père d'Éliane. Il me dit qu'Adeline n’a pas eu de brushing, qu'elle a juste été placée sous une rampe chauffante et que le soin consiste seulement en une noisette de démêlant que la coiffeuse lui a étalée sur les cheveux au prétexte qu’ils étaient difficiles à coiffer (alors qu’ils sont raides). De plus, la coiffeuse voulait que le père d’Éliane achète un tube de démêlant à soixante-neuf francs. Je sens une colère monter en moi.
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Je téléphone à la coiffeuse pour lui demander de rembourser le trop encaissé. Elle se met en colère et me conseille de faire attention car son mari est gendarme. Sur ce, elle me raccroche au nez.
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Je me sens mal tout un moment. Je ne pense qu'à ça. À l'injustice que viennent de subir un vieux monsieur et une petite fille de douze ans.
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Je passe plusieurs coups de fils. Je téléphone à la Direction départementale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, qui me répond qu’il me fallait demander la facture avant de payer. Je téléphone ensuite au Syndicat de la coiffure de Brive, qui  me dit bien connaître la réputation de cette dame, sans qu'il ne puisse rien faire.
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Je me sens de plus en plus tendu. En partant faire des courses, je questionne un commerçant sur cette coiffeuse, lequel m'apprend que son mari est agriculteur... Le vol m'apparaît comme étant de plus en plus manifeste. Elle essaie de m’intimider.
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Je lui téléphone pour lui dire que si elle ne trouve pas un arrangement, j’en parle de ce pas à mon avocat. Elle se remet en colère et finit par lâcher : « Bon, passez, je vais vous rembourser le brushing ». Tout semble s'arranger.
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Une fois dans son salon, elle se remet à gesticuler. Elle m’explique ses tarifs de long en large, me reprend la facture et finit par me rendre cinquante francs sur les cent soixante-quinze francs encaissés. Ensuite, elle me demande mon nom et mon adresse. Je me sens interloqué. Je lui réponds n'importe quoi. Et comme si ce n'était pas suffisant, elle note mon numéro de voiture. Je ressors du salon, abasourdi.
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Je crois bien que finalement j’ai peur., je voulais me montrer fort face à cette injustice et, finalement, je sens que tout cela m’angoisse. Je n’arrive pas à lutter. Je m’en veux d’avoir stationné ma voiture devant le salon. Je ne fais qu'y penser. Que va t-elle faire de mon numéro de voiture ? Me suis je mis dans mon tort ?
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Ce soir, je pars. Je quitte ce lieu maudit, à vingt heures. Tout le long du chemin je ne fais que penser à ces douloureux épisodes, imaginant le pire pour moi. C'est obsédant. Je retrouve un certain calme en arrivant chez moi. Cela m'apaise de me retrouver ici. De plus, je sais que demain je vais voir ma psy.
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Vendredi 28 août
En revenant de ma consultation de chez ma psy, je me sens mieux. Ces entretiens me remettent sur les rails. Un questionnement toutefois me revient incessamment à l'esprit : « Vous n’êtes pourtant pas un homme à baisser les bras !? », a-t-elle dit. « Non, ai-je répondu ». Mais, en y repensant ce soir, je ne crois pas avoir été sincère. Car, au contraire, je me crois être un homme à baisser les bras. À fuir, m’enfouir, à renoncer au combat. J'ai l'impression d'avoir passé ma vie à m'incliner devant les difficultés. Je ne suis pas un accrocheur. J’ai tendance à me décourager très vite. Et je ne pense pas que ma psy m'ait dit ceci par hasard. C’était pour me remettre sur les rails vis-à-vis d’Éliane, et je crois qu’elle a raison.
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Mardi 1er septembre
Éliane va mieux. Changement radical après avoir pu exprimer au père de Clémence toute la haine qu’elle nourrissait envers lui. Tout est parti d’une discussion que nous avons eue samedi, au cours de laquelle je lui rapportais ce que m’avait dit ma psy, un jour, à propos de Christine. Elle avait avancé : « Mais Christine, vous la haïssez ... Nous faisons partie d’une génération où il faut s’entendre, c’est bien, mais il vous faut reconnaître que vous haïssez votre femme ». Cette révélation m'avait été très importante. De ce fait, en approfondissant la discussion avec moi, Éliane a eu aussi une prise de conscience. Elle s'est isolée et a pris le téléphone. Je lui ai dit qu’elle pouvait se mettre en colère si elle le désirait, crier après lui. Ce qu’elle a fait. Et pour la première fois, elle lui a déverser tout ce qu'elle avait sur le cœur. Dès le lendemain, elle se sentait mieux. Ce matin, elle est partie consulter le psychiatre pour poursuivre le travail ; mais vraiment la transformation est d'ores et déjà réelle.
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Mercredi 3 septembre
Ce matin, je me sens triste, pas bien. Je pense énormément à Yohann qui fait sa rentrée. Je l'imagine perdu dans un lieu qu'il n’aime pas. Perdu dans sa souffrance. Je la perçois personnellement au fond de moi. J’ai hâte d’être arrivé à ce soir pour lui téléphoner, et pour prendre des nouvelles. Me revient en mémoire ce matin d'une précédente rentrée où, prenant son petit déjeuner, il tremblait comme une feuille.
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Vendredi 4 septembre
Cette nuit, je fais encore un cauchemar. Je suis au collège et un élève n’arrête pas de me bousculer. À la sortie, je vais chez lui et je lui colle un pistolet d’alarme sur la tempe. J’ai peur. Je lui demande de ne plus s’approcher de moi.
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Le matin je conduis Adeline au collège. Je me sens moins torturé qu’hier. Elle est contente de retrouver ses copines. Malgré tout, je me sens triste. Certainement quelque peu perdu en ce jour de rentrée scolaire.
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J’ai plein de choses à faire aujourd’hui, mais je me sens sans énergie. J'ai comme une peur diffuse en moi. Je sais qu’il me faut prendre d'importantes décisions ce mois-ci. Sans doute suis-je aussi en cela troublé. J’ai envie de me poser. Il faut que je fasse un choix, notamment en matière de carrière professionnelle. J’en parlerai de vive voix à ma psy.
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Samedi 5 septembre
En fin d'après-midi, j'ai invité mes copains, à Nieuil, pour une troisième et dernière réunion avant le dépôt des statuts de l’association. Les enfants se montrent particulièrement turbulents. Je n’arrive pas à me concentrer. Je sens une tension monter en moi. C’est une réunion importante pour moi, dans la mesure où nous en arrivons à la concrétisation de mes projets.
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Une fois mes copains partis, je fais des reproches aux enfants. La tension monte, chacun attribuant à l'autre la responsabilité du chahut. Pendant le dîner, Yohann fait silence. Il semble malheureux. Adeline crie après Clémence. Clémence se met à pleurer, et ainsi de suite. Vers vingt-et-une heures, Éliane monte coucher Clémence, et Adeline, Yohann et moi prenons place devant la télévision. Les enfants veulent regarder une émission de variétés. Quand Éliane redescend, elle lance : « Ça fait plaisir de se sentir attendue. Vous avez choisi votre programme, et moi qu’est-ce que je fais ? ». J’essaie de lui répondre avec dérision, affirmant que nous avons voté et que cette émission a recueilli trois voix. Elle rétorque : « Bon, puisque c’est comme ça, je vais téléphoner dans la chambre ». Pour la première fois, je fais preuve de mauvaise humeur envers elle, et je lui retourne : « C'est ça, monte dans la chambre ». Par la suite, je me sens mal pendant toute la durée de l’émission. Une fois les enfants couchés, je sors fumer dehors. Tout s'effondre dans ma tête : ma relation avec Éliane, mes projets. Je me sens nul. Ressurgit en moi l’image de la femme dominante, et je me vois reproduire ce que j'ai vécu avec Christine. Je me vois contraint de reprendre mon travail à l’hôpital. Autrement dit, l'échec sur toute la ligne. J’ai envie de ne plus exister, de mourir. Je finis par monter me coucher vers minuit. Éliane se réveille. Elle me demande d'où je viens. Je m'allonge. Elle semble être navrée en percevant mon mal-être. Nous parlons de la soirée, de nos ressentis respectifs. Elle m’exprime son regret d’avoir agi de la sorte. Je repense aux images de Nino Ferrer diffusées pendant l’émission, et à son suicide. Ma souffrance est grande. Malgré la présence très attentive d’Éliane, je ne perçois pas d'amélioration. Mon cerveau est une pierre et je ne veux plus penser. Je prends dix gouttes de Théralène supplémentaires.
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Dimanche 6 septembre
Ce matin, c'est mieux. Pour mes affaires, je me dis que j’ai des amis dans le milieu culturel à Poitiers et que je peux très bien les contacter pour trouver un local dans une MJC ou ailleurs. Que mon projet peut très bien intéresser, vu qu'il incorpore la mise en place d'un atelier écriture, de poésie et de création de chansons. J’ai envie de me démener le plus tôt possible. Je connais un élu de Poitiers. Je vais prendre rendez-vous avec lui, et avec toutes les personnes que je connaissais à l’époque où je faisais des spectacles. Je me sens plus confiant. Par contre ce qui m'est arrivé hier soir me pose sérieusement question. Je vais m'en entretenir avec ma psy : ce désespoir, cette idée de suicide, plutôt mourir que de retourner à l’hôpital…
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Je m'accroche avec Christine en raccompagnant les enfants. J’ai oublié une de leurs chaussures à la maison. Christine dit que Yohann n'a qu'une paire de chaussures pour aller à l’école. Lui faisant part de mon étonnement, elle se met en colère : « Tu crois que j’ai les moyens d’acheter une autre paire de chaussures ? Celle-là m’a déjà coûté trois cents francs. Tu n’as qu’à lui acheter une autre paire ». Ceci devant les enfants. Je lui demande combien, elle, elle a de paires de chaussures. Christine répond : « J'en ai pas cent cinquante ». Du coup, je m'en vais en disant que je repasserai mettre la chaussure dans la boîte aux lettres. Après cela, j’ai grand mal à trouver le sommeil. Que puis-je faire devant ce genre de situation ? La présence des enfants me fait toujours réagir de cette façon. Et après je me sens mal, j’y pense, j’y repense.
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Mercredi 9 septembre
Mon moral fait du yoyo. Je suis allé à mon rendez-vous, voir ma psy. Et ce soir Christine m’appelle et se met en colère quand je lui fais part de mon intention de prendre un avocat. Puis elle réfléchit et dit, que ne serait-ce que pour les enfants, elle ne veut pas la guerre et qu'elle se déclare d'accord pour que le divorce se règle au mieux.
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Demain, j'irai vais acheter des vêtements aux enfants. Je veux leur éviter des scènes juste pour une chaussure oubliée ou tout autre habit.
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Jeudi 10 septembre
Depuis deux nuits, je ne fais pas de cauchemars. Par contre, une inquiétude m’envahit. Je pense à ce rendez-vous du quinze septembre avec le juge. Je crains l'attitude de Christine ce jour-là, et ce qu'elle pourra dire. J’ai peur comme avant un examen. Cette date du quinze m’obsède.
~ Avec Éliane, nous faisons des projets d’aménagement de sa maison. Nous cherchons les endroits où je pourrais me retrouver phoniquement isolé pour faire de la musique et écrire des paroles de chansons.
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Ce soir, je contacte deux copains, œuvrant dans le milieu associatif. Ils se montrent très intéressés par mon projet. Je sens que des choses se mettent en place, que l'installation d'un studio d’enregistrement, tel que je l'envisage, est réalisable. J’ai de l'espoir. De plus, je commence à entrevoir la programmation des spectacles, du fait que j'ai trouvé un interprète qui chante Brassens depuis des années ; sans compter la jeune chanteuse Élodie. Ce soir je me sens bien avec à mon projet. Reste toutefois au fond de moi la peur de mardi. L’entrevue avec le juge me fait peur. Quelle va être l’attitude de Christine ? Éliane, elle, se sent bien, nous nous entendons bien. Cela me fait peur, quelque part. Et si cela ne durait pas ?
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Lundi 14 septembre
Je me sens angoissé. Éliane a parlé de l’aménagement d'un bureau pour moi à ses parents. Ils lui ont retourné une drôle de mine. Il faut dire qu'ils lui ont acheté cette maison, il y a une dizaine d’années. Pour la première fois, Éliane me confie qu’elle ne se sent plus chez elle. Ce soir, elle veut aller s’expliquer avec ses parents. Je me pose des tas de questions à ce sujet. J’essaie de les comprendre. Ils ont peut-être peur pour leur fille, peur de moi. Je ne sais pas...
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Mardi 15 septembre 1998
Ce matin, je me sens inquiet à l'idée du rendez-vous avec le juge. Je vais relire mes documents, mémoriser mes crédits, comme si je révisais avant un examen. J’ai préparé des vêtements, ciré mes chaussures. Je veux être clean.
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Jeudi 17 septembre
Quand je repense à l’entretien avec le juge, je crois rêver. Cela s'est très bien passé. La première chose que je fais en sortant de son bureau, c'est d’appeler ma psy.
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Je me rends à la pharmacie de Mignaloux pour acheter mes médicaments. C’est la première fois que je porte mon ordonnance là-bas. La pharmacienne me lance : « Vous avez  un traitement lourd. Vous connaissez les prises ? ». Cette expression 'traitement lourd' me poursuit tout le reste de la journée. Je la porte comme un sac lourd pesant sur mes épaules.
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Lundi 21 septembre
Je n’arrête pas de repenser aux mots de la pharmacienne : 'traitement lourd', avec toujours cette même image du sac qui me pèse sur les épaules.
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Éliane va de nouveau très mal, et ce, suite à l'entrevue avec ses parents où elle a évoqué l'aménagement de son grenier. Ils lui ont dit : « Tu ne crois pas que tu vas un peu vite ? Fais attention, si l'entreprise de Jean-François ne marchait pas ! ». Je crois qu’Éliane est complètement déçue de leur attitude. Depuis l'achat de sa maison, elle disait tout le temps : « Je me sens chez moi, même si cette maison est au nom de mes parents ». Or, là, elle s’aperçoit qu’elle n’est pas chez elle. Dès lors, son état s’est aggravé. Peur de tout. Angoisse extrême. Ce matin, elle n'est pas allé travailler, et ce soir, à dix-neuf heures, elle voit son psy.
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Mardi 22 septembre
Aujourd’hui, je reçois ma convocation pour rencontrer l’expert. Je suis très étonné car ce n’est pas le même que la dernière fois. Il s'agit du docteur D. J'en deviens très mal à l’aise, car son bureau est dans ce service psy où je connais toutes les infirmières. J’attends de voir ma psy pour savoir pourquoi l'on m'a changé d’expert et pour lui faire part de mon mal-être vis à vis de cette situation. Cela me tracasse. Je ne veux pas vivre cela.
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Je me fais très présent auprès d’Éliane. Son psy lui a prescrit un traitement plus fort. Je me prends à penser que son psy est le docteur B., celui-la même que j’ai rencontré lors de ma dernière expertise. Est-ce pour cela que l'on m'a changé d'expert ? Parce qu'il soigne Éliane, à présent ? Je ne sais pas.
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Je décide que le studio d’enregistrement sera aménagé chez moi. J’imagine des solutions pour l'aménager rapidement. Je vois le temps qui passe, et la crainte de l’arrêt de ma longue maladie me mets dans l’urgence.
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Vendredi 25 septembre
Je téléphone à une amie que suit le docteur D., laquelle me rassure complètement. Il existe une entrée pour accéder au bureau de l'expert que ne fréquentent pas les infirmières. Je demeure inquiet, malgré tout, car je me sens inapte à la reprise de mon travail et que, de plus, je vais tous les jours chez moi, en ce moment, pour aménager mon studio. L’angoisse me donne de l’énergie. Il faut que j’y arrive. J’ai besoin d’une prolongation de mon congé de longue maladie pour tout mettre en route. Je veux dépenser mon énergie à cela. Je me sentirai rassuré si mon congé de longue maladie était repoussé de six mois d'un coup, plutôt que de me voir obligé de consulter un expert tous les trois mois. J’ai besoin de temps pour n'avoir l'esprit qu'à ma reconversion.
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Dimanche 27 septembre
Je rêve. Je me rends compte que le recueil de chansons de Georges Brassens comporte deux versions d’une même chanson et que la version classée en premier n’est pas la meilleure. Puis, j’écoute un disque où Brassens chante la deuxième version de sa chanson. C’est décevant. Il chante trop vite et les paroles ne sont pas drôles. Je marche ensuite dans une rue à Saintes, pas loin de chez mes parents, et j'aperçois Brassens. Je suis impressionné par sa force physique. D'ailleurs, pour rire, il décide de faire un combat de boxe avec André Verchuren. Il est très fort, très rapide, et finit par le mettre k.o. Il s’adresse alors moi en déclarant : « On peut rester musicien toute sa vie, dans son coin, si l’on ne fait pas l'effort de bouger ». Sa phrase me désespère, car je pense que j’ai gâché ma vie en demeurant dans mon coin, qu'il me manque cette force physique qui donne confiance en soi. Je me retrouve ensuite dans le bureau de ma psy qui me dit : « Vous avez l’air déconfit ». Je me sens le visage ridé, les yeux cernés. Je lui retourne que c’est trop tard pour moi, que j’ai raté ma vie. À ce moment-là, je me réveille. Il est cinq heures du matin. Je suis mal.
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Pourquoi rêver, par insinuation, que je n'ai pas de force physique, alors qu'actuellement je mets beaucoup d'énergie à déménager l'atelier où je vais faire mon studio d'enregistrement. Aujourd'hui, en particulier, j’y travaille toute la journée.
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Éliane monte se coucher rapidement. J’ai pratiquement fini. Je me couche tôt car je me sens très fatigué. Alors que les autres soirs, je ne me couche jamais avant minuit ou une heure, aujourd'hui, je me mets au lit à vingt-deux heures. Je prends mes gouttes, et je m'endors avant qu’elles ne fassent effet.
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Jeudi 1er octobre
L'entretien se passe bien avec le docteur D. Il comprend ce que je lui explique, notamment vis-à-vis du travail et de cette image de moi en blouse blanche avec ce sentiment de me sentir sale. À la fin de l’entretien, il m’a dit qu’il est d’accord pour la prolongation de mon congé longue maladie.
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Vendredi 2 octobre
Je m’inquiète pour Yohann qui dit se réveiller vers cinq heures, se rendormir, se réveiller à nouveau vers six heures, pour ne plus parvenir ensuite à se rendormir. Yohann est-il en état dépressif ? Depuis son retour de la classe verte, il a refait deux fois pipi au lit, une fois à Mignaloux et une fois ici. Ma seconde inquiétude concerne Éliane qui continue à aller mal. Je ne sais plus quoi faire. Sa relation avec sa mère est très forte, fusionnelle. Dans son couple, c'est surtout elle qui dirige. Ça me rappelle un peu ma famille, personne ne se confronte avec la mère. Autorité innée, pouvoir absolu. On ne remet pas la parole de la mère en doute. « Pas de crise d’adolescence possible », comme m’avait dit Rose-Marie, on ne devient jamais vraiment adulte. L’on vit cassé à l’intérieur de soi, coincé entre ses propres désirs et les désirs de sa mère, les pensées de sa mère. Épée de Damoclès permanente au dessus de la tête.
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Je me sens moins dépressif, mais j’ai toujours cette anxiété diffuse au fond moi. Physiquement, je sais me montrer actif. Je passe du temps à aménager la chambre des enfants chez Éliane. Je travaille à l'installation de mon studio. Je suis motivé pour que le projet avance vite. Je veux voir si l’association pourra me procurer un salaire. Il faut que ça marche. Je refuse d'avoir à reprendre ma blouse.
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Dimanche 4 octobre
Éliane va mieux. Est-ce la séance d’acupuncture ? Est-ce le fait que j’ai demandé à voir ses parents pour me positionner vis-à-vis d’eux ? Je ne sais pas, mais elle a retrouvé son énergie. Par contre, c'est le contraire pour moi. Je me sens triste. Je me sens las. Je me sens absent.
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Lundi 5 octobre
Ce matin, je me sens comme hier, sans comprendre ce qui m’arrive. J'essaie de bricoler la bonde de la baignoire, mais je n'arrive à rien. J'en suis déçu. Heureusement que je vais voir ma psy cet après-midi, j’y verrai peut être plus clair après.
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Lundi 12 octobre
Depuis jeudi, date à laquelle nous avons appris le décès accidentel de la maman d’Éliane, j’ai l’impression de vivre un cauchemar. J’ai tout d’abord eu très peur pour Éliane. Mais elle s'est finalement montrée très forte pendant les obsèques.
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C’est peut être aujourd’hui que je la sens mal. Le contrecoup. Tout comme moi. Je me sens affaibli par tous ces événements. Ce matin, je casse une tasse, je renverse une bouteille. Je pense beaucoup à mes enfants. Je me dis qu'à nouveau, ils ne vont plus avoir de 'grands-parents'. Des liens se tissaient entre Adeline et la mère d'Éliane. Elle lui avait fait des rideaux pour qu'elle se sente bien dans sa chambre. Le matin même, nous lui avions tous parlé au téléphone pour lui souhaiter son anniversaire, et elle avait dit à Adeline qu’elle lui confectionnerait une veste polaire pour cet hiver. Petit à petit, je sentais que mes enfants retrouvaient une grand-mère. Or, le destin en décide autrement. Je vais même jusqu’à penser que si elle est morte, c’est parce qu’elle ne se sentait plus utile aux côtés d’Éliane. J’en arrive presque à me sentir coupable. Si je n’étais pas entré dans la vie d’Éliane, on n'en serait pas là. J’y crois, et tout cela me rend malade quelque part.
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Mardi 14 octobre
Je fais un horrible cauchemar. Je travaille à la construction de mon studio, qui au départ devait être petit, et plus les travaux progressent et plus le bâtiment devient grand. Ça devient gigantesque. Rien ne va plus. Le travail devient de plus en plus pénible, le plafond de plus en plus haut, avec des poutres partout qui menacent de tomber. Il y a tellement de poutres, que je suis obligé d'en jeter par la fenêtre. Je suis en sueur et couvert de poussière. Je ne sais plus quoi faire. Je m’épuise. À la fin, un petit feu d’herbe commence à prendre dans la pièce et, petit à petit, tout brûle. J'en suis presque heureux, mais d’un autre côté je réalise que je suis ruiné. C’est la nuit. Je laisse faire le feu. Il n’arrive pas à brûler toutes les poutres. Certaines semblent résister. Je me réveille en nage…
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Vendredi 16 octobre
Ce soir, Éliane me demande de venir me coucher. Ce que je fais. Dans le lit, je la serre dans mes bras, en lui délivrant toute la tendresse qu'il m'est possible de lui offrir. À un moment, elle me dit qu'elle ne perçoit plus les choses comme avant, que mes caresses lui procurent certes du plaisir, mais pas comme avant. « Je sais que ça va revenir », me dit-elle. Je prends le temps de lui parler en insistant sur le fait que je la caresse pour lui redonner de l'énergie. Finalement, elle s'endort rapidement.
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J'ai l'impression que mes vieux démons réapparaissent. Je repense à cette phrase de Jacques Lacan : 'L'amour, c’est une main qui avance et l’autre qui recule'. J'ai été très marqué quand je l'ai lu, car elle s'appliquait tout à fait à moi. Le peu de fois où j’ai été très amoureux et que je donnais tout, l’autre reculait ; et quand j’étais fuyant dans ma relation, ce qui caractérise mon tempérament, l’autre se montrait très éprise, très amoureuse. Or, c'est ce qu'il me semble revivre en ce moment. Je donne beaucoup de mon temps, de ma tendresse à Éliane et de ce fait elle se détache de moi. J’ai beau me dire que les circonstances sont particulières, rapport au deuil qui la touche, je ne peux pas m’empêcher d'y penser. Que dois-je faire ? Ma vision sur la vie de couple, sur l’amour se ternit de nouveau. Alors que j’y croyais vraiment, que je me sentais bien dans cette relation, mon excès de présence a l’air de tout faire basculer. Est-ce la réalité ou sont-ce mes vieilles angoisses qui ressurgissent ? Ce matin, je ne peux rien distinguer. Je voudrais voir ma psy pour qu’elle me remette sur les rails.
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Jeudi 22 octobre
Je reçois un courrier de l’hôpital, me rappelant que je suis en congé de longue maladie jusqu’au 13 février 1999, et que je dois solliciter, avant le 20 décembre 1998, soit une prolongation, soit ma réintégration. Je ne pourrai jamais demander ma réintégration. Inimaginable. Je repense aux vingt-sept années passées à l’hôpital et je me dis qu'il est temps que je commence à vivre. Des fois, pourtant, j’imagine le pire. Rien ne marche. Je suis dans l’obligation de reprendre mon travail et je chute dans un puits sans fond. Me vient aussi l'idée de clochardisation. Je sais que je préférerais me clochardiser plutôt que reprendre une blouse. Je crois même qu'en la circonstance, la mort ne me ferait pas peur. Ces idées me traversent l'esprit.
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Vendredi 23 octobre
Je sens qu'Éliane va mieux. Nous marchons d’un bon pas, pendant une heure, et ensuite nous allons déjeuner chez moi à Nieuil. Après le repas, pour la première fois depuis le décès de sa mère, elle ne fait pas de sieste. Elle dit : « Non, je sais que je ne vais pas dormir, que je vais cogiter, je préfère t'aider ». En effet, elle se montre active à réparer avec moi un sommier à lattes.
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Samedi 24 octobre
Il y a très longtemps que je n’avais pas rêvé du travail. Je fais un cauchemar. Je suis de nuit avec un surveillant et un collègue. Je me sens angoissé. Je décide de me coucher dans le lit d’un malade. Je n’arrive pas à m’endormir. Je me pose des questions. Qu’est-ce que mes deux collègues vont penser ? Qui va me donner mes cachets ? Je réalise, après un moment, qu'ils sont dans un boîtier, dans ma poche. Je les attrape et je prends en plus du Lysantia, qui ne fait pas partie de mon traitement. Par contre, je dois prendre des gouttes de Théralène, mais je n'en ai pas. Le collègue de nuit passe avec son chariot de médicaments. Il s'arrête discuter avec un malade, tout près de moi. Il me tourne le dos. J'aperçois deux flacons de Théralène avec des pipettes dedans. J'attrape une pipette et je me la vide dans la bouche. Puis, pour être sûr du résultat, je fais la même chose avec la seconde pipette. Le collègue s’en va et je n’arrive pas à dormir. Je l'entends parler de sport avec le surveillant, dans la pièce à côté, et je me dis : comment font-ils pour se sentir bien ? Je suis dans le noir. À force de me remuer dans ce lit d'hôpital, je finis par sentir la présence d'Éliane à mes côtés. Je ne dois plus rêver. Pour en être certain, je palpe le corps d'Éliane. Je ne suis pas à l'hôpital. Je suis soulagé.
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Vendredi 30 octobre
Je fais un nouveau rêve professionnel. Je réembauche et je dois encadrer des élèves. On me demande de poser des perfusions. C'est un nouveau système et je suis perdu. Finalement, une élève me montre. Elle manipule un tuyau avec une aiguille à un bout et un drôle d'embout bizarre à l'autre extrémité : une sorte de pince-nez équipé d'une canule. Au final, le sang se met à couler et le malade avale son sang. Ça me dégoûte. Je me demande ce que je fais là. Je ne suis pas à ma place.
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Dimanche 1er novembre
Nous sommes chez le père d’Éliane. Il y a les trois neveux d’Éliane. Adeline a l’air de bien s’entendre avec Olivia, et Yohann avec Marc, qui sont du même âge. Moi, je ne me sens pas à l’aise. Les règles me paraissent strictes au regard des miennes. À un moment, le père d’Éliane s’en prend à Yohann qui pousse la tête de Marc alors qu'il termine de boire son bol de chocolat. Je suis pétrifié. J'ai envie de m'en aller. D'emporter mes enfants. Éliane perçoit mon malaise, pose sa main sur ma cuisse, et nous en parlons, après le petit déjeuner, en remontant dans la chambre. Elle-même se montre surprise par la réaction de son père, et me dit qu'elle va lui en parler. Je lui demande de n'en rien faire. Elle met cela sur le compte de la fatigue de son père et de la tension accumulée depuis le décès de sa mère. Pour ma part, j’essaie de me raisonner, mais j’ai du mal à contenir le malaise profond développé en moi. Une fois habillé, je vais fumer dans la rue, et j’en profite pour marcher. Qu’est-ce qui m’arrive ? Je ne me retrouve plus. Je redeviens enfant sous l’autorité d'un adulte. Je ne me sens plus père. La rigueur ne me convient pas. Je me sens prisonnier dans cette famille que je ne connais pratiquement pas.
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Lundi 2 novembre
Je suis content de voir ma psy cet après-midi. De pouvoir lui parler de ce malaise ressenti ce week-end. Cette sensation de rigueur, de non dit, réveille peut être des choses au fond de moi. Quelle position dois-je adopter face à la famille d’Éliane ? Peut-elle m'être néfaste, notamment en me fragilisant ? Quand nous nous en sommes entretenus avec Éliane, hier soir, elle s’est mise à pleurer. Je me sens freiné dans mon élan et cela m'angoisse.
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Mardi 10 novembre
Aujourd'hui, je me sens beaucoup mieux. Éliane et moi allons acheter du lino pour le studio. Nous faisons trois magasins. Cela se déroule plus rapidement que je ne le pensais et j’en suis heureux. Nous allons le porter ensuite à Nieuil. Nous prenons le café avec mon locataire Stéphane, son amie, ainsi qu'avec Alain, mon copain entrepreneur qui fait les travaux dans le studio. L’ambiance est formidable, je me retrouve à rire. J’ai l’impression de ne pas avoir vécu cela depuis longtemps.
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La soirée, à la maison, s'avère plus tendue, car Yohann ne cesse de s'opposer à Éliane depuis quelque temps, et elle a du mal à le vivre. Elle ne sait plus quoi faire et j’avoue que moi non plus. Ce soir, elle monte se coucher, nous laissant devant la télé avec Yohann et Adeline. Visiblement, Éliane n’est pas contente. Finalement, il me faudra être plus strict sur l'heure de mise au lit des enfants, car cela semble créer un mal-être chez Éliane.
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Mercredi 11 novembre
Ce matin, Éliane est partie chanter. À midi, elle va déjeuner avec son père, à Châtellerault. Elle rentre vers dix-sept heures, et j'angoisse immédiatement quand elle dit qu’elle a été sur la tombe de sa mère et qu'elle a été touchée de se retrouver dans sa maison. Je la sens absente toute la soirée. Avant de se coucher, je lui parle et je lui demande de se protéger. Je la sens déboussolée. « Tu ne m’empêcheras pas d’aller à Châtellerault », lance-t-elle. Je demeure stupéfait de l'avoir sentie récemment si bien et de la voir maintenant retomber si vite dans cet état dépressif profond.
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Jeudi 12 novembre
Aujourd’hui, elle a du mal à se lever. Elle fait la sieste après déjeuner. Puis une promenade vers seize heures. Elle se sent fatiguée. A envie d’aller se recoucher. Je lui conseille de le faire, qu'elle ne se fasse pas du mal inutilement à vouloir résister. C’est ce qu’elle fait. Je m'occupe des enfants. Tout se passe bien : toilette, dîner, coucher.
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Il est maintenant vingt-deux heures et tout le monde est au lit. Je repense à cette seule action qu'Éliane ait bien voulu faire aujourd'hui : planter des fleurs dans le jardin, les mêmes que celles déposées sur la tombe de sa mère, avec un petit sapin et d'autres plants. J’ai fait les trous et elle a voulu les planter. Je ne sais pas quoi penser de cela. Est-ce mal ? Est-ce bien ? Je ne sais pas.
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Lundi 16 novembre
Ce matin, Éliane est encore plus mal. Elle me téléphone de son travail, en pleurant et en évoquant sa petite maman qu’elle ne reverra plus jamais. En nous retrouvant, à midi, elle me dit se sentir épuisée. Elle monte se coucher dès le déjeuner expédié. Elle a averti ce matin qu’elle n’irait pas travailler cet après-midi. Je ne sais que faire. Son état dépressif rejaillit sur moi. Je pense à elle et aussi à Yohann. Nous allons tous nous retrouver, mardi soir, et j'appréhende cette rencontre entre Yohann, en ce moment très agressif, et Éliane qui supporte mal son agitation. Je navigue dans le brouillard...
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Mardi 17 novembre
Ce matin, Éliane est très mal. Elle ne veut pas se lever. Moi, je repense à la phrase de ma psy sur le 'petit cimetière' qu’Éliane a créé dans le jardin. En regardant ces plantes, l'image m'apparaît comme très forte et je me dis, comme elle a raison. Il ne faut pas laisser ce jardin en l'état. J’ai envie qu’il y ait de la vie dans ce jardin. Pas de la mort. Les doutes éprouvés au moment des plantations, à présent s’effacent. Je vais demander au père d'Éliane de remporter ces plantations. Du reste, je pense qu’Éliane ressent la même chose au fond d’elle, car la seule chose qu’elle trouve à me dire ce matin, c’est : « Il y a des habits de ma mère dans la penderie de notre chambre et ça me dérange ». Elle me confie les vêtements et me demande de les mettre dans une poche. Je les remettrai aussi à son père, à moins que je ne les donne à Emmaüs.
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Mercredi 18 novembre
Éliane va toujours mal. Je téléphone à son frère, qui comprend que la présence des mêmes plantes que celles du cimetière, plantées dans le jardin est néfaste à Éliane. Il me dit qu’il s’en occupera. Demain, je vais les remettre dans des pots pour qu'elles soient redonnées à son père.
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Vendredi 20 novembre
Ce soir, je suis très mal. J'ai oublié mon Sevesta de seize heures, et je rentre tard de ma réunion consacrée à l'association. Une amie d’Éliane lui tient compagnie. Nous discutons jusqu’à vingt-trois heures et je sens comme un manque. Dès son départ, je prends mon traitement du soir, ainsi que mes gouttes. Je me fais vraiment l'effet d'un toxicomane en manque. J’ai envie de reprendre du Théralène, en plus. Le moindre bruit m’agresse ; comme celui de la chaudière. Je renonce au Théralène, et une heure plus tard je me sens mieux.
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Samedi 21 novembre
Je rêve du début de l’apocalypse. Le ciel se couvre de nuages noirs comme des taches d’encre. Ils deviennent de plus en plus grands et oppressants. C'est la panique. C’est la fin du monde, c'est sûr. Encore quelques jours et le ciel deviendra noir pour toujours.
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Dimanche 22 novembre
Nous travaillons dans la maison avec Éliane. Je me mets en colère, en fin de soirée, car Éliane me reproche d’avoir si bien rangé un tiroir qu'elle ne retrouve plus sa liste de courses-type. Ma colère découle de sa phrase, dite d'un ton sec : « Ça fait longtemps que je t'en parle », alors qu’elle n'en a juste fait mention à midi. Elle le reconnaît et s'en excuse. Mais moi, je reste sous tension encore un bon moment.
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Mercredi 25 novembre
Un rêve à nouveau. Jean-Jacques Goldman est sur scène avec ses musiciens, quand apparaît, sur un immense écran, mon chien Naf-Naf , avec la tête coupée. Le groupe est furieux. Alors il se met à jouer avec démesure. Les instruments jouent à la limite de l'implosion. Pendant le morceau 'Encore un matin', une choriste regarde mon chien sans tête ; et il n'a d'ailleurs plus qu'une patte. Elle forme le chiffre 'trois' avec ses doigts, et les trois pattes manquantes de Naf-Naf se remettent en place. Puis, elle fait un autre signe, et mon chien retrouve sa tête. C'est le délire dans la foule. Tout le monde est interloqué.
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Second rêve. Mes amis Marie-Claude et Jean-Louis nous rendent visite. Nous les accueillons avec Éliane. À leur arrivée, nous leur expliquons que nous avons emporté un petit meuble de chez eux lors de notre dernière visite. Par mégarde. Ils le regardent et affirment qu'il n'est pas à eux. Je le sors alors de la maison et je vais le porter dans ma grange. Marie-Claude me suit et me dit : « Tu es toujours dépressif , n'est-ce pas ? ». Je lui répond que non, en essayant de sourire. Elle insiste : « Mais si Jean-François, tu es toujours dépressif ». J'angoisse. Il est vrai que je me sens triste mais je ne pensais pas que cela pouvait se voir à ce point.
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Jeudi 26 novembre
Je vais au Centre Leclerc avec Éliane. Cela faisait plus d'un an que je n’y avais pas fait de courses. Au fur et à mesure, je sens monter en moi une très forte angoisse. C’est immense. Les plafonds sont très hauts. J'ai l’impression de m’être jeté dans la gueule du loup, car pour moi Leclerc signifie 'personnel de l’hôpital', parce que par le passé, j'y rencontrais des collègues de l'hôpital. Je me sens comme traqué. Au milieu du magasin, je fais part à Éliane de mon mal-être et de mon désir de partir au plus vite. Elle se presse à faire ses courses et nous sortons. En m’approchant de la voiture, il faut que je fume.
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Le soir, nous fêtons tous les deux l’anniversaire d’Éliane. Elle est heureuse du cadeau que je lui fais, de la carte que je lui ai écrite, et de cette ambiance de pénombre avec les bougies. De boire quelques verres de Saint-Émilion nous rend sereins. Par contre, après le repas, je me sens épuisé. ~
Vendredi 27 novembre
Pour la première fois de ma vie, je me refuse à toute infidélité envers Éliane. J'aime énormément notre relation. Je me sens bien avec elle. Même si c’est difficile à dire et encore plus à écrire, je crois que je l’aime vraiment.
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Samedi 28 novembre
Éliane va mieux. Elle sort de sa déprime. Redevient active. Je la préfère ainsi.
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Dimanche 29 novembre
Dans mon rêve, je suis debout face à mes parents, dans la cour de leur maison, à Saintes. Je me révolte contre eux dans une colère intense. Je leur reproche leur attitude. Rien ne m’arrête même si, à un moment, j'éprouve un peu de pitié pour ma mère. Je leur crie la peur qui me nouait le ventre quand j’entendais ses disputes avec mon père lorsque que j'étais couché. 'Vous voyez ce que vous m’avez fait subir, vos engueulades le soir. Moi, j’étais terré dans mon lit et j’avais peur... J’ai même arrêté de travailler en quatrième pour cela, pour que vous vous intéressiez à moi, pour créer une diversion, mais rien n’y faisait. « Vous me faites chier, vous entendez, vous me faites chier »... Et je répète cette phrase plusieurs fois, en criant.
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Lundi 30 novembre
Je suis sur la route du retour, après ma visite à ma psy, et j'ai le sentiment de ne pas voir complètement le bout de ma dépression malgré le traitement. Je conduis ma voiture dans un état de tristesse prononcé. J'ai envie de pleurer sans pouvoir y parvenir. J'aimerais tant pouvoir évacuer toute cette tristesse. Combien de temps tout cela va-t-il durer ? Vais-je pouvoir complètement m’en sortir un jour ? Je ne suis pas ainsi d'habitude en sortant de chez ma psy. Mais ce n'est de sa faute, c'est de la mienne. J'ai confiance en elle. Mais elle, a-t-elle confiance en moi.
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Mercredi 2 décembre
C’est difficile avec les enfants. Adeline et Yohann n’arrêtent pas de provoquer Clémence, de la faire râler. Mes interventions n’y font rien. Je me sens dépassé par les évènements, par cette nouvelle relation qui s’installe depuis quelque temps.
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De plus, ce soir Christine m’appelle. Quand je lui parle de récupérer de mes affaires encore chez elle, elle me répond que je peux les prendre. Elle s'adresse à moi d'un ton sec. Je me sens comme mangé par une menthe religieuse. Petit bout par petit bout. Elle a une action mortifère sur moi. Je n’arrive pas vraiment à me tirer de ses griffes, même si par moment j’ai l’impression de m'en être échappé. Un simple de ses appels suffit à me remettre dans cet état. Je voudrais pleurer, me mettre dans mon lit, dormir. Je me sens faible et très atteint par cette image négative de ma propre personne qui s'affirme à moi.
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Jeudi 3 décembre
Ce matin, en revenant d'emmener Yohann à l’école, je passe sur la route bordant le pavillon où je travaillais. Je jette un œil. J'aperçois des voitures sur le parking et une blouse blanche à travers les vitres. Je ressens comme un dégoût, une frayeur intense. Il faudrait que l'on me tire à l'intérieur avec des chaîne si l'on voulait me faire entrer. J'en suis désespéré. Je me vois d'avantage y entrer comme malade que comme infirmier. J’ai l’impression de sombrer, de régresser, de revenir à février dernier. J'éprouve le besoin de prendre des médicaments, de me mettre au lit et de dormir. Il n’y a que cette image qui m’apaise, disparaître sous mes couvertures, m’isoler dans un cocon et ne plus en sortir.
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Samedi 5 décembre
Je rêve. C’est la cavale de deux rappeurs poursuivis par la police. Il y a des moments très beaux et intenses où ils chantent et ils dansent. Ils fuient constamment. À un moment, l'un des deux rappeurs se fait prendre et se retrouve dans une geôle sordide. Julien Clerc y est assis dans un coin. Moi, je ne suis que spectateur. Ça tourne ensuite au cauchemar. La geôle se trouve dans un pays totalitaire dont la dictatrice est madame Perrocheau, mon ancienne institutrice. Elle donne l'ordre de couper une jambe au rappeur. Puis elle va discuter avec Julien Clerc. Elle se montre mielleuse, lui caresse même les cheveux et, ce faisant, lui passe discrètement un fil d’acier autour du cou. Elle tire et serre. Le sang coule. Mais il ne meurt pas. Il est livide. Elle en fait autant, sans pitié, avec tous les prisonniers. Elle les réunis dans une grande cage à barreaux et la suspend au-dessus de la mer, avec une grue. Dès lors, madame Perrocheau ordonne d'immerger la cage sous l’eau. Elle calcule le moment précis où la faire remonter, juste avant l’asphyxie définitive des prisonniers. C’est inhumain. Une torture impitoyable.
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Lundi 7 décembre
Ma psy m’ouvre les yeux. Je n’ai plus envie de me battre contre Christine. J’essaierai juste de me protéger. Maintenant c’est complètement clair dans mon esprit. Quelle bêtise de se battre pour des objets. Je ne comprends même plus pourquoi je voulais récupérer mes affaires.
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Jeudi 10 décembre
J'apprends qu'une de mes copines est en train de mourir d’un cancer. Elle s’est beaucoup dégradée en deux semaines. Elle a été opérée, réopérée, et elle ne demande plus qu’une chose, c’est la piqûre. J'irai la voir cet après-midi. Je la connais depuis plus de vingt ans. J'ai le sentiment que des parties de moi disparaissent petit à petit. J'en suis bouleversé. Cela me renvoie de plus en plus au côté éphémère de mon existence. De l’existence en général. 'Avec mon cœur qui boîte et la mort qui me fait signe', comme le chante Henri Tachan. Encore combien d’amis disparaîtront avant moi ? Plus on avance en âge, et plus l’on est contraint de vivre avec tous ces petits cimetières dans la tête. À qui le tour après ? À moi ? À l’autre ?
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Il fait sombre, de plus en plus sombre. Il faut pourtant que je me ressaisisse. Ne pas sombrer dans la morbidité. Effacer de mon esprit tous ces visages qui défilent dans ma tête. Tous les copains disparus. Mes parents. Des gens qui étaient en moi comme des pièces d’un puzzle. Un puzzle qui se détruit pièce par pièce au lieu de se construire. Je pense à mes enfants. Pour eux, il faut que je tienne.
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Samedi 12 décembre
Éliane va chanter à Châtellerault, et se rend ensuite déjeuner chez son père, en compagnie d'anciennes amies de sa mère. Elle me dit de ne pas m'inquiéter, que les copines sont sympathiques et que cela ne se passera pas comme la dernière fois.
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Malheureusement, Éliane revient pas bien du tout, et cela se poursuit encore. Elle me dit avoir beaucoup pleuré à la vue des affaires de sa mère. Je lui dis de ne plus se mettre dans cet état, et que dorénavant on irait voir son père, ensemble.
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Lundi 14 décembre
Problème à aborder avec ma psy. J’ai remarqué que, depuis quelque temps, il me faut boire une bière vers onze heures et vers seize heures. Je réalise que ce rituel s'installe durablement, et je n'en prends conscience que maintenant. De plus, ces horaires correspondent certainement à la baisse de la dose de Séresta dans mon sang. Je me sens piégé, quelque part. Suis-je en train de devenir alcoolique ? Tout au moins, dépendant comme pour la cigarette ?
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Jeudi 17 décembre
Je fais un rêve épouvantable. Je vais voir mon surveillant-chef (qui est un copain de promotion) pour lui parler et lui expliquer ce qui ne va pas bien chez moi. Je me retrouve dans son bureau, mais il n'est pas seul, un infirmier est avec lui. Du coup, je m'abstiens. À un moment, il prétend : « Mais tu as bu, Jean-François ». Je lui affirme que non. Il me sort alors deux comprimés blancs de sa poche, et me les donne à sucer en disant : « C’est ce que nous allons voir ». Je ne dis toujours rien. Lui, discute toujours avec l’infirmier. Au bout d’un moment, il me demande de lui faire voir les comprimés dans ma bouche. J'ai tout sucé le premier, il ne reste plus que le second, et il est rose. Il me lance alors : « Tu vois bien que tu as bu ». Je me défends et justifie la chose par le fait que j’ai gardé trop longtemps les comprimés en bouche. Il rétorque : « Bon, nous allons te faire une prise de sang ». Je le prends très mal. On me la fait. Puis on appelle la directrice qui décide de m'interner. Je suis effrayé. On veut m’injecter des neuroleptiques et de la pénicilline. Je crie : « Non, pas de la pénicilline ». Je parviens à m'échapper. Je cours. Je roule. Je me retrouve derrière la porte de la maison de Saintes. Une équipe d’infirmiers essaie d'enfoncer la porte. Je n'ai pu fermer qu'un verrou et la porte est en train de céder. Je la bloque de mon pied et de mon épaule, de toutes mes forces, en essayant de tirer les deux autres verrous. Je n'y arrive pas, car les verrous sont rouillés. La porte va céder. Elle cède. Ils me capturent. Et je me retrouve hospitalisé dans le pavillon d'où je viens de m'enfuir. Là, je me révolte. Je les insulte, criant notamment : « Vous dîtes que je suis fou, mais toi, Jean-Louis (c’est le surveillant-chef), tu as drôlement changé et ne t’étonne pas d’avoir mal au dos, tu as vendu ton âme au diable » (il a fait une école de séminariste dans sa jeunesse). Après je m’en prends à un autre collègue : « Et toi, tout l’hôpital dit que tu es fou avec cette pathologie d’accumuler tout ton argent et de venir travailler en mobylette ». Fin du cauchemar. Je n'arrive pas à m'en détacher de la journée.
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Vendredi 18 décembre
Je voudrais être à lundi pour voir ma psy, qu’elle me remette sur les rails, tellement je sens mon esprit troublé et désemparé.
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Samedi 19 décembre
Vers onze heures, Éliane me dit qu’il y a du soleil dehors et qu'il serait agréable d'aller marcher. Moi, j'ai envie de rester sous mes couvertures. J'ai beaucoup de mal à me lever. Pourtant, je le fais. Pendant tout le temps de la marche, je ne parle pas, j’ai les paupières lourdes. Au fur et à mesure, je me mets à penser à une banane, à un yaourt et à l'idée de retourner me coucher. Pensée obsessionnelle. Plus nous nous rapprochons de la voiture et plus je ne pense qu’à cela. Je me dis que c’est bizarre, que j'avais les mêmes pensées lorsque j'allais très mal à Champgault, alors que je ne pouvais pas franchir la porte du réfectoire. Il n'y avait que cela qui comptait : manger une banane, un yaourt et aller me coucher. Pourtant, aujourd'hui, il fait beau et cela faisait longtemps que j’attendais une journée comme celle-ci pour tailler et planter des arbustes dans le jardin. Mais là, rien. Plus rien. Pas envie. Je vais aller m’allonger et après je verrai. J’aimerais bien pouvoir parler à ma psy.
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Dimanche 20 décembre
Ce matin, je ne me sens pas trop mal. Nous allons fixer des reproductions de tableaux sur les murs dans la maison. Cette idée me fait plaisir.
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Mercredi 23 décembre
En fin de soirée, nous grignotons un petit dîner sur le canapé avec Éliane. À un moment, elle me demande d’aller chercher le pain et le vin. Je lui demande pourquoi elle n’y va pas elle-même. La tension se met alors à monter. Je me sens domestique. Elle décide, elle commande.
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Après la fin du film, vers vingt-trois heures, je me sens toujours aussi mal. J’ai envie de partir. Je monte dans mon bureau et lui écris une longue lettre sur mon ressenti. Pas une lettre accusatrice, plutôt une lettre où j’exprime mes doutes, mes craintes, essayant d’analyser le pourquoi de ma réaction, lui faisant mention de l’image négative que cela me renvoie de moi vis-à-vis de mon père et du sien. Deux hommes dominés. Je pose la lettre sur la table et, finalement, je reste et je me couche en sentant le sommeil me gagner.
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Jeudi 24 décembre
Elle me parle de ma lettre, ce matin, quand je me réveille, et me dit qu'elle m’en a écrite une aussi. Je la lis. Finalement, c'est très chouette. Nous pouvons parler et tout devient plus serein.
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Vendredi 25 décembre
Finalement je ne me sens pas trop mal. Noël se passe bien. J'apprécie la sobriété des repas. Éliane se montre très présente à mon égard. Je téléphone aux enfants pour qu'ils me parlent de leurs cadeaux. Ils paraissent heureux.
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Dimanche 27 décembre
Ce matin je me sens assez bien. Adeline et Yohann vont venir. Il y a plein de cadeaux sous le sapin. Je crois qu’ils vont être contents.
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Lundi 28 décembre
Paradoxalement, j'angoisse en sortant du bureau de ma psy. Je prends mes cachets à seize heures et, au fur et à mesure que je roule sur le chemin du retour, mon mal être s’amplifie. Je pose mon bloc sur le siège du passager et je note à l'attention de ma psy, pour la prochaine fois : « Pourquoi cette tristesse lancinante ? Pourquoi ne parviens-je pas à vraiment me sentir bien ? ». Au lieu de cela, j'écris : « Que pensez-vous de moi ? ». J'ai envie de le savoir, mais en même temps sa réponse me fait peur. Il y a de la tempête dans ma tête. Il y de l'eau qui gicle mais qui ne veut pas sortir. Comme j'aimerais pleurer. Mais je n'y parviens pas. Je stoppe ma voiture…
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En repartant, j’éprouve une drôle de sensation. J'ai l'impression que mon volant est devenu plus gros. Cela me rappelle quand j’étais petit. Ce phénomène se produisait parfois sans que je ne puisse le contrôler. Tout devenait différent au toucher. La taille de mes doigts. Si je me touchais l’oreille, je la sentais plus grosse. J'avais peur. En grandissant, j'ai pu contrôler le phénomène. À l'époque, je n’osais pas en parler à ma mère. Est-ce à ce moment-là que j’ai eu peur de la folie ? Je dormais dans la même chambre que mes deux frères et, quand cela se produisait, j'allumais la lumière pour me rassurer. Mes frères rouspétaient et me demandaient d’éteindre pour pouvoir dormir. Le seul prétexte que je leur opposais, était que j'allais faire pipi. En y réfléchissant, je crois me souvenir qu'à force j'ai eu peur de la nuit. Peur que ce phénomène s’installe en éteignant la lumière. Peur que mon toucher se transforme. J’en suis aujourd’hui à me demander quelle tare nous portons dans la famille ? Avec mon second frère et ses séances de transes où il sautait partout dans la chambre. Et avec mon frère aîné qui tournait à toute allure autour de la table ronde de notre chambre pour apprendre ses leçons.
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Mardi 29 décembre
Je passe une bonne journée avec les enfants. Finalement, je réalise que j’aime bien ces moments privilégiés avec eux. Ça me rappelle ce temps où étant en couple avec Christine, elle partait en stage et que je me retrouvais seul avec eux. Je me sentais bien. Je pense à la difficulté de vivre seul, tout autant qu'à la difficulté de vivre complètement bien à deux avec des enfants.
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Jeudi 31 décembre
Des amis d'Éliane passent nous voir à la maison et restent dîner avec nous. À la fin du repas, les enfants regardent la télévision. Les amis repartant vers vingt-trois heures, Éliane décide de souhaiter la bonne année. J'en suis contrarié. Éliane me dit : « Mais, je croyais que tu étais contre toutes ces conventions ». Je lui rétorque que j’avais envie d'attendre minuit, notamment vis-à-vis des enfants. Elle va coucher Clémence, et moi j’attends minuit pour embrasser mes enfants. Finalement, Éliane en fait autant, mais je sens bien que c’est à contrecœur.
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Vendredi 1er janvier 1999
Je reçois mes deux frères avec leurs femmes. Je suis heureux de me retrouver avec eux. Je sens Éliane absente. Il est vrai que mes frères parlent beaucoup.
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Samedi 2 janvier
Ce matin, je reviens sur la journée d'hier, Éliane me dit : 'Vous vous connaissez tous très bien, et je me sentais étrangère'.
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Lundi 4 janvier
Cette fois, mon retour de ma consultation chez ma psy se passe bien. J'écoute la radio en voiture et je me sens détendu. Je me fixe la date du quinze janvier pour que mon studio de musique devienne opérationnel.
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Par contre, ce soir je n’arrive pas à m’endormir. Je repense à mon état de dépendance aux médicaments. Plus à une foule d’autres choses. Pourquoi mon moral fait du yoyo ? Pourquoi je me sens fort à certains moments, et extrêmement fragile à d’autres instants ?
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Mardi 5 janvier
Liliane, une amie, ma sœur de cœur me téléphone. Elle vient de passer un examen et le médecin lui a diagnostiqué des nodules à la glande thyroïde, avec dix pour cent de chances qu'ils soient cancéreux. Il lui propose l’opération. L'ablation de la glande. Liliane se voit déjà morte. Nous en parlons un long moment. J’ai envie de l’aider. Elle se sent perdue et se trouve effrayée à l'idée que sa fille puisse se retrouver seule. Élisabeth avec un cancer. Et maintenant Liliane. Je n’accepte pas l’idée de ces disparition d'êtres chers, et la perspective que cela puisse perdurer. Des pièces de mon puzzle qui se désagrègent. C’est un aspect de la vieillesse que je n’avais pas imaginé. Surtout dans notre tranche d'âge de quarante à cinquante ans. Je n'avais pas pensé que cela puisse arriver si tôt.
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Mercredi 6 janvier
Je ne sais pas quoi faire devant l’état d’Éliane qui reste au lit à midi. Pas quoi faire devant la vie qui nous plonge dans ces périodes de tourments. Je n'ai pas de solutions. Je me sens à nouveau accablé de tristesse.
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Jeudi 7 janvier
Christine me donne la carte de bus d'Adeline. Elle me parle très peu, me demandant juste si j'ai fait réévaluer la pension alimentaire. Je lui réponds que j'ai oublié. Qu'elle me pose cette question devant les enfants me met en colère.
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Vendredi 8 janvier
En ramenant un sac d'affaires d'Adeline à Mignaloux, j'aperçois trois gros cartons de livres devant la porte, avec un mot de Christine me demandant de les emporter. Là non plus, je ne le prends pas bien. Comme si elle avait poussé mes meubles dehors, sans prévenir, en m'intimant l'ordre de les emporter. Je prends le plus petit carton et je laisse les deux gros. Dans la voiture, j'ai Yohann à emmener à l'école, et aussi Clémence, Éliane n'ayant pas pu se lever ce matin.
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Une fois arrivé à la maison, je téléphone au docteur B. pour lui faire part de l'état de santé d’Éliane. Il nous fixe un rendez-vous en début d’après-midi, entre deux consultations.
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Le mal être d’Éliane me mange mon énergie. J'aimerais terminer mon studio de musique avant le quinze. J’espère qu'elle ira mieux ce week-end et qu’elle pourra venir m'aider. Je me sens partagé. Déchiré entre Éliane qui requiert ma présence, et le fait que je doive terminer mon studio afin d'envoyer mes tracts de présentation de l’association.
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Dimanche 10 janvier
Éliane va mieux, nous pouvons profiter de notre journée. Le studio avance. Je sens qu'il sera opérationnel à la fin du mois.
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Mardi 12 janvier
Je fais deux cauchemars.
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Le premier. Un expert m'examine. Il veut me donner un autre traitement et me faire hospitaliser. Éliane refuse de signer le document, mais en pure perte, puisque je me retrouve malgré tout hospitalisé. Je parviens à me sauver. On me poursuit. Je me réfugie dans une carrière de sable où je me cache dans un trou. Les infirmiers ne me trouvent pas. Mais le psychiatre, lui, vient me débusquer.
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Le second. Je vis avec trois femmes différentes, sans jamais savoir avec laquelle je vais me retrouver. Éliane, la tendre, la douce, la dynamique. Éliane, la dépressive, clouée dans le fond de son lit, enveloppée sous ses couvertures comme dans le ventre de sa mère. Ou Éliane, la dure, la sévère, la stricte, à la colère rentrée. Cela se transforme en cauchemar, quand elle se mue soudain en une bombe humaine prête à exploser.
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Samedi 16 janvier
Je fais beaucoup de choses à la maison, la cuisine, la vaisselle, sans doute est-ce pour cette raison que cela se passe mieux. D’un autre côté, si la solution est de devenir un homme soumis, faisant un maximum de corvées, je me dis qu'il ne me faut pas tomber dans ce piège. D'où la difficulté de trouver le bon dosage pour bien faire sans pour autant s'attirer les foudres. Je ne veux pas revivre ces jours où j’éprouvais de la crainte quand Christine rentrait.
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Dimanche 17 janvier
Je suis en colère. En colère rentrée. Le père d’Éliane passe nous voir cet après-midi et se prend à philosopher sur les consoles de jeux, le manque de cadre des enfants, sur le fait qu’ils ne lisent presque plus. Au dîner, Éliane prend le relais et s'accroche avec Adeline au sujet de la télévision : « De mon temps, je n'en avais pas ». Le ton monte. La franche dispute menaçant entre elles deux, je leur demande d'arrêter, disant que c'est plus agréable de manger tranquillement. Éliane le prend mal et sort de table. Le repas se termine dans le calme. Néanmoins, ces bribes de phrases demeurent dans ma tête et y résonnent : « De mon temps » ; « Il faut les cadrer » ; « Leur imposer de la rigueur ». À entendre Éliane et son père, les seules bonnes valeurs sont celles du début du siècle. L’enfant sage. Bien dressé. Qui se tient bien à table. Qui lit. S’instruit, etc. Moi, tout ça m'énerve. Je pense autrement. Je me dis que l’époque a changé. Est-ce bien ? Est-ce mal ? En tout cas, c’est ainsi. L’image, la télévision font partie de notre vie. Et puis face à cette demande de rigueur, j’ai envie de crier : « Foutez leur la paix aux enfants ! Peut-être vivront-ils demain dans une société en perdition. Une chose est sûre, en tout cas, c'est qu'ils vivront dans une société tout à fait nouvelle. Le pire est peut-être à venir, pour eux. Alors qu’on leur laisse profiter de leur enfance, aux enfants ; un point c’est tout ».
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Je constate que lorsque je suis seul avec les enfants, il n’y a pas de tension. Je suis certainement trop laxiste. Est-ce un grand défaut ?
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Lundi 18 janvier
Ce matin je me sens bien. Je vais vers Éliane plutôt que de me renfermer sur moi-même. L'incident d’hier est oublié. J’ai envie de me battre pour l’association, prendre les contacts nécessaires, faire rapidement la feuille de présentation et finir le studio cette semaine.
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Mercredi 20 janvier
Je fais un long rêve. Je suis dans le bureau de ma psy qui vient de trouver une explication au fait que je n'ai plus peur des maladies. Elle me dit que je suis passé d’un stade à un autre, et que le passage entre les deux stades se nomme le phictère. Elle m’en explique la signification. Je n’y comprends rien. Me voyant septique devant ses commentaires, elle vient s’asseoir près de moi, non pas sur un fauteuil mais sur un banc de piano. À partir de là, ses explications deviennent de moins en moins compréhensives, car je suis complètement déconcentré de la sentir assise si près de moi. Son corps frôle le mien. Je perçois sa chaleur. Je ne pense plus à la psychiatre, mais à la femme. De plus, elle s’est assise sur l'extrémité d'une de mes mains. Je ne bouge pas. Je trouve cela très agréable. Et puis sans savoir pourquoi, je me retrouve dans un service d'hôpital ressemblant à la cuisine de mes parents. Là, je cherche le sens du mot phictère dans un vieux dictionnaire. Il manque des pages, je ne le trouve pas. Le médecin chef arrive et affirme ne pas connaître ce mot non plus. Je suis ensuite au Futuroscope avec Éliane. J'y aperçois ma psy avec son ami, un homme jeune, très beau, avec les cheveux blonds frisés. Elle ne me remarque pas. Nous entrons dans une salle de cinéma dynamique. À la sortie du film, elle a les larmes aux yeux. La projection semble l'avoir troublée. J’essaie de faire en sorte qu’elle ne m'aperçoive pas. Après je la remarque assise dans le recoin d'un autre cinéma où elle pleure à chaudes larmes. Son ami la console d'un air embarrassé.
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Jeudi 21 janvier
Encore un cauchemar. C’est la mort de Coluche. Il a un cancer des intestins et les médecins lui apprennent qu’il n’en n’a plus pour longtemps. Quelques heures seulement. De ce fait, il se prépare à l’enterrement. Il s'allonge dans le cercueil et l'on referme le couvercle sur lui. Un tuyau s'en extrait dans lequel un médecin injecte un produit pour le faire mourir vite sans souffrir. Le corbillard s'apprête à démarrer. Un grand break américain. Coluche m’avait demandé de m’asseoir sur l’aile avant gauche. Ce que je fais. Sauf que c'est la panique générale, car les produits injectés dans le tuyau n’ont pas fait leur effet, et Coluche tambourine fortement sur les parois intérieurs du cercueil. Son frère, en proie à la panique, tire des coups de fusil dans le cercueil. Le médecin réinjecte du produit, mais sans succès, car le liquide ressort par les trous des balles faits dans la paroi du cercueil. Dans un ultime coup de fusil, tiré à bout portant, Coluche finit par mourir. Je me sens seul. Ma peine est immense.
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Vendredi 22 janvier
Je reçois ma convocation pour la consultation du docteur D. à la date du vingt-huit janvier. J’ai de l'appréhension. Et s'il refusait de me prolonger ? Si c'est le cas, je ne retournerai pas à l’hôpital, de toute façon. Je ne m’y vois pas. Impossible. Je pense à mon studio. J’ai presque fini l’intérieur. Le matériel sera installé d’ici dix jours. De plus, par l’intermédiaire d’Éliane, j’ai fait connaissance d’un musicien professionnel, faisant partie de deux groupes, qui serait intéressé pour remonter avec moi le spectacle pour enfants que je donnais précédemment. J’aurai ainsi une corde supplémentaire à mon arc.
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Jeudi 28 janvier
Je ne sais pas quoi penser de l'entretien avec le docteur D. Comment a-il appréhendé ce que je lui ai dit ? Comment m’a t’il perçu ? Quel va être le résultat ? En tout cas, depuis l'heure de fin du rendez-vous, je me sens vidé. De plus Adeline s’est faite une élongation au sport, et Yohann est malade. ~
Dimanche 31 janvier
Éliane sombre de nouveau. Elle passe la majeure partie de son temps au lit. J’avoue être perdu à ne pas savoir interpréter ces cycles de déprimes qui reviennent régulièrement. Je m'occupe des enfants. Elle se lève juste pour faire une promenade.
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Lundi 1er février
Je suis inquiet de la mise en délibéré de la décision de prolongation de mon congé médical. Je vais en consultation chez ma psy, cet après-midi.
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En soirée, l'ami musicien vient me voir pour m'entretenir du spectacle pour enfants. Nous décidons de faire notre première répétition, samedi. Je commence à reprendre confiance en moi.
~ Mercredi 3 février
Le comité médical se réunit aujourd'hui. Comme j'aimerais être caché sur place pour entendre ce qu'il se dit sur moi ! Bizarre, mais aujourd'hui que c'est le grand jour, je me sens moins angoissé qu'avant. Je me dis qu'il leur est impossible de ne pas prolonger mon congé de longue maladie, alors que tout va commencer pour moi, par ailleurs.
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Jeudi 4 février
Ce matin, je n’arrive plus à me rappeler complètement de mes rêves. Juste quelques bribes. Quelques visions. Juste deux images me restent de cette nuit : j’ai le visage recouvert d’acné, il y a un miroir dans le grenier de la maison de Saintes et je suis épouvanté de me voir ainsi. Deuxième image : Coluche fait une émission de radio depuis la maison de Saintes et il peine à raconter ses histoires. Il souffre.
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Vendredi 5 février
Me sentant fatigué, je me couche vers vingt-deux heures. À une heure du matin, je me réveille en sueur. Tee-shirt trempé. Je me rendors et me réveille vers trois heures avec une sensation d'humidité et de froid sur le corps. Je ne cesse de cogiter. Je me rendors vers sept heures et demi.
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Samedi 6 février
Ce soir, avec Jean-Jacques, le musicien, nous faisons notre première répétition. Il a un excellent jeu. Par contre, moi, je me sens mauvais. J'éprouve de la difficulté à rechanter. Je me dis que je n’ai pas assez travaillé ma voix, pareil pour le jeu avec la guitare. Je me trouve mauvais, ringard, et j'en viens à penser que toutes mes chansons n’ont de valeur qu'à mes yeux. Je perds confiance.
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Dimanche 7 février
Je dors si profondément, cet après-midi, qu'en me réveillant je me crois lundi. J’ai du mal à émerger. Je songe à cette fatigue qui m’envahit. Je fais un parallèle entre cette époque de l’année et la même époque de mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit. Le treize février approche. C'est la date où je me suis remis à la chanson avec Élodie. Avec la suite que l'on connaît. Plus j'y pense et plus j’ai peur de reproduire le même schéma. La dépression. Est-ce un hasard ? En tout cas, c'est un peu les mêmes premiers symptômes que je perçois actuellement. J’ai été hospitalisé à Champgault le premier mars. Mon inconscient est chargé de toutes ces dates et opère un drôle de travail de sape sur moi. J’ai peur de replonger. Je n’ai plus d’énergie. À seize heures trente, je prends un Séresta supplémentaire pour endiguer mon anxiété. Et ce soir, à table, je bois du vin pour aider. La seule chose qui me réconforte, c'est que demain je vais voir ma psy.
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Lundi 8 février
Ce matin, en me levant, j’ai mal au poumon droit. Sans doute ai-je un cancer d'avoir trop fumé. Je suis au maximum de mon traitement, et ce violent retour de moral représente un échec pour moi. Et pour ma psy. Que va en penser ma psy ? Je crains qu’elle me rejette. D'aller la voir, cet après-midi, m'apaise un peu. Que deviendrai-je si elle mourait ?
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Mardi 9 février
Je me rends à Nieuil pour accomplir un acte symbolique très important pour moi. Brûler la blouse que je portais avant d’être arrêté. C’est Francine, une collègue, qui me l'a remise, pliée dans un paquet. J’ai tout brûlé, y compris les stylos qui se trouvaient à l'intérieur. Je reviens fatigué. Je prends mes gouttes de Théralène et je m'endors rapidement.
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Dimanche 14 février
Encore un cauchemar. Je suis dans les coulisses d'un spectacle de Renaud. Il termine son tour de chant et repart à pied avec sa femme. Ils marchent tous les deux sur un pont. Il pleut à verse et sa femme l'engueule, prétextant qu'il na pas été bon. Il monte sur la balustrade et continue de marcher, la tête baissée, sans rien dire. Ensuite, je me vois, moi, seul et isolé, déchu comme un clochard. J'ai une barbe de plusieurs jours. Je rate ma vie. J'en suis désespéré…
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Je me réveille en nage. Et en âge. Je me sens vieux et laid. Je change de tee-shirt. Il n'est que cinq heures et demi, et je sais que je ne vais pas me rendormir. Je me mets alors à cogiter et à me figurer la période ayant précédé ma naissance. L'année mille neuf cent cinquante-et-un. J'imagine ma mère avec un gros ventre et avec l'idée en tête qu'elle ne me veut pas. Mes parents viennent d'arriver de Jonzac, avec leurs deux enfants de huit et neuf ans, et sans doute ma mère a-t-elle honte de donner à voir à autrui qu'elle a fauté. Peut-être mon père devient-il dépressif à cause de moi. Quelle relation ont mes parents ? Les connaissant, je les imagine très bien vivre dans une extrême tension, du fait de ma venue. Ma mère étant d'un tempérament excessif, je l'imagine très bien dire à mon père : « Eh bien, si tu n’en veux pas, je n’ai qu’à le tuer ». Je perçois de la haine à mon égard. Il faudra que j'en parle à mon frère aîné. Lui seul pourrait me dire comment étaient mes parents à cette époque ?
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Lundi 15 février
Voilà mon rêve de la nuit. J’aide un homme noir qui réalise de splendides peintures. Il est en situation irrégulière, il n’a pas d’argent. Je veux le soutenir. Dès lors, je me retrouve chez lui, en Afrique, dans une grande fête de village. Les gens dansent. Puis, un acte sexuel a cours, le plus naturellement du monde, devant l'assistance. La femme est sur l’homme, elle a le visage crispé, elle a mal. Elle finit par se retirer et je vois une trace de sang.
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Mercredi 17 février
Encore…
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Le Titanic est en train de couler. Il n'y a qu'un homme et une femme sur le pont. L'eau monte. De panique, l'homme se plante un couteau dans le ventre. La femme lui arrache le couteau, et l'homme plonge dans la mer, le couteau entre les dents pour faire une césarienne à une femme enceinte, morte noyée. Il parvient à sauver l’enfant, et coupe le cordon avec le couteau.
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Je demeure toute la journée avec ces images en tête.
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Jeudi 18 février
J’ai un copain au téléphone. Il est président d’une association qui fait tourner beaucoup d'artistes dans la région. Il se montre intéressé par mon association. Par des enregistrements en live de certains spectacles, et surtout par l’enregistrement des chansons du festival qu’il a créé il y a plusieurs années, près de Civray. Très intéressé aussi pour que je lui mette des vinyles sur CD.
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Vendredi 19 février
Cauchemar…
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Je suis chez mes parents et le surveillant chef du service vient me rendre visite. En fait, je sais que ce n’est pas une visite amicale, mais qu’il passe pour me faire parler. Nous montons dans une chambre et nous discutons. Il essaie de savoir si je suis fou. Je fais très attention à ce que cela ne se remarque pas. Sa présence me gêne. J'ai très envie de le mettre dehors, mais je contrôle mes réactions. Ensuite il part… Je me suis réveille en nage.
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Lundi 22 février
Je rêve d'un grand film d'aventure. En me levant, j’ai l'impression d’avoir toujours le cerveau immergé dans le rêve. Je revis des scènes, revois des images.
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Encore une fois, je suis heureux d’aller voir ma psy, cet après-midi. Il faut qu'on se parle. J'ai l'impression que ma dépression se transforme en un certain état de mélancolie. Je suis moins sensible aux caresses. Et si le fait de transpirer ainsi la nuit cachait une infection latente ?
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Mardi 23 février
Ce soir, je passe dans une émission de radio pour présenter l'association. C'est une soirée importante. Aurélien, qui m'accompagne, me fait sentir que je présente bien l'association. À la fin de l'émission, Daniel, le présentateur, me fait plusieurs propositions pour de futures prestations, notamment en matière d'enregistrements de live.
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Mercredi 24 février
Je fais un cauchemar.. C’est l'inondation de La Rochelle. L’eau monte de plus en plus. La panique s’installe dans la ville. J'arrive à rejoindre difficilement un petit appartement situé sous les toits. Puis, je me retrouve sur un vieux bateau qui prend l’eau. Je suis immergé, accroché à un poteau avec d'autres gens. Je leurs dis que la centrale nucléaire de Civaux va exploser sous la montée des eaux et qu'on va tous mourir. C'est certain. Soit noyés, soit irradiés.
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Bizarrement, malgré ce cauchemar, je me sens bien ce matin.
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Jeudi 25 février
Je travaille toute la journée au studio. Il ne reste plus qu’à faire les bons branchements et il sera en service. En rentrant, je me sens fatigué et, sans trop savoir pourquoi, une espèce de tristesse m’envahit. Peut-être l'idée diffuse de faire tout cela pour rien. Et si ça ne marchait pas ?
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Ce ressenti finit par se dissiper. Je vais rejoindre Éliane à Châtellerault pour dîner en famille avec son père. Malgré la rigueur du père, je ne me sens pas trop mal.
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Quand j'arrive à la voiture, en repartant vers vingt-et-une heures, je m'aperçois que la haut de ma portière a été plié et que la vitre a volé en éclat. Par contre, rien n’a disparu à l’intérieur. Je pense que la présence de mon chien dans la voiture y est pour quelque chose. Il a dû surprendre les agresseurs, et certainement a-t-il dû aboyer quand la vitre s'est brisée. C’est un chien habitué à rester tranquillement dans la voiture, et qui n’aboie pas quand des gens la longent. Mais de là laisser entrer des intrus ! Il a dû défendre son territoire. Je ne prends pas mal cet acte. Je suis juste ennuyé par les bouts de verre amassés sur le siège. Je téléphone au commissariat qui m’apprend que je suis le deuxième plaignant en vingt minutes, l'autre automobiliste ayant, lui, été cambriolé. Le père d’Éliane me scotche un carton sur la fenêtre pour que nous puissions rentrer.
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Vendredi 26 février
Ce matin, je téléphone à l'assureur et je vais chez un garagiste de connaissance pour faire détordre ma porte et remplacer ma vitre. À bien y réfléchir, je ne suivrai pas le conseil du commissariat qui m'avait dit de porter plainte. C’est la première fois qu'un tel incident m'arrive, et je suis surpris de le positiver à ce point. Je suis surtout content que l'on ne m'ait pas volé mon autoradio et mes cassettes, surtout les cassettes. Car cela, je crois que je l’aurais mal pris.
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Samedi 27 février
Au spectacle que nous allons voir, ce soir, avec Éliane, une femme vient vers moi. Elle me dit qu'elle a écouté l’émission de radio où je suis intervenu et qu’elle est intéressée d'avoir ses vieux vinyles en CD. Elle précise qu'elle m'a vu précédemment sur scène. Je suis heureux que mon association commence à se faire connaître.
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Dimanche 28 février
Je rêve de la déchéance d’un homme amoureux d’une femme mangeuse d’hommes. Une fois réveillé, je reste un peu dans le lit à digérer ma nuit.
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L'après-midi, nous allons à Nieuil avec Éliane pour finir la taille des arbres.
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Lundi 1er mars
En rentrant de voir ma psy, à dix-huit heures trente, je dis à Éliane que j'ai faim et je me prépare à grignoter. Elle me demande de patienter un peu et me dit après un moment : « Tiens, si nous prenions l’apéritif ! ». Lui retournant que c'est une bonne idée, elle sort des petits fours salés du congélateur. Puis, nous dînons et à la fin de repas, elle apporte un gâteau d'anniversaire, avec une carte annotée de sa main. Je lui précise que ce n’est pas aujourd’hui, ce à quoi elle répond qu’elle le sait mais qu'elle voulait qu’on le fête aussi ce soir, tous les deux, avant que les enfants n'arrivent demain. Je trouve ça vachement bien. Je suis vraiment content.
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Mardi 2 mars
En écrivant la date, j’allais mettre mille neuf cent cinquante-et-un. Il est sept heures. Ce matin, un peu plus qu’hier, je ressens ce besoin de me lever vite. Il est vrai que ce jour est non pas une seule date anniversaire, mais deux dates anniversaires. Je me rappelle, en effet, que l’an dernier, ce même jour, j'étais à quelques jours de me faire hospitaliser à Champgault.
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Je repense à hier soir, à Éliane qui m’a fêté mon anniversaire le premier mars. C’est la date anniversaire de la naissance de mon père... Aujourd'hui, je pense à lui, immergé dans l’immensité de la mer, ses cendres ballottées par le mouvement des vagues. D’un autre côté, s’il avait été enterré, je penserais à son squelette. Ça ne serait pas mieux.
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Mercredi 3 mars
Je repasse à trente gouttes, suite à deux crises d’angoisse ou de coups de cafard ; je ne sais pas. Je me sens mal et mon cœur bat très fort, sans savoir pourquoi.
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Jeudi 4 mars
Je fais de nouveau un cauchemar. Je me retrouve au travail. Je rencontre un des psychiatres du service au bout du couloir. Il me dit de prendre une dose d'eau de javel. Puis je me retrouve dans une chambre où un patient dort dans un lit, avec en dessous de lui, allongé par terre, le psychiatre de tout à l'heure. J'allume alors un gros cigare que je place sous le lit, dans un cendrier. Il se dégage une épaisse fumée désagréable. Malheureusement, c'est le malade allongé dans le lit qui tousse. Je veux retirer le cendrier, mais pour cela je dois m'allonger par terre et tendre la main. C'est à cet instant que je me réveille. Je tends le bras… et je me rends compte que je touche la tête d'Éliane, allongée près de moi dans le lit de notre chambre.
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Vendredi 4 mars
Éliane ne va pas bien. Elle vient de recevoir deux chèques en provenance de l'assurance, suite au décès de sa mère. Elle pleure en pensant à elle. Je la réconforte.
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Dans l'après-midi, je me rends au studio pour faire une séance de photos avec Alain, Amilien et Franck, le deuxième technicien.
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En soirée, nous partons faire l'enregistrement du concert live d'une jeune chanteuse. Notre association commence à se faire connaître. Tout se passe parfaitement. Après le concert, les organisateurs nous invitent à prendre un verre. Je refuse car je ne veux pas rentrer trop tard à cause d'Éliane.
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Samedi 5 mars
Aujourd'hui, nous n'avons plus qu'à écouter l'enregistrement réalisé hier soir, et à graver le produit fini. Par contre, avec le recul, il y a deux choses qui m'inquiètent. En premier lieu, le fait d'avoir décliné l'invitation des organisateurs à venir boire un verre. J’estime avoir commis une erreur, car j’aurais pu leur vanter les mérites de l’association, plutôt que de leur laisser un tract comme je l'ai fait. En second lieu, à discuter plus avant avec Franck, le deuxième technicien, je me rends compte que ses idées bien arrêtées risquent, si nous les appliquons, de me déposséder de l'esprit que je veux donner à l'association.
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Dimanche 6 mars
Comme convenu, nous faisons une longue promenade, dans la matinée. Il est bon que les enfants prennent l'air. Après le déjeuner, j'essaie de résister au sommeil qui me gagne. En vain, car je finis par monter faire la sieste vers quinze heures. Éliane vient me réveiller plusieurs fois et insiste pour que je descende prendre un thé, vers dix-sept heures, car une copine est là. Finalement, je fais l'effort de me lever.
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Lundi 8 mars
J'e m'inquiète à l’idée que le live sur lequel nous avons travaillé samedi puisse ne pas être parfait. De voir ma psy, cet après-midi, dilue mon angoisse.
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Jeudi 11 mars
Ce soir, nous avons notre réunion avec les amis de l’association. Franck n’est pas là et je crois que j’en suis satisfait. J’évoque ma réticence à son égard et surtout ce projet qu'il formule d'obtenir un emploi jeune dans notre association, avant la fin de l'année. Tous sont unanimes pour dire que ce n'est pas envisageable.
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Vendredi 12 mars
Je téléphone à Franck pour lui faire le compte-rendu de notre réunion. Il paraît déçu qu'il ne soit pas envisageable de créer un emploi jeune. Il n'insiste pas et ne se montre plus trop partant pour continuer bénévolement. Ce qui confirme mon opinion à son sujet. Je crois qu'il me faut poursuivre à bien appréhender les gens, et à ne pas me laisser vampiriser. Savoir dire non, et stop. Je ferai le prochain live avec Aurélien, et ce sera très bien.
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Samedi 13 mars
Ce soir est chargé avec l'enregistrement de la première partie du concert de Marie-Paule Belle. Je suis content car tout se passe bien. Je rencontre l'artiste, je lui remets mon CD et elle me dédicace une affiche pour l'association. De plus, je fais très bien mon travail de public relation avec les organisateurs du spectacle. Je dîne avec eux après le concert et je me couche à trois heures du matin.
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Dimanche 14 mars
Depuis hier, je me sens bien. Je reprends confiance en moi.
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Ce qui pourrait me rendre mal, c’est cette impression que plus je me retrouve occupé et plus Éliane déprime. Elle fait tout le temps des comparaisons et des commentaires, du style : « Toi tu as des projets, moi je n’ai rien ». J’ai beau lui expliquer que c’est une question de survie pour moi, rien n'y fait. Nous allons tout faire pour sortir un bon CD du live d'hier soir. Je crois que là, je ne me reconnais pas. J'ai une sacrée motivation. Par contre, pour Éliane je ne sais pas quoi faire. Après déjeuner, elle se met à pleurer en pensant à sa mère.
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Mardi 16 mars
Il y a des courses à faire, et je demande à Éliane si cela ne la dérangerait pas de les faire toute seule, du fait que j'angoisse dans le magasin Leclerc. Elle se met alors à pleurer, arguant qu'elle ne veut pas y aller seule. Je cède donc et je l'accompagne. Au rayon lessive, elle me dit qu’elle ne sait pas quoi prendre, au prétexte que c'est toujours sa mère qui lui achetait la lessive, elle-même n'en ayant jamais achetée. J'en reste interloqué. Elle commence à regarder les différentes marques, les prix… Je lui fais remarquer qu'elles sont toutes identiques, et j'attrape le premier baril venu.
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Je me sens déchiré entre l’aide que je voudrais apporter à Éliane et les impératifs urgents liés à ma reconversion. Je n’arrive pas à gérer mon temps comme je le voudrais. Que faire ? Il me semble avoir besoin d'aide, à mon tour.
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Jeudi 18 mars
Éliane consulte le docteur B. Elle lui fait part des difficultés rencontrées au contact de mes enfants. Le docteur lui parle de repos, et va même jusqu'à évoquer le centre de Champgault.
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Nous en reparlons, le soir, quand Clémence est couchée. Je lui dis : « Pourquoi pas ? ». Elle le prend très mal, et finit par lâcher : « Qu’est-ce que je fais sur terre ? ». Elle se refuse à s'éloigner de Clémence et des gens qu'elle aime. À un moment, le téléphone sonne. Je décroche. Elle monte se coucher.
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Vendredi 19 mars
Éliane paraît aller un peu mieux. Elle est partie accompagner Clémence à l’école. Je sens mon énergie des jours précédents s’estomper un peu. Faut-il que j'aille mal pour qu’elle aille bien ? Étrange équilibre...
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Je crains de devenir soumis, totalement écrasé par elle. Afin qu’elle puisse exister. C’était le fonctionnement de ses parents. Des miens aussi. Elle dit et il obéit. Je ne veux pas de ça. Est-ce la peur de ce schéma qui me rend si mal ce matin ? J’attends lundi avec impatience pour en parler avec ma psy.
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Samedi 20 mars
Pour l'anniversaire de Clémence et d’un de ses petits copains, Éliane, Sylvie, la maman d'Olivier, et moi-même, faisons un petit spectacle pour enfants que je jouais avant dans les écoles. Nous l'avons répété deux fois avant de la jouer maintenant. Les enfants invités à l'anniversaire sont ravis. À partir de là, je retrouve l’envie de refaire ce spectacle. Sylvie est partante, Éliane plus hésitante, du fait qu'elle n'arrive pas à remonter la pente. Pour ce qui me concerne, j'aimerais vraiment refaire ce spectacle, tant j'ai pris du plaisir à voir pétiller les yeux des enfants.
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Mercredi 24 mars
Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment le sentiment de faire ce qui me plaît. J’attends vendredi dans l'impatience et l'anxiété, car nous procédons à la sonorisation et à l'éclairage de toutes les associations musicales du canton. Je me sens nerveux, mais je sens que je vais mieux. Je commence vraiment à croire à cette association et j’aimerais qu’elle prenne de l’ampleur pour pouvoir me salarier. C’est vraiment mon rêve. Mon but.
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Dimanche 28 mars
Christine me téléphone, alors que je suis au studio. Elle me dit : « Tu peux bien partir en vacances avec les enfants, en juillet. Comme cela, ça te fera tout un mois privilégié avec eux ».
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Cet appel m'atteint plus que je ne veux bien le croire. À force de repenser à cette phrase, je finis par découvrir les sous-entendus qui se cachent derrière elle. Je sens le reproche du mauvais père qui ne s’occupe pas assez de ses enfants. Qui leur impose de vivre avec quelqu'un d'autre. Et qui, donc, doit partir seul avec eux, en vacances, en juillet ? C’est encore elle qui décide pour moi. Qui m’écrase sous ses reproches, me renvoyant une image négative de moi. Le mauvais père. C'est vrai que j'aurais dû aller voir Yohann aux Olympiades. En plus j’en avais envie. Mais c’était aussi me retrouver en permanence avec Christine qui encadrait le groupe. Pour suivre Yohann, il m'aurait fallu la suivre, elle, dans toutes les épreuves. C’est vrai que je culpabilise. Il ne faut pas que je garde cela pour moi, j'en parlerai demain.
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Lundi 29 mars
En revenant du rendez-vous avec ma psy, j'ai l'impression d'un vide au fond moi. La sensation d’avoir tourné en rond : Éliane, mon association, Christine. De plus, j’ai trouvé ma psy fatiguée. Et moi qui lui raconte toujours les mêmes histoires. Je me dis que c'est peut-être à cause moi si elle est fatiguée. Peut-être est-elle aussi fatiguée à cause du changement d’horaire. Je déteste cette période de l'année. J'ai adhéré longtemps à l’association contre le changement d’horaire. Ça me révolte. Ces changements d’heures fatiguent les enfants. Les commanditaires de cette affaire sont des salauds. Quand mes enfants étaient petits, je souffrais de les réveiller alors qu'il faisait encore nuit dehors, pour les emmener à l’école. À l'inverse, du temps où je travaillais dans un service de gérontologie, j'ai le souvenir du coucher des malades alors que le soleil inondait encore leur dortoir. Nous les mettions au lit, et malgré les rideaux qui étaient censés assombrir les lieux, ils se relevaient sans cesse. Il régnait une forte agitation.
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Mardi 30 mars
Je ne me sens pas plus brillant cet après-midi que ce matin. J'essaie d’enregistrer un vinyle sur minidisc que je dois remettre demain soir, et je patauge dans le mode d’emploi. Je me sens pressé par le temps car Yohann m’attend pour aller à Nieuil. Je me suis mis à refumer beaucoup, et je reprends une bière après en avoir déjà bue une vers onze heures.
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Jeudi 1er avril
En accompagnant les enfants en classe, Yohann me demande comment je vais faire pour les emmener et aller les chercher à l'école, quand je vais reprendre mon travail ? Surpris de la question, je lui réponds que je ferais le maximum pour me rendre disponible. En conséquence, la question que je me pose, est de savoir si je dois leur avouer que je ne veux plus retourner à l'hôpital et que je veux changer d'activité. Dois-je leur dire la vérité ?
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Vendredi 2 avril
Les événements se bousculent. Christine me téléphone, après-dîner, pour me parler des vacances. Quand je lui dis qu'il est dommage qu'elle ne m'ait pas consulté avant de fixer ses dates de congé, elle se met immédiatement en colère : « Oui, les autres années, c’est toujours toi qui décidait des dates, donc cette année j’ai estimé que c’était à moi ; et si tu n’es pas content, j’annule tout, les enfants iront où ils pourront ! ». Sur ce, elle raccroche. J'estime cela injuste car, jusqu’alors, nos décisions d'arrêtés de dates de congés se prenaient toujours dans la concertation. Elle a pris trois semaines l'an dernier et c’est moi qui ai gardé les enfants le reste du temps. Quand j'étais à l'hôpital, nous prenions une semaine ensemble et ensuite je jonglais avec mon planning en travaillant les week-ends et les mercredis.
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Samedi 3 avril
Ce matin, je rappelle Christine pour lui dire de ne rien changer à son programme, et que je m'adapterai si elle a trouvé une location pour le mois d'août.
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Lundi 5 avril
Je viens de rentrer de voir ma psy et, là, je sens que le vide que je percevais lors de la dernière séance s’est en partie comblé. J'ai ressenti beaucoup de sensations positives, notamment quand ma psy m'a félicité d’avoir emmené mes enfants. J'en suis heureux car j’avais envie que mes enfants rencontrent ma psy, connaissent la salle d’attente où je patiente chaque semaine. La seule chose qui m'a dérangé, c’est quand elle m’a demandé : « Liliane c’est la mère de vos enfants ?… Non, c’est Christine... Liliane c’est une amie, n'est-ce pas ? ». Je lui ai répondu que oui sans oser lui préciser, alors que nous avions parlé quand j’étais à Champgault, que Liliane était ma première femme. C’est comme si je m'étais senti fautif. Pourquoi cette crainte d’être jugé sur une vie décousue où je ne romps pas avec le passé ? En effet, Liliane est devenue pour moi une amie, une grande sœur. Je ne parviens même plus à m’imaginer que j’ai été son mari. D’abord c’est loin et, de plus, notre séparation fut si rapide et sans anicroche que tout cela génère un souvenir furtif dans ma mémoire. C’est vrai que nous n’avons pas eu d’enfant ensemble. Au final, je me suis senti mal à l’aise vis-à-vis de ma psy. Comme si je lui avais menti. Je crois qu’il y a en moi toujours cette peur d’être rejeté. Cette peur qu’elle me dise je ne vous crois plus, je ne veux plus vous voir.
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Mardi 6 avril
Je me déplace donner les rollers à Yohann qui m’avait téléphoné pour je les lui apporte. Je tombe sur une Christine froide qui me dit que depuis le début de la semaine (nous ne sommes que mardi) elle fait travailler les enfants une heure, le matin… « Toi tu ne leur fais même pas réciter les leçons, me reproche-t-elle. L'autre jour Yohann ne savait pas ses mots de vocabulaire ». Je réponds que je m'y remettrai la semaine prochaine.
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Par la suite je repense à cette scène où Christine m’impose toujours des règles. Cela devant les enfants. Et moi, bonne poire, qui m'adapte ou plutôt qui plie pour éviter de faire des vagues.
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C’est dur d’être un homme. C’est difficile d’être soi-même. Quand j’étais petit, on me tirait par ma capuche de manteau. Ça me faisait de la peine et je ne réagissais pas. Je constate que quarante ans plus tard, on me tire toujours par la capuche et que je n'ai pas plus de réaction. Je ne suis pas encore fini, entièrement construit.
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Jeudi 8 avril
Avec Éliane, nous répétons et nous peaufinons notre spectacle pour enfants. De plus, je me fixe d’écrire une chanson sur les bulles de savon. J’ai commencé à en écrire le début et j’ai envie de la poursuivre. J’ai vu fonctionner une machine à bulles que j’ai d'ailleurs l’intention d’intégrer dans mon spectacle.
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Vendredi 9 avril
Je fais un rêve. Je travaille à l'hôpital et j'aperçois un nouveau soignant dans un des sordides couloirs. Il s'agit de Pierre Perret. Je n’en reviens pas qu'il en soit réduit à venir travailler à l'hôpital. D'autant qu'il a l'air d'être content d'être là. En ce qui me concerne je ressens du mal-être. Le troisième jour, je le rencontre chez lui, avec sa femme, et il me dit qu'il n'en peut plus. Il m'explique qu'il avait pris ce travail pour reprendre prise avec les réalités de la vie et ainsi se procurer un plaisir nouveau à exercer son métier de chanteur. Je retrouve Pierre Perret, chez lui, plus tard, à raconter son expérience hospitalière en riant. Sur ce, son fils lui saute dessus et essaie de l'étrangler pour ainsi se moquer des gens travaillant à l'hôpital.
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Lundi 12 avril
Je fais un cauchemar. Il neige abondamment. Un surveillant m'avertit qu’un homme vient de porter plainte contre moi parce que j'ai laissé traîner un morceau de polystyrène devant l’entrée des locaux et que l'homme a glissé dessus jusqu'à le précipiter violemment sur une voiture. Il s'est difficilement relevé pour demander de l'aide au téléphone, il s'est ensuite fracassé la tête contre une barre de fer que j’ai aussi laissé traîner le long du mur près de la cabine téléphonique. Maintenant, je suis dans l'attente douloureuse de l'issue de cette plainte.
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Mardi 13 avril
Ce matin, Éliane est mal. Elle a rendez-vous avec sa nouvelle thérapeute. De mon côté, je m'investis complètement dans la création de l’association. J’étudie les meilleures formules. Je lis des revues techniques et, dans le même temps, je réfléchis à l'élaboration de mon spectacle pour enfants.
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En fin de matinée, Éliane part déjeuner chez une amie avec Clémence. Je m'occupe donc seul du déjeuner de mes enfants et de celui d'une copine qu'Adeline a invitée pour la journée. La jeune fille est très joyeuse. Le déjeuner se déroule bien.
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Quand je rentre, ce soir, vers dix-neuf heures, Éliane est là avec des amis, et nous dînons tous ensemble. À plusieurs reprises, je perçois un peu d'agressivité à mon égard. Par exemple, j’ai fait les courses en début d’après-midi et comme nous avions prévu de la pizza pour ce soir, Éliane me fait remarquer que je n’ai pas acheté de salade. Je réponds que j'ai suivi la liste qu'elle m'a donnée. Ce à quoi, elle rétorque que « Oui, mais c'est une liste-type ». Et puis une autre réflexion, un peu plus tard, au sujet de la télévision ; comme si elle voulait prendre à parti ses amis sur mon dysfonctionnement au sujet des enfants et de la télé. Je trouve cela désagréable d'avoir à me justifier.
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Après le départ des amis, je passe plusieurs coups de fil pour l'association. Quand j'en ai terminé, Éliane est montée se coucher. Elle semble contrariée par le temps que je passe à mes affaires. « Il n'y a plus que ça qui compte », me lance-t-elle. Je lui fais remarquer qu'il est rare que je téléphone autant le soir, et que le plus souvent je suis avec elle, alors que je pourrais aussi être à faire des démarches, du collage d'affiches, etc. Je lui dis que je la trouve injuste. Ce soir, je me sens perdu au milieu de tout cela.
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Mercredi 14 avril
Ce soir Éliane me fait part de son mal être en rapport aux enfants et à notre vie. « Peut-être sommes-nous allés trop vite pour décider de vivre ensemble ? ». Elle me reproche mon inconsistance vis-à-vis des règles établies pour les enfants. Elle me dit se sentir exclue, ne plus trouver ses repères. Après cette discussion, je me sens comme un squatter à son domicile. Je lui impose la présence de mes enfants. Elle appréhende tout cela très mal. Cela me génère aussi du tourment. Quelles solutions ?
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Jeudi 15 avril
Je repense aux mots d'hier : 'Nous sommes allés trop vite', 'Je ne retrouve plus mes repères'. Je me sens déstabilisé par l'attitude d'Éliane qui me prend et me rejette en permanence. Il est vrai que la présence des enfants accentue le phénomène. J'ai parfois l'impression de revivre ce que je vivais avec Christine, laquelle me reprochait de ne pas être sécurisant. J’ai la sensation de reproduire ma vie passée, même si Éliane est beaucoup plus affectueuse que Christine. Là, en ce moment, j’aurais presque envie de baisser les bras et de retourner à Nieuil. Je me vois à nouveau tombé de ma montagne, avec la perspective d'avoir à me battre pour la regravir.
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Vendredi 16 avril
À discuter avec Éliane, elle se déclare désolée de ses mots de l'autre jour et me dit ne pas pouvoir envisager que je puisse partir. Du coup, je me sens mieux.
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Lundi 19 avril
Ce que me dit ma psy me rappelle l'interdit de ma mère au sujet de la violence physique (j'allais écrire ma père ; ça me fait penser que Yohann m’appelle souvent maman et se rattrape aussitôt en souriant). Quand j'étais petit, ma mère me criait après si elle me surprenait à jouer à me bagarrer avec un copain. C’était interdit, impensable, il fallait être gentil. Je me souviens d’une scène quand j’étais à la maternelle. J’étais dans l'école de ma mère, qui était institutrice, et nous partions chaque jour en vélo. J'étais assis dans le siège arrimé au porte-bagages. La scène se passait peu avant la reprise de l'école, à quatorze heures. Ma mère s'est mise soudain à crier en apercevant de loin deux hommes qui se battaient. L’un des hommes était adossé à une rambarde, la tête en arrière, et l’autre le frappait violemment au visage. Cinq ou six personnes observaient la scène sans intervenir. Ma mère criait, de loin, « Mais arrêtez les, arrêtez les ! ». Personne ne bougeait. Une fois arrivée sur eux, ma mère est intervenue et l'agresseur a cessé de donner des coups. La victime avait le visage couvert de sang. Ma mère engueulait l'agresseur et incitait l'assistance à emmener la victime à l'hôpital. Cette scène très forte pour moi, au regard de mes yeux d'enfants (je devais avoir quatre ou cinq ans) est à jamais restée gravée dans ma mémoire. Violence physique, oui, mais par extension, cela m'amène à penser que que ma mère n'avait pas de perception de la violence morale ou mentale. Dans son école maternelle, il y avait deux clans : le clan de la directrice, de ma mère et deux autres bonnes collègues, et un second clan. Pendant la récréation, le clan de ma mère marchait dans un sens, dans la cour, et l'autre clan marchait dans l'autre sens. Une année, je me suis retrouvée dans la classe de madame Amie, qui faisait partie du clan adverse, de celui des ennemies, des pas gentilles sans doute. Et là, je ne sais pas pourquoi, est-ce mon attitude ? est-ce le fait qu’elle était l'ennemie de ma mère ? je me souviens qu'elle m’ordonnait systématiquement de me mettre tout à la fin du rang avant d’entrer en classe. Aujourd'hui, je suis toujours très surpris quand des amis me disent : « Moi mon fils ou ma fille, ils adorent aller à l’école ». Pour ce qui me concerne, je culpabilise à l'idée de pouvoir transmettre mon déplaisir lié à ses pénibles souvenirs. Lorsque je disais à mes enfants : « Si, tu verras c’est drôlement bien l’école, on se fait des copains, etc. », je pense que cela devait sonner faux.
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L’idée du départ en vacances de ma psy me rend nerveux, inquiet. Pourvu que je tombe sur le docteur Hy, que j’avais trouvé bien pendant les trois jours où je l'avais eu en remplacement. Allant uniquement à l’essentiel : sommeil, appétit, effets secondaires, point. Au fumoir, par contre, nombre de patients parlaient de lui, et peu semblait l'apprécier. Une femme m'a dit qu'il s'était assis en face d'elle et qu'il l'avait regardée longuement sans lui parler. À présent, il devient thérapeute et non plus remplaçant. Je connais ces méthodes propres à ces jeunes psychiatres inexpérimentés qui n’ont que des certitudes, notamment celle d’avoir toujours raison. Ils ne doutent pas. Et pourtant le doute et l’humilité, dans le domaine de l’âme humaine, sont certainement les vecteurs qui procurent la plus grande efficacité.
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Mercredi 21 avril
Il est quatre heures du matin et je me réveille en sueur. J'enlève mon tee-shirt et je passe dans la salle de bain pour m’essuyer avec une serviette. Puis j'essaie de me recoucher, sauf qu'il y a une légère humidité dans le lit et surtout une odeur forte de sueur ; presque d’urine. J'ai la certitude que je ne me rendormirai pas.
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Quand je songe à ma transpiration excessive et à cette odeur, je ne peux pas m’empêcher de penser à une maladie. À de l'urémie. Une collègue de mon âge est morte dernièrement d'une tumeur au cerveau. Nous travaillions ensemble, surtout la nuit. Elle était très belle. C'est bizarre, mais une de ses phrases me revient à l'esprit. Elle disait : « Il faut se laver entièrement tous les jours pour que la peau respire ». Je ne sais pas si, ces dernières années, elle avait fait en sorte que toute sa peau respire, mais en tout cas, elle, elle a cessé de respirer.
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Puisque j'en suis aux maladies, je pense à ma copine Babeth qui est sous chimio, et surtout à Liliane qui est entrée hier soir à la clinique pour se faire opérer de la glande thyroïde. Je l’ai appelée deux fois. À la fin de notre seconde conversation, elle m’a confié ses dernières volontés pour le cas où il lui arrivait quelque chose. Elle m’a précisé que j’étais la seule personne à qui elle en avait fait part.
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Jeudi 22 avril
J'ai rendez-vous avec Christine à dix heures. Au début, nous parlons des vacances scolaires, je sors mon agenda, elle n’a pas le sien. Nous évoquons ensuite les enfants, leurs difficultés scolaires, surtout celles de Yohann. Elle commence à me questionner, me demande si je m’occupe de ses devoirs ; et pourquoi il a la même tenue aussi bien le jeudi que le mardi. J’essaie de me justifier. Elle ne devient pas agressive. Par contre, à un moment, elle me dit : « Quand même, tu dois y trouver un certain plaisir à ne plus aller à l’hôpital ». À cet instant, tout bascule. Je lui rétorque : « Je ne crois pas que le mot plaisir soit vraiment approprié », et là je me mets à lui parler de moi (comme me l’a suggéré ma psy, finalement), de mes faiblesses, de mes failles, de mes blessures. Ce faisant, je sens Christine plus à l’écoute. Elle ne me coupe pas la parole. Je sens une émotion de plus en plus grande surgir en moi. Je lui parle de mes cauchemars, de mon traitement, des périodes dures que j'ai traversées, notamment celle de février dernier. Tout en me livrant, je discerne une immense cicatrice en moi. Cicatrice non refermée, rouge, violacée. L’émotion monte de plus en plus. Je lui ai parle de la vie que je trouve trop dure, moi qui n'ai toujours vécu que dans mes rêves. Je parle aussi de la mort qui ne me fait plus peur, si ce n'est que je veux rester en vie pour les enfants. Le fait d'exprimer mes maux m'accable exponentiellement. Des larmes envahissent ma tête, butant sur cet éternel barrage qui les empêche de jaillir. Il est onze heures trente, je lui dis que je dois partir récupérer Yohann.
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Vendredi 23 avril
Éliane est rentrée. Elle me parle d'elle. Je l'écoute. Je lui parle ensuite de moi et lui dis que mon plus mauvais souvenir, pendant son absence, est mon réveil nocturne de mercredi avec cette sudation excessive accompagnée de cette odeur. Rien que d'y repenser, je la ressens à nouveau physiquement. J'en ai la nausée. Une sensation de dégoût. Des images de vieillards souillés s'affirment à moi. Considérant mon désarroi, Éliane change les draps au moment d'aller au lit. Je prends mes gouttes…
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Samedi 24 avril
Je me sens un peu mieux, ce matin. Toutefois, je conserve néanmoins un état nauséeux et je me sens fatigué. Je perçois en moi le même dégoût d’il y a un an, en cette période où il m'était impossible d'envisager de manger sans éprouver de la nausée. Patraque. Je ne me sens pas dans mon assiette, c’est le cas de le dire.
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Jeudi 29 avril
Depuis le début de la semaine je suis mieux. Mes projets me semblent prendre corps. J’ai été contacté récemment pour faire une sonorisation. Ça me fait plaisir. S’il n’y avait Éliane qui est toujours dépressive, je crois que tout irait bien. Mes idées pour l’association se précisent et j'en ai plein.
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Je pense à la diminution du traitement. Pourquoi est-ce toujours le matin que je me sens le mieux, en ces périodes de mieux-être ? Ensuite vient l'après-midi, avec une période de flottement. Et le soir ou l'humeur est variable. Soit je me sens de nouveau bien et je peux téléphoner, prendre les contacts en étant sûr que les gens sont chez eux. Soit je suis incapable de rien faire et je ne peux que regarder la télévision en mangeant des barres de céréales ou du chocolat.
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Vendredi 30 avril
Je fais donc la sonorisation pour une pièce de théâtre. C’est difficile à réaliser mais je m'y emploie avec bonheur. Adeline et Yohann sont avec moi et prennent plaisir au spectacle. Nous allons ensuite dîner tous ensemble. J’ai grande joie à parler avec le metteur en scène et j’ai de l'estime pour les acteurs interprétant cette pièce sur la précarité. À table, ils évoquent leur vie quotidienne dans le milieu défavorisé qui est le leur. J'apprécie la chaleur que dégagent chez ces gens simples et la solidarité qui règne dans cette association. Des gens riches de cœur et d'âme. Je fais le parallèle avec un apéritif où je me suis rendu avec des copains. Il n'y avait que des gens friqués qui n'en avaient qu'après les grosses voitures. C'était superficiel, finalement. L'argent peut rendre con.
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Dimanche 2 mai
Je fais un tel rêve que j'ai envie de me replonger dedans, à mon réveil. C’est comme dans un film magique où il y a un héros avec des pouvoirs surnaturels. Il vole, se déplace d’un endroit à un autre avec une très grande rapidité. Il est habillé avec une grande cape noire (un peu comme Zorro). À un moment il se trouve interné, mais cela ne lui pose pas de problème. Tout le monde est gentil avec lui et il s’échappe quand il le veut. À un autre instant il aspire des flacons de sang infecté car il sait qu'ainsi il va pouvoir créer en lui-même l'antidote au virus du Sida. Il se transporte d’une seconde à l’autre dans des paysages magnifiques.
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Ma seule difficulté, c’est ma relation avec Éliane qui se montre toujours tendue quand mes enfants sont là. J’essaie de ne pas me laisser entraîner par la tension qu'elle génère.
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Lundi 3 mai
Je me rends à la consultation de ma psy et, là, c’est la panique. Son bureau est dans une tour, je ne me souviens plus de l’étage. Je ne sais plus si c’est au neuvième ou au onzième étage. Je cherche, je me trompe d’étage. Je prends l’escalier en courant. Je repère enfin sa porte. Et je me retrouve dans le bureau d'une ma psy qui a l’air pressée. Elle me tire les cartes. Il y en a plusieurs d'étalées sur son bureau, dont le valet et la dame de cœur. Elle m'affirme que c'est parce que je suis amoureux d'elle. J'en bafouille, je lui dis que non, mais que je l’aime bien quand même. Je me sens mal. Mon rêve perdure…
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Vendredi 7 mai
J'appelle ma psy pour lui faire part de mon inquiétude au sujet du prochain rendez-vous programmé avec l'expert médical. Et je le prends mal lorsqu'elle m'interroge un peu sèchement sur la date estimée où je pense pourvoir me servir un salaire sur l'association ? Je lui dis que je me bats et que je me débats pour cela, mais que je n'en sais rien. En fait, j'interprète cette question de la façon suivante : « Maintenant j'en ai assez de vous, je veux savoir quand vous allez être autonome, je vous ai assez vu et entendu ! ». J'ai l'impression de perdre son soutien et d'avoir à me débrouiller seul. Peut-être est-ce le message que ma psy veut me faire passer.
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Avoir le courage de me débrouiller seul. Vis à vis de l'hôpital. De ma psy. Et d’Éliane. L’hôpital, c’est clair, je n’y retournerai jamais. Je ne peux plus. Je ne veux plus. Quoiqu’il arrive. Quelles qu’en soient les conséquences. Tant pis si je me mets financièrement en danger. Je ne veux plus y aller.
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Samedi 8 mai
Je me consacre entièrement à l’enregistrement d'un CD pour un musicien. Je travaille intensément car, lui, n'étant pas auteur, il me faut réécrire quatre textes sur sa musique, les siens ne convenant pas vraiment. J’éprouve un plaisir fou à me plonger ainsi dans l’écriture, maniant et remaniant ses mots afin de leur donner un peu plus de limpidité. Ensuite, je procède à des manipulations musicales. Qu’est-ce que je me sens bien dans cet élément. J’ai vraiment l’impression de vivre pleinement.
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Notre relation s’est très améliorée avec Éliane, ces derniers jours. Dommage que ce soir, elle introduise un bémol. Alors que nous dînons chez une copine, Éliane évoque nos difficultés de vie. Je me retrouve complètement décontenancé, car dans l'état actuel des choses, je ne voyais que l’aspect positif de notre relation, ayant rejeté hors de moi nos difficultés passées. En rentrant à la maison, je lui en touche deux mots et elle le prend mal. Je lui fais remarquer qu’elle privilégie le négatif au détriment de ce positif qui alimente notre vie présente.
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Dimanche 9 mai
Je repense à l'attitude d’Éliane, hier à table. Cela me renvoie à ces couples qui ont l’art et la manière de régler leurs comptes uniquement devant des tiers. Je trouve le procédé désagréable, aussi bien pour celui qui est en cause que pour les tiers qui se trouvent obligés de subir.
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Puis la conversation avec ma psy me revient en tête. J’ai malgré tout le sentiment qu’il se produit en moi une prise de conscience. Il est vrai que je reste dans l'ombre de l'association. Je ne fais pas partie du bureau et je suis plus porté à pousser les autres sur le devant de la scène que moi-même. Ainsi, je n'apparais nulle part, avec cette intention inavouée de me conforter peut-être dans mon congé de longue maladie ; ce n'est pas plus compliqué que cela. J'avance masqué pour cette unique raison.
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Aujourd'hui, nous répétons le spectacle pour enfants avec Éliane. Je me sens complètement impliqué par rapport aux autres fois. Le spectacle s'annonce bien. J’attends aussi avec impatience de réaliser le mixage final du CD que nous sommes en train d’enregistrer. Tout ne va pas aussi vite que je le voudrais, mais les choses se construisent petit à petit. L’hôpital s’éloigne de moi...
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Samedi 15 et dimanche 16 mai
J'apprécie ces deux jours de week-end passés tous les cinq au bord de la mer. Yohann semble rentrer précocement dans une crise d’adolescence. Très opposant. Le positif vient d'Éliane qui se révèle très en forme. Elle chahute avec Yohann sur la plage et l'on sent qu'il l'apprécie vraiment. Malgré cela, la nuit, je fais un cauchemar.
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Il débute dans le bureau de ma psy. Elle lit la première page de la lettre que j'ai écrite pour elle, la froisse et me la redonne. Notre entretien se tend. Je sens qu'elle me rejette. Qu'elle en a assez de moi. Je me retrouve seul. Je veux arrêter complètement mon traitement, mais j’appréhende les conséquences. Je ne veux plus voir ma psy. Je veux consulter un autre médecin, et qu'il me diminue mon traitement jusqu'à cessation définitive. Je me sens désemparé. De nouveau déchu. L'expert médical ne me renouvelle pas mon congé de longue maladie et j'envoie ma lettre de démission à l'hôpital. Je me retrouve sans argent. Tout seul. J'en souffre tant que j’ai envie de me suicider. J’hésite entre me pendre avec le cordon d’une lampe ou me jeter de la passerelle qui enjambe la gare comme l’a fait un collègue quand j’étais jeune infirmier.
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À mon réveil, je suis hanté par ce mauvais rêve pendant des heures.
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Vendredi 21 mai
Je suis extrêmement tendu. Une tension qui fait que je ne peux pas demeurer en place. Impossible de me tenir assis quelques minutes. J'ai perdu mes lunettes sur un parking. Il faisait chaud et en sortant de voiture, j’ai enlevé mon pull-over. Or, je suis à peu près persuadé qu’elles sont tombées à cette occasion. Je suis retourné sur le parking, j’ai interrogé les gens, mais personne ne les vues ni ramenées. Je me sens handicapé. Les seules lunettes de dépannage en ma possession, sont celles de ma mère…
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Samedi 22 mai
Ce matin, je me lève rapidement et je m'empresse de prendre mon traitement. Je me sens tendu. J'ai envie de faire plein de choses à la fois, sans parvenir à vraiment me décider pour l'une ou l'autre, et c'est très désagréable.
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Dimanche 23 mai
Est-ce que je m’observe de trop ? Est-ce de l'appréhension liée au fait de savoir que mon traitement est allégé ? Est-ce de l'angoisse provoquée légitimement par la baisse du traitement ? Toujours est-il que je continue de me sentir différent. Encore ce besoin d’hyperactivité matinale, avec cette sensation de ne pas pouvoir me concentrer sur quoi que ce soit.
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En soirée, je me sens épuisé et incapable de me projeter dans un avenir optimiste. Je ne vis plus tout à fait. J’ai l’impression de subir un processus de dégradation depuis quelques jours. Je fume et je bois davantage, comme pour compenser le vide que je perçois au creux de mon être. Je voudrais dormir, tout oublier, un point c’est tout. Pourtant ce n’est pas le moment de réagir ainsi. Le mois de juin est trop chargé en rencontres et en contrats pour l’association.
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Jeudi 27 mai
Où est la part psychologique ? Où est la part de l’action réelle de l’Effexor ? En tout cas, je me sens un peu mieux. Même si, ce matin, je perçois une certaine tristesse, j’ai quand même la sensation de retrouver un peu de confiance en moi et l'envie de redynamiser mes projets. Heureusement que je ne suis pas trop mal ce matin, car Christine me téléphone pour m'informer qu’elle ne pourra pas être présente chez le notaire à dix-sept heures, pour procéder à la régularisation de l’acte de la maison pour que je puisse toucher ma part. Il y a plus de deux semaines qu’elle connaissait l’heure du rendez-vous, et c'est maintenant qu'elle m’annonce qu’elle ne pourra pas venir. Je sens monter de la colère. Par chance, finalement, je parviens à faire repousser l'heure du rendez-vous à dix-huit heures.
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L’entretien avec le notaire se déroule bien. Christine est là, qui plaisante, qui fait de grands sourires. À la fin, quand nous nous apprêtons à prendre congé, la voilà qui se met à parler travail avec Maître Rousselle. Je le ressens mal. Je devrais partir mais, comme un idiot, je demeure debout, à attendre, sans rien dire.
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Je me retrouve toujours découragé devant l’attitude de Christine. Je sais que cela ne pourra jamais être une relation normale mais un combat de tous les instants. Elle est prête à sortir ses griffes à tous moments. À l'inverse, j’ai de la chance d'être avec Éliane qui, elle, est toujours présente. Je me sens bien avec elle. Je me demande comment elle fait pour rester avec moi, moi qui ne pourrais pas vivre avec moi bien longtemps.
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Vendredi 28 mai
Christine m’appelle. Elle se montre normale, aucune agressivité, même plutôt gentille. Le jour et la nuit, comme elle sait le faire. Elle prend des nouvelles d’Adeline, me demande de passer signer un dossier pour Yohann, et si je peux aussi lui acheter des chaussures légères, qu’elle me remboursera.
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Par ailleurs la directrice d’une association, pour qui j’avais fait la sonorisation d'une pièce de théâtre, me téléphone pour me demander si je peux revenir faire la sonorisation de la même pièce, ce soir, car le gardien de l’établissement où la troupe se produit ne veut pas s'en occuper alors qu’il a tout le matériel à disposition. Je suis content de ce coup de fil, même si tout cela est précipité. Moi qui avais douté de ma prestation...
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Samedi 29 mai
Je me replonge à fond dans mon travail pour l’association Je me sens mieux dans l’ensemble, j’ai plus confiance en moi et cela m’est plus facile d'avancer. Je suis contacté par un autre président d’association qui me propose d'assister à une répétition de la troupe qu’il a créée. J’irai donc lundi soir, à vingt-et-une heures. J'en suis heureux.
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Lundi 7 juin
Quand je sors du bureau de ma psy, je continue de pleurer. Je demeure prostré un long moment dans ma voiture avant de reprendre la route. Je repense à cet entretien où mon barrage a cédé. J’ai du mal à comprendre pourquoi je me suis autorisé à pleurer, justement lors de la consultation, comme j’ai du mal à comprendre pourquoi cela m'est arrivé, sans raison véritable, si ce n'est celle que je me sentais dans un état de grande souffrance. Je retrouve mon calme en reprenant la route. Je roule doucement. Les larmes ont cette fonction de libérer les tensions, et je me sens épuisé en arrivant à Poitiers.
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C’est Éliane qui va me chercher mes médicaments à la pharmacie. Je prends deux Dépamides au dîner avec mon traitement du soir. Je passe une bonne nuit, sans cauchemar.
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Mardi 8 juin
Je repense à ma psy que j’ai senti très présente. Je ne sais même pas si je l’ai remerciée.
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Mercredi 9 juin
Ce matin, je me sens peut être un tout petit peu mieux, mais je perçois toujours une grande tristesse en moi. Pourtant, aujourd’hui, j’ai envie de faire des choses. Je ne sais pas si c'est une vraie envie ou si c'est le fait de se sentir poussé par les obligations que je me suis fixées, c’est-à-dire la préparation du matériel pour ce week-end et pour le spectacle pour enfants. Chose sûre, je ne veux pas rompre mes engagements. Par ailleurs, ils vont m’obliger à avancer plutôt que de rester au lit. Le vingt-cinq, nous allons tester notre spectacle en allant le jouer bénévolement dans une école. Nous allons l'interpréter quatre fois de suite.
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Je rumine en accompagnant Clémence à l’école. Je repense à cette peur de rencontrer des gens. Je n'ai que la hâte de revenir à la maison et de m'enfermer dans mon bureau. Il faut que j’aille mieux. Je repense au suicide et je m'interroge sur ce que je ferais si je n’avais pas tous mes projets pour l’association ? Je crois que cela m’aide à rester debout et à continuer de vivre. Et puis il y a mes enfants. Je pense très fort à eux. Ils ont besoin de moi.
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Jeudi 10 juin
J'ai pris mon traitement depuis une heure et demie et je me sens plus fatigué que je ne l'étais au réveil. De plus, j'ai une envie de vomir. Je me sens chimique avec ce supplément de traitement. J’ai l’impression de ressentir les mêmes effets que si j'avais augmenté les doses. Endormi et mal, à la fois. Mes yeux papillotent, j’aimerais m’allonger. Je vais avoir du mal à mener à bien tout ce que je voulais. Il faut que j'y arrive. Je suis inquiet de tourner ainsi au ralenti.
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Je n'ai plus envie de rien, une nouvelle fois. J'ai du mal à manger. Rien ne me tente. Juste, peut être, d'en arriver vite à ce soir pour dormir.
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Vendredi 11 juin
Si en février, de l'an dernier, j’arrivais à identifier les causes de mon profond mal-être, ce jour je ne sais pas vraiment. Il se manifeste par une espèce de peur diffuse, une tristesse ancrée dans mon ventre que je sens remonter jusqu'à mon esprit et aux bords des yeux. Et je tourne en rond sans pouvoir sortir de cet état. Je me sens fatigué. J’espère aller mieux demain. Je ne peux me raccrocher qu’à cela : demain. Un jour nouveau où je me réveillerai dans de meilleures dispositions.
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Le suicide ? En définitive, je crois que j’ai peur de mourir. Et puis, j’ai envie de voir grandir mes enfants. C’est ce désespoir qui s’installe en moi parfois qui est très difficile à supporter.
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Samedi 12 juin
Je fais un rêve. Je suis dans le jardin de mes parents avec un collègue qui est désormais en retraite. Il semble heureux et me vante les mérites de la retraite : « Tu sais, je n’arrête pas une minute, je me demande comment je faisais avant ». Pour ma part, je l’envie et je me sens mal. J'ai une montre en main que j'essaie de réparer. Mon frère me donne une trotteuse et un verre de montre. Je les installe mais je trouve que cela fait laid, du fait que la trotteuse et que le verre dépassent de la montre. Mais au final, la montre fonctionne. J’essaie alors de la vendre à mon collègue, car je n’ai plus d’argent.
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J'arrive au festival vers seize heures trente. Au début, j’ai du mal à rentrer en communication. J’ai l’impression que ça se voit sur mon visage. Je m’efforce de paraître au mieux. Petit à petit, je parviens à me décontracter. Il se dégage une grande chaleur du lieu, des participants et du public. Avec Aurélien, nous installons notre matériel. J'entre à nouveau en contact avec des personnes qui souhaitent enregistrer leurs propres vinyles sur des CD. La fin d’après-midi passe rapidement. Ensuite, nous allons dîner et de nouveau je m'efforce de paraître dynamique. Heureusement, Éliane est avec moi. Nous devons repartir sur Poitiers, avant la fin du repas, car ce soir a lieu le spectacle de fin d’année de Yohann.
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Après le spectacle, je vais le voir. Il paraît heureux de ma présence.
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Lundi 14 juin
Ce matin, j’ai l’impression de me sentir mieux. J’espère être à la fin de ce mauvais cycle. Toutefois je reste prudent, pour le cas où je me ferais une fausse joie. Je suis content et rassuré d’aller voir ma psy pour parler de tout cela.
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En revenant de chez ma psy, je me sens calmé et moins fatigué que les autres fois.
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Mercredi 16 juin
En me levant, je suis effrayé par mon visage. Je me trouve les joues creusées. J’ai pourtant l’impression de retrouver un peu l’appétit. Il faudrait que je fume moins.
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Après le déjeuner, j'ai un petit accrochage avec Éliane. La plupart du temps, le conflit vient de moi, car j'ai tendance à mal me positionner face à l’événement. Là, ce qui m'affecte, c'est qu’Éliane ferme les portes fenêtres donnant sur le jardin et que, du coup, je me retrouve enfermé dehors. Même si je me rends compte que ma réaction est disproportionnée, je n’arrive pas pour autant à contrôler mes émotions. Je le perçois sans doute au fond de moi comme un acte de rejet.
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J’en ai vraiment assez de me retrouver dans cet état.
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Jeudi 17 juin
Ce matin, Éliane et moi répétons le spectacle pour enfants. Nous n'avons guère d’hésitations. Le filage glisse bien.
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En début d’après-midi, nous faisons un second filage avec Jean-Jacques qui nous met en scène. À la fin de la répétition, il nous fait les critiques. Juste quelques bricoles à modifier.
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Ce soir, je me sens un peu démoli, car il me faut retourner à Nieuil où j'ai oublié l’enveloppe de mille cinq cent francs que m'a remis le président de Prélude. J’avais sorti l’enveloppe du tiroir en partant, et je l'ai pas sur moi en arrivant à Poitiers. De plus, impossible de me souvenir où j'ai bien pu l'oublier. Une fois arrivée à Nieuil, je la retrouve dans les toilettes. Parfois ça me fait sourire. Mais, le plus souvent, ça me soucie d’être en permanence dans la lune. Je crois qu’il ne se passe pas une seule journée sans que je n'égare quelque chose. Mon cerveau est toujours ailleurs. C'est pénible à la longue.
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En repartant de Nieuil, je prends mon courrier. Il y a une lettre des impôts, et comme à chaque fois, cela m'angoisse. Comme si j'allais être fautif de quelque chose. Ce n’est qu'une facture d’eau, finalement. Pourquoi faut-il toujours que je vive ces moments là dans un état de crainte ? Quand je pense à mes maisons, il m’arrive de redouter que l'une d'entre elles s'effondre, ou tout du moins se fissure. J’ai peur qu’un jour, une tempête n’emporte des tuiles.
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Samedi 19 juin
Je passe ma soirée avec des amis chanteurs qui donnent un concert de soutien pour les victimes du Kosovo. Je perçois une véritable chaleur au sein de ce groupe. Après la soirée, nous ne démontons pas le matériel, nous allons tous prendre un pot.
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Lundi 21 juin
Me sentant très fatigué, à mon retour de Champgault, je m'allonge sur le canapé. C'est alors que Christine me téléphone au prétexte qu'elle a une chose importante à me demander. Elle a un problème d’eau dans sa maison et elle voudrait que je le résolve. J’essaie de m'y employer par téléphone. À la fin de la conversation, elle me reproche de ne pas m'être souvenu qu’Adeline était invitée samedi chez une copine. Il est vrai que je l'avais complètement oublié, alors que dans le même temps Éliane a réservé un mobil-home pour nous tous sur l’Île de Ré. Alors Christine me balance d'un ton sec : « Comment veux-tu que les enfants te fassent confiance après ça !? ». L’amplificateur du téléphone étant mis, Adeline entend tout. Et c'est pour moi une douche froide.
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Mardi 22 juin
Ce matin, j'appelle Christine en lui expliquant la situation d'hier soir. Elle se met à pleurer : « Je ne savais pas que l’amplificateur était mis », s'excuse-t-elle, en rajoutant qu’elle n’allait pas bien en ce moment, et que Yohann non plus, certainement, si elle en jugeait par le fait qu'il s’était remis à faire pipi au lit.
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Mercredi 23 juin
Je reçois deux cartes. Une des enfants qui me souhaitent la fête des père. Et l'autre de Christine qui m'envoie une carte 'diplôme du plus gentil des papas'.
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Jeudi 24 juin
Je fais un cauchemar. On me cambriole le studio. Tout est détruit, saccagé. Je suis abattu. Je me pose des questions quant à l’assurance.
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En passant dans le rayon des livres, au supermarché, je lis furtivement sur une jaquette : 'Suicide dans la médecine' alors qu’il est écrit autre chose de graphiquement proche Ce n’est pas la première fois qu'une telle chose m'arrive.
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Vendredi 25 juin
Nous donnons notre spectacle quatre fois de suite, et tout se passe bien. Bonne réaction des enfants. Nous allons le peaufiner en juillet et en août.
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Jeudi 1er juillet
Je prends conscience de mon manque de personnalité vis-à-vis d’Éliane et des enfants. J’ai du mal à me situer, à m’imposer parfois. Je me trouve toujours tiraillé entre ces deux attitudes qui sont d'avoir à être gentil ou à être sévère. Je ne parviens pas à trouver le bon équilibre entre ces deux extrêmes. J’ai grand mal à jouer au père qui fixe des cadres, des limites. Je n’arrive pas à le faire naturellement, ce qui créé quelques tensions avec les enfants et avec Éliane.
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Vendredi 2 juillet
Le voisin vient m’engueuler parce que mon chien a crevé sa poubelle. Je ne dis rien. Je vais ramasser.
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Samedi 3 juillet
Je ne sais vraiment plus où j’en suis. Je crois que j’ai peur de mon avenir. C’est terrible lorsque je me mets à douter de tout. Avec Éliane, je crains de reproduire le même système de couple que celui de mes parents. Je la trouve autoritaire, en ce moment. Elle ne laisse rien passer. J’ai la sensation qu'elle installe insidieusement une autorité auprès de moi. Tout à l'heure, j’ai téléphoné 'trop longtemps', alors qu'il s'agissait d'un coup de téléphone pour un prochain spectacle. Ensuite, je mets le couvert et je me prends à feuilleter le journal. Et là, elle me dit : « Tu aurais pu m’aider ». C’est vrai que j’aurais dû l’aider ! Mais bon. Tout cela me dessine une vision pessimiste de notre couple. J’ai envie de repartir, seul, à Nieuil.
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Je réalise que j’ai besoin que l'on pose un regard positif sur moi, et que dès qu’il m'arrive ce genre de réflexions, cela me renvoie une image négative de moi. J’ai hâte de voir ma psy, dans ces moments-là.
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Dimanche 4 juillet
Je fais un cauchemar. Je me trouve dans une classe d’école où nous devons jouer notre spectacle pour enfants devant une directrice. Elle me terrorise. J'ai un tract fou. À tel point que tout foire. Alors que nous chantons au milieu des enfants, je n'ai plus qu'un petit filet de voix et j’oublie les paroles. En plus, par je ne sais quel tour de passe-passe, nous nous retrouvons sans plus aucuns éléments de décor autour de nous. Les enfants ont l’air de s’ennuyer. À la fin, je demande à la directrice quelle tranche d’âge notre spectacle peut intéresser. Elle répond en s’éloignant et en haussant les épaules : « Les 7-7ans ! ». Puis nous jouons dans une autre école et c'est la même directrice qui est là et qui observe distraitement de loin. J'ai une peur monstre qu'elle me reconnaisse. Ensuite, deux hommes revêtus d'habits moyenâgeux, et portant chacun une épée, doivent se battre devant la directrice. Ils s'exécutent. Le combat dure longtemps. Or, il est impératif que l'un des combattants tue l'autre pour que le combat prenne fin. L'un finit par enfoncer son épée dans la poitrine de l'autre. Et la directrice hausse de nouveau les épaules.
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Je fais un second rêve se déroulant à l'hôpital où Yohann et moi sommes en consultation. Yohann entre en premier dans le cabinet du médecin. Quant à moi, je me retrouve dans une chambre où je dois m'allonger. J’attrape un tee-shirt, pendu au portemanteau, mais il est tout troué de partout et je ne sais pas quoi en faire. Yohann finit par sortir de sa consultation, normalement c'est à mon tour, mais je l'attrape par la main et nous partons tous les deux, lui habillé et moi dévêtu.
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J’essaie d’interpréter ces rêves. L’école, la directrice, la mort d’un des deux combattants. Peut être est-ce mon propre combat ? Peut-être ces deux êtres sont-ils la matérialisation de ces deux êtres qui s'affrontent en moi ? La directrice : le regard de ma mère ? Puis l’hôpital où je me retrouve nu : là où je suis né, là où je mourrai et là où l'on me voit tel que je suis ?
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Lundi 5 juillet
J'éprouve de nouveau une hypersensibilité vis à vis des bruits.
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En revenant du rendez-vous avec ma psy, je me sens un peu mieux.
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Je me couche tôt, avec l'envie de prendre cinq gouttes en plus, mais je ne le fais pas. Finalement, je lis et je m'endors rapidement.
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Mercredi 7 juillet
Je fais un rêve. Je suis à Saintes avec Coluche. La ville est en émeute. Des groupes attaquent les CRS qui se trouvent dépassés. Coluche et moi courons sur le pont Henri Palissy, avec des CRS à nos trousses. J'entends leur chef qui dit : « On s'est laissé avoir, mais maintenant avec nos fusils à balle de caoutchouc, c'est nous qui allons les avoir ». Un peu plus tard, Coluche et moi nous retrouvons dans le car des CRS. À quatre heures du matin, ils me ramènent gentiment. Quand le car s’arrête, Coluche fait la bise à tous les CRS, et à moi-même. Alors que nous nous retrouvons devant la porte de mes parents, Coluche regarde dans la direction du petit square attenant et dit : « Nous pourrions construire une cabane avec des portes et des fenêtres de récupération, et habiter ici ». Je suis emballé par cette idée.
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Jeudi 8 juillet
Éliane regarde les centaines de cassettes rangées dans mon bureau. Elle en prend une au hasard et me demande si elle peut l'écouter. En l'entendant, je réalise qu'il s'agit d'une chanson écrite il y a quinze ans, dont je n’ai jamais recopié les paroles. Je réalise concomitamment qu'il y a là des tas de musiques et de paroles dont je ne me souviens plus, et qu'elles sont des parties intégrantes de ma vie. La plupart ont une histoire. Cela fait des mois que je me dis qu’il me faut les classer, mais je ne parviens pas à m'y résoudre. Beaucoup n’ont pas d’étiquette. C’était à l’époque où j’écrivais beaucoup sans rien annoter. C’est bizarre, j’éprouve l'envie de le faire à présent, mais je repousse toujours le moment. Pourquoi ?
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Vendredi 9 juillet
Ce matin, j’ai rendez-vous avec mon médecin généraliste. Il me prescrit un bilan hépatique demandé par ma psy. Il me prévient qu’il sera parasité par les effets de mon présent traitement. Je verrai bien...
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Samedi 10 juillet
Je ne me sens pas trop mal.
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Nous nous rendons à Châtellerault. Éliane et moi marchons dans les rues piétonne du centre-ville, pour aller voir mon copain Bruno qui tient un magasin de musique. Ce faisant, je me sens mal dans ma peau quand j'aperçois mon reflet dans les vitrines des magasins. Je me trouve laid avec ma tête maigre et mes cheveux courts. C’est bizarre, j’avais l’impression que ce genre de ressenti était passé, mais il se réaffirme à moi aujourd'hui. Un visage de malade aux joues creuses. Je voudrais regrossir, tout au moins des joues.
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Dimanche 11 juillet
Je continue toujours de rêver. Cette fois, nous sommes plusieurs à restaurer un château acheté par le père d’Éliane. Il y a un diktat fixé lors de la vente, celui de ne jamais ouvrir le puits se trouvant dans la cour du château. Nous commençons à restaurer l'édifice, et n'y tenant plus, nous décidons d'ouvrir le puits. Nous dégageons la grosse pierre obturant la margelle, et, là, ça vire au cauchemar. Une sorcière, hideuse et insaisissable, s'extrait des profondeurs. Un peu comme le génie sortant de la lampe d’Aladin. Sauf qu'elle, elle est effrayante. La sorcière nous tourmente à tout va, et malgré notre frayeur, nous nous efforçons de la saisir pour la remettre dans le puits. Nous finissons par y parvenir, et nous nous empressons de remettre la dalle sur la margelle. Nous poussons un grand ouf de soulagement. J'ai eu si peur, qu'une fois la pierre remise, je reste un long moment devant le puits pour être certain qu'elle ne va pas en ressortir.
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Mardi 13 juillet
Il est vrai que j’ai du mal à imaginer mon avenir. De quoi demain sera-t-il fait ? S'esquisse dans ma tête le jour où je donnerai ma démission de l’hôpital. Mais peut-être devrais-je l’envisager plus rapidement. M’extirper du dessous de cette épée de Damoclès qui me menace en permanence, et qui vient incessamment hanter mes nuits. Je ne sais pas de quoi j’ai envie. Même si je fais un bilan plutôt positif de toutes mes activités depuis le début de l’année, j'aimerais que les choses aillent plus vite, et ne plus me retrouver freiné par ces périodes de doutes qui me tétanisent. Par bonheur, je ne me sens pas freiné par mon âge. À cela, je préfère ne pas penser. Jusqu'ici, ma seule satisfaction à vieillir résidait dans la perspective d'arriver à cinquante-cinq ans pour partir en retraite de l'hôpital, et enfin me libérer de ce poids écrasant. Heureusement, je m'en suis échappé avant. Pour éviter les regrets, je me persuade qu’avant cet avant, je n’étais pas prêt. Pas assez au fond du trou. Peut être pas assez mûr pour affronter la réalité en face. Merci à ma dépression de m’avoir fait ouvrir les yeux et de m'avoir sauver de cet étiolement programmé jusqu'à en mourir à petit feu. Même si par moment, encore, je ressens du mal-être, je me sens dorénavant plus maître de ma vie. Elle ne dépend que de moi. Peut être que les ruines que j’ai remontées, les maisons que j'ai reconstruites, n’étaient que l'expression du vrai problème qui est ancré en moi, à savoir que les seules et vraies ruines que j'avais à remonter étaient mes propres ruines affectives. Et les arbres que j’ai plantés, n'étaient-ils pas aussi que l'expression des désirs que je voulais voir s'affirmer et grandir. Je ne sais pas. J’essaie de comprendre la signification de mes actes. Au lieu de combler des fissures dans de vieilles pierre en les cimentant, j’aurais bien mieux fait de m’apercevoir que les vraies fissures se trouvaient en moi-même. Il me faudra en parler à ma psy. J’ai l’impression d'avoir encore un très long chemin à parcourir avant de me découvrir complètement et de pouvoir espérer vivre en harmonie avec moi-même. Je sens que ce n’est pas encore pour demain.
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Samedi 17 juillet
Aujourd’hui, je passe la journée chez mon frère Claude, avec mon frère aîné, Michel, et une partie de leur famille, nièce, cousin, etc. Comme le plus souvent, mes deux frères et moi nous asseyons les uns à côté des autres. Je me sens particulièrement bien au début du repas. Vers la fin, mon chien se bat avec le chien de ma nièce. Par ma faute. Car à lancer des bouts de gras à mon chien, l’autre s’est précipité sur lui pour lui prendre et tout a dégénéré. Je me fais mordre la main en voulant séparer les chiens. Sur le coup, j'essaie de faire saigner le plus possible, puis ma belle-sœur m’applique un désinfectant. Après quoi, je commence à me sentir mal. J’aimerais pouvoir rentrer chez moi.
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Vendredi 23 juillet
Cela faisait longtemps que nous ne nous étions pas retrouvés ainsi réunis tous les cinq. Le repas se déroule dans une ambiance tendue. Les enfants critiquent la nourriture, parlent tout le temps, et je ne parviens pas à contrôler la situation. Après le dîner, j’ai de nouveau une altercation avec Adeline qui se montre arrogante. Le ton monte. Nous nous disputons. Elle me détaille les tâches ménagères qu’elle a soi-disant faites aujourd’hui, en prétendant notamment qu’elle a passé l’aspirateur, alors que c’est sa copine qui l’a fait cet après-midi. Ce mensonge est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle me pousse à bout. Je la gifle. Qu’est-ce que je regrette ce geste malheureux ! Je ne sais plus quoi faire devant l’opposition systématique d’Adeline face aux tâches ménagères. Quand, par exemple, je lui demande de mettre la table, soit elle fait semblant de ne pas entendre, soit elle dit « Oui, oui », et ce n'est pas suivi d'effet. Quelle attitude adopter ? Je me sens démuni. De plus, je me projette une image négative de moi-même, celle du père qui ne parvient pas à assurer. Plus tard, j'essaie de parler à Adeline, quand elle va se coucher. Refus total de sa part : « Bon, ça va, je dors ». Elle éteint la lumière. Elle accepte quand même que je lui fasse un bisou. Qu’est-ce que c’est dur d’être parent.
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Samedi 24 juillet
Ce matin encore, je me pose les mêmes questions au sujet de mes enfants. Je n’arrive pas à avoir autorité sur eux. Comment m'y prendre ? Je retrouve encore dans la peau du faible. Il me faut absolument résoudre ce problème. Est-ce le fait de grandir et d'entrer dans l'adolescence qui contribue à les rendre rebelles ? Est-ce dû à la situation familiale dans laquelle ils vivent ? Il est vrai qu'avec moi, ils n'ont pas les mêmes règles qu'avec Christine. Je sais qu’elle fait beaucoup de choses à leur place, leur prépare systématiquement leurs habits du matin et ne leur demande que peu de participation. J’attends l’avis de ma psy sur l'exacte attitude à tenir. Peut-être me faudrait-il acheter un livre spécialisé ?
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Dimanche 25 juillet
Ce matin, Éliane et moi discutons avant de nous lever. Elle me reproche de ne pas appliquer de règles précises pour l'éducation de mes enfants. De ne pas être assez comme ceci ou comme cela. « Si ça continue, menace-t-elle, vous allez tous rentrer chez vous, car je ne pourrai pas le supporter plus longtemps ». « J'en ai assez d’être traitée comme un meuble ! ». »Adeline et Yohann ne me disent plus bonjour le matin, dit-elle, alors moi non plus ». « Je te signale qu’ils regardent la télé alors que je croyais que l’on avait dit qu’il n’y aurait pas de télévision aujourd'hui ». « Tu ne te rends pas compte de la charge de travail qui me revient quand on est cinq ». Pour ce qui est de moi, je me sens pris dans un étau, et je réalise parallèlement que je retrouve dans les mots d'Éliane la rigueur qui était de mise chez ses parents. Notamment dans le fait de sermonner les enfants lors des repas. « Lave-toi les mains ». « Touche pas ça avec tes mains sales ». « Tu viens de toucher le chien, va te laver les mains ». J'ai du mal à m'y retrouver entre mon laxisme personnel et ces règles si établies.
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Après le déjeuner, je monte me coucher. Éliane me suit et, là encore, elle continue de me faire des reproches. Je lui dis que je partirai bientôt et qu'ainsi elle n'aura plus à nous supporter. Elle réagit violemment : « Tu sais très bien que j'ai dit ça sous le coup de la colère, et que je ne le pensais pas » ; « Moi, je veux que les enfants obéissent, car je me sens mal m’occuper d’eux quand tu t'absentes ».
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Samedi 31 juillet, dimanche 1er août et lundi 2 août
Nous passons trois jours à Center-Parc, et pour une fois, je me sens détendu. J'y mets toutefois un bémol, car il se produit un incident au restaurant. La serveuse ne nous présente pas la carte du menu enfant, elle ne s'en excuse pas quand nous lui en faisons l'observation et, en plus, elle nous répond effrontément : « Vous savez bien qu’il y a toujours un menu enfant dans les restaurants ». Ensuite, le délai d'attente est très long alors qu'il n'y a pas foule et que nous sommes arrivés les premiers. Enfin, il nous faut insister pour obtenir nos desserts. Entrés à table à dix-neuf heures, nous y sommes encore à vingt-et-une heures. En cours d'attente, j'essaie de faire un peu d'humour avec la serveuse, du style : « Vous savez, nous travaillons pour le guide GaultMillaut ». Mais elle le prend mal. Du coup, après cela, c'est moi qui me sent mal. Et le pire est que tous mes bons souvenirs du séjour à Center-Parc s'effacent pour ne conserver à l'esprit que ce mauvais épisode.
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Mercredi 4 août
Mauvaise journée. Tout d'abord, je me réveille fatigué et, vers dix heures, alors que je répète le spectacle avec Éliane, je ressens une douleur au cœur, à l’inspiration. Je m'allonge, avec la frayeur d’avoir une crise cardiaque. On appelle le médecin qui assure que ce n'est pas grave à l'énoncé des symptômes. Au bout de dix minutes, la douleur disparaît, mais je me sens épuisé. Je vais me coucher.
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Vendredi 6 août
Ce matin je me sens triste, je ne sais pas vraiment pourquoi. Je me trouve très laid. Le visage marqué encore plus que d'ordinaire. S’il n’y avait les enfants, je n’aurais que l'envie de prendre des comprimés et de retourner dormir dans mon lit.
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Dimanche 8 août
Je n’arrive pas à remonter. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas retrouvé avec une telle souffrance. Une douleur lancinante qui envahit intensément ma tête et mon corps. Comme une tension ardente qui me noue constamment le ventre. J’ai envie de redevenir embryon. C’est une régression. Je pense à la mort.
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De vieilles obsessions me parasitent à nouveau l'esprit. Mon aspect physique, mon visage surtout, et puis la vieillesse. L'autre jour, un gamin m'a crié au moment du spectacle où j'évoquais mon grand-père : « C’est toi le papy Mougeot ? ». Phrase que j’ai prise en pleine figure et qui, je pense, a accentué ma descente aux enfers. Avoir l’air, l’apparence d’un vieux, quelle image terrible. Et moi qui me débat pour rattraper le temps perdu ! Course et combat inutiles, car j’ai ruiné ma santé et ma vie dans cet hôpital-prison. Les regrets sont terribles. Ce que je fais maintenant, je pouvais l'entreprendre il y a vingt ans. Pourquoi ne suis-je pas tombé immédiatement dans la bonne filière ? Je découvre à présent le milieu artistique, le vrai, celui qui peut faire vivre, avec ses réseaux de tournage, ses aides, ses subventions... Qu’est-ce que j’ai pu être aveugle. Je me retrouve aujourd'hui dans une situation de débutant, avec vingt ans de trop. J'en souffre.
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Depuis ma 'crise cardiaque', je pense énormément à la mort. J'imagine mon nom en lisant chaque jour la page nécrologique du journal. Je la sens présente autour de moi, près de moi. 'Avec mon cœur qui boite, et la mort qui me fait signe', comme le chante Henri Tachan. J'observe mon bureau, envahi de papiers. Il est en désordre comme mon cerveau. Je pense à mon père qui a fait deux accidents cérébraux, à la fin de sa vie, et qui l'a terminé hémiplégique. J’use peut être trop mon cerveau.
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Lundi 9 août
Il faut que je me tempère, car je ne verrai pas ma psy avant fin août. Ce matin encore je ressens cette sensation de vide intérieur. La seule chose nouvelle, depuis hier, c’est ce besoin de mettre de l'ordre. Je me couche à deux heures du matin après avoir commencé à ranger mon bureau, et je suis loin d'avoir terminé.
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Mardi 10 août
Je continue à n’être qu’une ombre, une silhouette sans consistance. Pour m'oublier un peu, je termine de ranger mon bureau avant de partir dans les Alpes.
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Jeudi 12 août
Je me sens mieux depuis que nous sommes arrivés à Annecy. J’ai le sentiment de remonter vite.
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Samedi 14 août
Nous vivons en pleine nature dans le chalet d’Odile. Je me sens bien à observer les paysages, triste parfois, sans en saisir la raison. J'éprouve souvent le besoin de me retrouver seul, mais ce n’est pas facile.
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Mercredi 18 août
Cette nuit, je fais un cauchemar. Je dois reprendre mon travail, mais je ne peux pas m'y rendre la première journée, car il m'est impossible de marcher, je ne peux que ramper. C'est très éprouvant, je souffre énormément. Je finis par y aller le deuxième jour, et c'est Jacques Chirac qui m'accueille en tant que directeur de l’hôpital. Il me demande d'aller chercher un malade avec un collègue aide-soignant. Avant de partir, il me fait part de son désagrément du fait que j'ai esquinté l'ambulance en reculant dans un mur. Il me dit avoir pensé que ce n'était pas grave, mais que la facture qu'il vient de recevoir se monte malgré tout à cinq mille francs. Il me prépare du thé, avant que je ne parte faire ma course et, ce faisant, je m'aperçois qu'il met deux comprimés dans l'eau. Je m'en trouve mal à l’aise. Puis en revenant de chercher le malade, c'est une vision d'horreur quand je rentre à l'hôpital. Tous les malades sont enfermés dans des sacs de toile. Il fait sombre et seules leurs têtes hideuses apparaissent. On leur donne des cigarette de haschich à fumer, ce qui les rend zombies. Certains se dégagent de leurs sacs, libèrent les autres malades et s'en prennent à moi qu'ils veulent enfermer à mon tour dans un sac. Je suis effrayé. Ensuite, ils m'assomment et décident d'aller violer des infirmières. À la fin, je me retrouve dans le bureau de Jacques Chirac qui n'est plus là, puisque c'est un ancien infirmier psy qui l'a remplacé comme directeur. Je me sens minable, tout petit devant sa réussite.
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Lundi 23 août
Je n’arrive pas à comprendre pourquoi je me sens si mal depuis quelque temps. Est-ce le fait d’avoir baissé le Séresta (un demi le matin et un demi à seize heures). J’ai voulu faire bien. Ne plus dormir après le déjeuner et profiter d'un temps de bien-être pour baisser mon traitement. Je me pensais plus déprimé qu’anxieux. En fait, l’anxiété est toujours là, présente au fond de moi. J'ai toujours une foule de peurs nichées en mon for intérieur. Peur de mon avenir avec Éliane. Peur de ne pas être à la hauteur de mon avenir. Peur que cesse mon arrêt de longue maladie. J'aimerais évoquer ma démission de l'hôpital avec ma psy. Dorénavant, elle ne va plus être longue à rentrer de vacances.
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Dans la nuit, je fais un cauchemar. Ma belle sœur passe au tribunal pour rébellion. Le juge est allemand. J'assiste aux audiences. Une avocate plaide pour défendre ma belle-sœur. Guy Bedos intervient et prend d'énormes risques pour la sauver. Il s'en trouve par la suite inquiété. Tous les comiques sont en prison. Coluche s’étiole dans sa cellule. Patrick Font aussi. Nous évoluons dans un régime de dictature.
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Mardi 24 août
Nous assistons à des spectacles pour enfants au Grand-Bornand, et c'est le seul moment où je parviens un peu à m'oublier. J'arrive alors à m'extirper de ma coquille parce que ces spectacles me rapprochent de mon univers. Après les représentations, je vais voir les artistes pour discuter et leur demander leur plaquette. De voir leurs spectacles me rassure quant au mien et m'encourage à persévérer pour atteindre l'excellence.
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Samedi 28 août
Sur le chemin du retour, que nous faisons d’une traite, je ne cesse de cogiter. J'envisage tous les cas de figures possibles et imaginables. Je pense à me faire réhospitaliser. À retourner à Nieuil. Je pense aux spectacles. À me replonger à fond dans le travail. À l'amélioration technique du studio pour devenir autonome. Je pense à mon appréhension des tensions, une fois arrivé à la maison, quand je vais reprendre en charge mes enfants. Je n’arrive pas à aligner deux mots tellement mes cogitations m'emplissent l'esprit.
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Une fois arrivé, je décharge rapidement la voiture. En dînant, je bois trop et trop vite, à tel point que la fatigue du voyage aidant, cela m'enivre. Du coup, quand je sors arroser les plantes, je perds l'équilibre, je tombe et je me frappe le visage par terre.
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Dimanche 29 août
En m'observant dans le miroir de la salle de bains, je remarque la trace violacée sur ma pommette. Il me faut revoir ma psy, car je ne sais plus où j'en suis. Après ma toilette, je fume une cigarette. Cela me fait penser que plus je fume et moins je deviendrai vieux. C'est tant mieux. Car je n'ai aucune envie de me retrouver dans la peau d'un vieillard et de devenir sénile. Se pourrait-il que je pense cela, du fait d'avoir longtemps travaillé dans un service d'hospitalisation de vieux ? J'éprouvais de la répulsion, le matin, lorsqu'on extrayait certains vieillards de leur urine ou de leurs excréments. J'en ai été profondément marqué. À jamais.
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Le mois à venir s'avère très important pour moi, car c'est là que va se jouer mon avenir. Je vais faire mes envois pour faire connaître l’association, faire des démarches pour signer des contrats pour le spectacle pour enfants, pour trouver des interprètes pour mes chansons. Il me faut absolument être en forme. J'attends avec impatience de revoir ma psy pour qu'elle me remette sur les rails. ~
Mercredi 1er septembre
Je continue de me torturer, car notre relation avec Éliane fait du ping-pong. Quand je rentre du studio, à deux heures du matin, après avoir enregistré un CD, je prends mes gouttes et je reste une demi-heure en bas, à lire, pour ne pas la déranger. Quand je monte enfin et que je me mets au lit, avec précaution, Éliane se réveille, regarde l'heure et me harcèle de reproches : « C'est à cette heure-là que tu rentres ! », « Tout ce temps pour enregistrer deux chansons ! », etc. Je n'appréhende pas vraiment la situation. J'ai l'impression de revivre les interrogatoires poussés de ma mère envers mon père.
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Jeudi 2 septembre
Au réveil, ce matin, je rappelle l'épisode malheureux de la nuit à Éliane. Ce à quoi elle répond : « Il ne fallait pas le prendre mal, je plaisantais »...
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Vendredi 3 septembre
Notre relation se normalise avec Éliane.
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Aujourd’hui est important, car je vais emmener les enfants à Mignaloux, à dix-huit heures, et nous allons formaliser avec Christine quel est le meilleur système de garde pour eux. Ce matin, l'avocate a convenu avec moi, au téléphone, que la proposition formulée par Christine était la meilleure possible.
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À la réunion du soir, je n'en reviens pas de me retrouver face à une Christine sereine et sans haine. J'espère que tout se passera bien, dorénavant, à l'avenir.
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Lundi 6 septembre
J’ai les enfants à gérer. Adeline n’a pas classe aujourd’hui et Yohann non plus demain. Je dois me rendre à Mignaloux, tout à l’heure, pour ramener Adeline. Tout me paraît une montagne. J’aurais envie d'arrêter de penser et d'aller dormir.
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Je retrouve ce goût de prendre mes comprimés. Je m'allonge dans mon lit et je rabats les couvertures sur moi. Ne vais-je jamais m’en sortir ? Malgré cela, je ne dors pas, car je ne cesse de cogiter. Je me dis qu’il me faudrait mieux vendre ma maison de Nieuil, car personne n'y habitant plus, elle ne vit pas. Je pense ensuite à mes enfants en me disant que je ne me sens plus capable de les assumer. Fatigué de tout. Épuisé. De plus, je me trouve affreux en ce moment. Mes joues se creusent d'avantage. Il est vrai que je n'ai pas d'appétit. Comment trouver les mots pour décrire cette souffrance qui n'est pas quantifiable. Il n'existe pas d’appareil de mesure comme pour d’autres maladies. Je marche, je bouge, mais cette sensation permanente de non vie au fond de moi est vraiment difficile à supporter.
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Mardi 7 septembre
Ce matin, en me regardant dans la glace, je me trouve encore horrible. Avec une tête de squelette. Je ne supporte pas mon visage. Un lifting me ferait-il devenir mieux ? Cette nuit, encore, j’ai fait un cauchemar sur le sujet. En croisant les gens dans la rue, ils disaient de moi : « Lui, c'est sûr, il se drogue, il fume du hash ». Je rencontre un collègue qui, lui, fume vraiment, et je lui raconte. Ça le fait rire. Pas moi. Je lui dis que je préférerais me piquer à l’héroïne ou prendre de la cocaïne. Il m’en propose et étale de la poudre blanche devant moi. Ça me paralyse, mais j’en respire tout de même un peu, en craignant les conséquences. Fin du rêve.
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Enfin, voilà, j’ai l’impression de retourner en arrière. Que pourrais-je faire pour me sentir résolument bien. Pourquoi le bonheur me semble-t-il si lointain ? Je me sens comme une mouche engluée dans une toile d’araignée, sans espoir d'échappée.
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Mercredi 8 septembre
Je dis à Éliane qu'une seule chose pourrait me venir en aide en ce moment, c’est de jouer beaucoup. Faire un grand nombre de spectacles. Avoir le regard des enfants braqué sur moi, entendre leurs rires, voir leurs yeux briller de mille feux.
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Jeudi 9 septembre
La nouvelle formule de garde des enfants est finalement bien adaptée. Adeline le pense aussi, et l'énonce en reconnaissant que de transporter son sac en milieu de semaine finissait par lui peser.
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Éliane se trouve bien en ce moment. Est-ce parce que moi je me sens mal ? Cette espèce de phénomène des vases communicants me fait peur.
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Moi qui attendais énormément du rendez-vous de ce soir, j'en suis très déçu. Ma psy est absente. Gigantesque déception. Me suis-je trompé ? Pourtant, je l'entends me dire au téléphone : « Je ne suis pas là lundi, mais je peux vous voir jeudi à dix-huit heures ». Le temps va me paraître long et difficile d'ici le prochain rendez-vous. Il va me falloir gérer ce week-end sans le bénéfice de cet entretien dans lequel je plaçais beaucoup d'espoir.
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Dimanche 19 septembre
Je me sens mieux depuis lundi dernier. La semaine est vite passée. Je n’ai pas cessé de travailler pour l’association et pour le spectacle. Je reprends confiance, et plus je travaille et plus ma reconversion se profile définitivement. Je réalise ma chance d'ainsi me tracer un tel avenir.
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Pressé par l'arrivée d'un copain que je dois aider à emmener des affaires à la déchetterie, j'en oublie de prendre mon traitement.
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Vers onze heures, je commence à me sentir mal. Ceci est peut-être dû en partie au fait de côtoyer cet ami qui ne va pas bien lui-même.
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À midi, je ressens des picotements dans les mains, des bourdonnements dans les oreilles, une hypersensibilité au bruit, la sensation que mes yeux veulent sortir de leurs orbites, et une envie de pleurer.
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De prendre mon traitement vers quinze heures, fait que cela va mieux en soirée.
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Mardi 21 septembre
La semaine s’annonce chargée, aussi bien en séance de répétition, qu'en commandes de vinyles à graver sur des CD, et qu'en contacts à prendre pour jouer notre spectacle dans les écoles de Poitiers. Je profite de mon énergie du jour pour effectuer un maximum de tâches.
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Mercredi 22 septembre
Je suis content pour Yohann, car le pédopsychiatre me fait rentrer dans son bureau pour m'annoncer qu'il stoppe les séances avec lui. Yohann en est aussi très heureux.
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Vendredi 24 septembre
Depuis quelques jours, j’ai du mal à sortir de mon lit. À émerger. Il faut dire que je rêve beaucoup. Je suis dans la cour de mes parents. Il y a une grosse plaque de tôle qui recouvre un volcan souterrain. Une fois la plaque enlevée, j'aperçois non pas de la lave, mais de l'eau recouverte d'une croûte transparente qui la retient prisonnière. Il me semble apercevoir comme un grand regard au fond de cette eau. Quelques bulles d'oxygène s'en échappent. J'essaie désespérément de briser cette croûte avec une grosse barre de fer, pour faire jaillir l'eau et l'oxygène, car il me semble être dessous. J'étouffe de plus en plus. J'échoue et, à la fin, je suffoque et je me noie. Je regarde une dernière fois dans l'eau et j'y aperçois un squelette.
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Lundi 27 septembre
Je me sens mieux en revenant de chez ma psy. D'ailleurs, dans la nuit, je ne rêve pas.
~ Mardi 28 septembre
Je me dis qu'il me faudrait voir ma psy tous les jours pour que cela aille mieux. C'est moitié ce que je pense, et c'est moitié de l'humour (ce qui est un tantinet positif). Toujours est-il que je suis extrêmement sensible à ce qu’elle peut penser. Certainement de trop. Exagérément de trop. Mais je ne parviens pas à contrôler cette peur du jugement et de l’humeur de l’autre
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Vers vingt-deux heures, je me sens un peu bizarre, tiraillé entre mes enfants, un peu turbulents et Éliane qui les voudrait plus calmes. J'ai grand mal à m'affirmer dans cette situation.
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Mercredi 29 septembre
Voilà mon cauchemar. Je me trouve devant un juge qui me dit : « Vous avez des enfants, je ne vous laisse pas le choix, soit vous reprenez votre travail, soit vous allez en prison ». Je lui réponds : « Ce ne sera ni l’un ni l’autre, monsieur le juge ». En même temps que je lui fais cette réponse, elle m'apparaît comme morbide. Car il y a une autre solution. Plus définitive celle-là.
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Vendredi 1er octobre
Je téléphone à mon collègue Gérard, responsable de la CFDT, pour savoir si le texte qu'il m'a fait suivre sur les démissions peut s'applique à mon cas. Il me dit qu'il va se renseigner et qu'il me tiendra au courant. J'ai confiance en lui, ce qui n'exclut pas que j'ai grand peur de sa réponse.
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Jeudi 7 octobre
Tout le début de semaine est consacré au spectacle pour enfants. Répétition, le matin, avec Éliane. L'après-midi, je téléphone aux comités d'entreprises, tandis qu'Éliane démarche les écoles. Cela commence à payer, nous décrochons quelques contrats.
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Mercredi 13 octobre
Heureusement qu’Éliane est là, en ce moment, car elle se montre plus efficace que moi. Il est très démoralisant de douter comme je le fais présentement.
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Vendredi 15 octobre
Aujourd’hui, nous présentons notre spectacle dans une petite école, et nous n’avons que des compliments. Ça me fait vraiment plaisir et, de plus, cela me rassure. J'ai plus que jamais envie de continuer. D'autant que les institutrices nous demandent si nous avons des CD du spectacle à vendre. Elles se disent persuadées que les parents seraient intéressés de l'acheter.
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Dimanche 17 octobre
Pour une fois, je fais un rêve porteur. Je suis sur scène et nous sommes trois artistes à passer l'un après l'autre. Je ne sais pas à l’avance ce que je vais interpréter. Quand mon tour arrive, j'aperçois Yohann et ma mère au premier rang du public. J'ai avec moi deux jouets enveloppés dans du papier que j'entreprends de déballer sur scène. Ma mère m'observe en soupirant. Je défais complètement l'emballage du deuxième jouet et, là, oh surprise, il s'agit d'une roue que je place sur un axe avec un gros élastique et qui fait des étincelles quand je la propulse en l'air au-dessus du public. À mon grand étonnement, c'est très beau.
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Lundi 18 octobre
J'aime bien le visage de ma psy et la beauté de ses cheveux, couleur d’automne. Je suis fasciné par la teinte de sa chevelure. Je la trouve resplendissante. J’aurais vraiment envie de lui dire, mais je suis trop timide pour cela
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Dimanche 24 octobre
Je suis particulièrement heureux ce matin, car je prends ma guitare en me levant pour composer. Il y a très longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Ensuite, je commence à préparer mon matériel pour aller jouer à l’Île d’Yeu. J'ai cinq spectacles à donner là-bas. Mon rêve commence vraiment à se dessiner.
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Samedi 31 octobre, dimanche 1er novembre
Les spectacles de l’Île d’Yeu se déroule parfaitement. On me complimente sur mes chansons. Je ne me sens pas fou de joie pour autant, juste un peu rassuré pour les prochains spectacles.
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En marchant sur la plage avec Éliane, j'éprouve un sentiment inquiétant en considérant la mer. Une frayeur à voir cette énorme masse s'agiter. Puis une immense tristesse. Une envie de pleurer. La mer !? La mère !? Cadeau empoisonné que cette dernière réflexion. Ne veut-elle jamais se faire oublier ? Elle se rappelle encore à moi bien après sa mort. Je ne regarde plus la mer de la même façon. Elle m'effraie. Elle m'attriste. Et en plus, elle parle, en faisant ce bruit incessant à frapper les rochers.
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Je ressens une sensation d'enfermement à me trouver sur cette île. Une sorte de prison entourée d’eau, d’où l’on ne peut pas sortir.
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Je suis content de partir.
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Mercredi 3 novembre
Le calendrier des spectacles se remplit. J'en éprouve de la joie. J’ai très envie d'écrire de nouvelles chansons pour enfants, de faire évoluer ce spectacle et, ensuite, d'en créer un autre vers janvier. Ce n'est pas le travail qui manque pour les semaines à venir. J'ai deux sonos à réaliser en novembre, quelques spectacles à donner, et la préparation d'un CD. Après cela, nous allons pas mal jouer en décembre. Puis plus rien en janvier. Du coup, la galère à affronter pour me débarrasser totalement de l’hôpital, se réinstalle dans mon esprit.
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Lundi 8 novembre
Je rêve de nouveau. Je me retrouve à l'hôpital où je consulte l'expert médical. Il étudie mon dossier, sans prononcer un mot. Puis, se retournant vers l'un de ses collègues, il lui balance : « Tu as vu le gros traitement qu’il a, lui !? ». Suite à quoi, il met fin à la consultation, sans rien me dire. Je me lève et commence à partir, avant de me raviser, de revenir sur mes pas, et de lui envoyer avec violence : « Dites-vous bien que je ne retournerai jamais à l'hôpital, jamais dans cet enfer, vous m'entendez ! ». Il me considère et me demande : « Ça ne vous fait rien si je leur dis ? ». Je lui rétorque que « non ».
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Deuxième rêve. Je me prépare à aller acheter une voiture et, finalement, je me retrouve dans une casse où l’on me propose une 2 CV, ou alors une vieille américaine toute rouillée.
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Mercredi 10 novembre
Toujours beaucoup de rêves sur le matin, et, par la suite, l’impression d'en porter le poids toute la journée.
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Nous jouons dans une école maternelle, et je me fais une image très négative de mon visage, lors du spectacle. Il est vrai que j'ai trop chargé sur mon maquillage, comme ça, bêtement. Est-ce pour cette raison, en tout cas, je me trouve laid et vieux. Ceci dit, le spectacle se déroule bien. Nous en recevons beaucoup de compliments. Le meilleurs moment est quand, à la fin, les enfants viennent nous embrasser. J'en suis ému et dérouté, moi qui me trouvait laid et vieux.
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Vendredi 12 novembre
Je rencontre les professeurs d’Adeline, et ils me renvoient à leur insu une image négative de moi. Bavarde, inattentive, ne travaille pas assez, tendance à rêver. Mais c’est le mot bavarde qui revient constamment. Trop bavarde. Ce mot raisonne particulièrement en moi. Il me renvoie à ces séances d’humiliation quand j'étais en CE 2, et aux gifles que je recevais devant le tableau noir à chacune de mes fautes d’orthographe : « Alors, Gaudin, on bavarde et on n'écoute pas », « On bavarde », « bavard »… Et à chaque fois une gifle et le rire de toute la classe. Je ressens toujours de la haine contre cette institutrice. Comment me débarrasser de cette cicatrice ?
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Du coup, le soir, impossible de m’endormir. Je me lève et je trie des papiers. Finalement, je me couche vers deux heures trente.
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Mardi 16 novembre
Je fais beaucoup de cauchemars et quand je me réveille, vers quatre heures du matin, j'ai mal au dos. J'ai du mal à trouver une position pour me rendormir. Je ferais mieux de me lever, car je me sens 'envahi'.
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Samedi 20 novembre
Encore un ! J'arrive à l'hôpital, je me dirige vers les infirmiers et je leur balance : « Bon, vous m’avez vu, messieurs, maintenant je m’en vais ». Et je file aussi sec. Sauf qu'ensuite ça tourne mal, car je n’arrive plus à retrouver ma voiture dans le parking. Je la cherche dans tous les étages. Je prends des escaliers en fer. Des ascenseurs. Je désespère. Je n'arrive à rien. Je ne me souviens plus. C’est sans fin.
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Je ne sais pas si c’est à cause du rêve, mais je suis empreint de tristesse toute la journée. Je suis toujours malade. Dépressif. Envie de rien. De me coucher et de dormir. L'impression d’être ballotté par la vie comme une coquille de noix par la mer. D'accord, je fais quand même des trucs, mais je sens bien qu'il ne me faudrait pas grand chose pour tout arrêter. Je pense que les anti-dépresseurs n’agissent pas sur moi en ce moment, mais je les prends tout de même pour ne pas être en manque.
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En extrême fin de soirée, mon angoisse se dissipe. Je sais que je vais voir ma psy, lundi, et cette perspective me réjouit.
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Mardi 23 novembre
Dans le mouvement, j'achète une Ford Focus break, de seulement huit mille kilomètres encore sous garantie constructeur. Quand je rentre à la maison et que j'en informe Éliane, elle manifeste clairement son mécontentement. Elle me dit que je me suis emballé et que j'aurais dû lui en parler avant. Que si, précédemment, elle s'était déclarée d'accord pour participer à l'achat d'une voiture, elle ne l'est plus dorénavant compte tenu des conditions dans lesquelles je viens de le faire. C'est comme si tout s'effondrait. Je déprime un maximum. Je regrette mon geste. Encore une fois, je me renvoie une image négative. Celle de l'homme qui fait n'importe quoi.
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Jeudi 25 novembre
Tout s'arrange finalement, nous allons prendre livraison de la voiture, et Éliane la trouve très belle et confortable.
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Samedi 27 novembre
Nous jouons pour la première fois dans une crèche et le résultat est superbe. Le regard des tous petits nous subjugue. Je sens que je remonte la pente.
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Dimanche 28 novembre
Quand je repense à cette histoire de voiture, je songe à mon père. Sa voiture était importante pour lui. Il conduisait. C'était le seul endroit où il avait l'initiative. Quand je réfléchis aux évènements liés à l'acquisition de la voiture, depuis la vente de la mienne, je me dis que me sentant dépendant d’Éliane, je voulais que ça cesse. Je prenais sa voiture et elle n'était pas contente quand elle sentait une odeur de tabac à l'intérieur. Certainement ma décision rapide était-elle une façon de reprendre les rennes.
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Lundi 6 décembre
Je reçois la lettre du comité médical au sujet de mon arrêt de longue maladie. Il me repousse de trois mois. Je m'en trouve très désappointé, car la dernière fois il m'avait prolongé de six mois. J’essaie de recontacter mon copain de la CFDT, mais il est absent. J'aurais voulu lui demander si je pouvais obtenir rapidement une pension d'invalidité, comme il est prévu dans les textes, et ce, pour quitter l’hôpital.
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Mercredi 8 décembre
Ce soir, je suis excité à l'idée d'aller jouer. Les spectacles se succèdent et je suis heureux de savoir que nous donnons des représentations demain, après-demain et toute la semaine prochaine. Malgré cela, je traverse toujours des moments de tristesse et d’inquiétude.
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Jeudi 9 décembre
Spectacle sans faute, aujourd'hui. C'est vraiment très bien. Et je me sens bien.
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Ce soir, en promenant mon chien, je repense aux éloges que nous a fait la directrice d'école sur la qualité des textes et des musiques. Ce que je n'arrive pas à comprendre, c’est qu’à chaque fois que cela se produit, je n'éprouve pas de grande joie. Comme si ces compliments étaient destinés à un autre. Ça devrait me rassurer, mais non, même pas, le doute persiste.
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Plus je fréquente le milieu de l’Éducation nationale, avec la hiérarchie, les contraintes, les manques de liberté inhérents à la création, et plus je me dis que j’ai de la chance d’avoir quitté l'Administration. L’Administration dans toute son horreur. Avec ses notes de service. Ses règles qui mettent au pas tous ceux qui voudraient sortir du rang. Dire que j’ai été contraint par ce système.
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Plus les fêtes de fin d’année approchent, et plus je me replie sur moi-même. Toute cette hyper consommation me donne envie de vomir. Moi, j’ai envie de jeûner le soir des réveillons. Ils ne me verront pas dans les rayons de supermarchés à remplir mon chariot de victuailles. Troupeaux de moutons allant boire au même abreuvoir et courant à la même mangeoire, aux mêmes moments. Je hais cette période de cadeaux obligés, de traditions obligées. Je me contrefiche du passage à l’an 2000. Je suis effrayé de la folie humaine liée à cet évènement. Je n'ai pas l’impression de vivre dans le même monde.
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Vendredi 10 décembre
Pour une fois, je fais un rêve agréable qui me fait me réveiller à cinq heures du matin. J'ai vingt-cinq ans et je me vois, en gros plan, sur une jaquette de CD, avec une peau très lisse et saine. L'encadrement de la photo fait bien ressortir mon visage.
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Dimanche 12 décembre
De nouveau un cauchemar. Je suis en psychiatrie et je reçois un collègue de travail comme patient. Comme le fait de boire le rend violent, qu'il a bu et qu'il s'est battu, il a le visage couvert d'hématomes. À un moment, il attrape une bouteille de vin, sortie de je ne sais où, la vide, et le ton monte. Il est très fort, je me sens au plus mal. Nous sommes obligés de nous mettre à trois sur lui pour le maîtriser. Après la bagarre, une surveillante m'informe que demain je serai seul à le surveiller. Je suis paniqué. De plus, je me demande ce que je fais là. Puis quelques instants plus tard, je deviens moi-même violent et je casse tout dans l’infirmerie. On veut m’attraper. Je m'échappe. Je cours dans les rues sans savoir où aller. Je reviens alors dans le parking de l’hôpital, en courant à toute vitesse, et je monte dans ma voiture. Pas le temps de démarrer que des infirmiers me sautent dessus et me capturent.
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Qu’est-ce que j’aimerais me débarrasser définitivement de l’hôpital.
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Mardi 14 décembre
Nous jouons dans une salle magnifique à La Rochelle. Le bilan de la saison est positif. Elle se termine en beauté sur ce spectacle. Vraiment, tout cela nous pousse à continuer. J’ai envie que cela soit encore mieux l’an prochain.
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Jeudi 16 décembre
Seul bémol de la saison, j'ai du mal à vraiment trouver mon look sur scène. Si Éliane est superbe dans son costume et avec son maquillage, il n'en est pas de même pour moi. Trouver la bonne alchimie entre mon personnage et moi, me sentir bien dedans, la coiffure, l’habillement, le maquillage, c’est drôle, mais je rencontre cette même difficulté dans la vie.
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Je confie à Éliane que j’aimerais bien écrire un nouveau spectacle s’intitulant La Belle et la Bête. L'histoire d'un Quasimodo, au cœur tendre. Comme si le fait de m'enlaidir s'avérait plus facile que de m'embellir.
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Lundi 20 décembre
Juste avant de partir pour Champgault, je ne trouve plus mes chaussures. Éliane les a mises dehors devant la porte, car je ne les avais pas rangées à leur place, dans un petit meuble de l'entrée, tout à l'heure en arrivant. Tout cela, parce que je devais repartir sous peu. Je quitte donc la maison très en colère. Ce geste prend des proportions immenses.
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Ce soir, quand j'arrive, je ne dis pas un mot. Éliane non plus. Silence très lourd. Je n’ai que l'envie d'aller me réfugier sous mes couvertures, ce que je fais un instant, car je dois me relever pour la réunion de l'association devant se tenir à vingt heures. J'attends que tout le monde soit arrivé pour descendre.
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Vendredi 31 décembre
Je suis content de me retrouver dans le Midi à terminer l'année avec mes amis. Par contre, je suis totalement indifférent à la date. Seulement heureux de passer à janvier et de m’éloigner de ces deux dates de Noël et du Premier de l’An.
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Lundi 3 janvier 2000
Aujourd’hui est une journée vide, accompagnée d’une certaine tristesse. Je demeure à la maison toute la journée, pour garder les enfants. Ce qui ne m’arrive jamais. Disons que c’est une journée de flou avant la réelle reprise des activités. Demain nous allons pouvoir établir notre programme avec Éliane, un programme très chargé. Si nous voulons réussir cette reconversion, il va nous falloir nous donner à fond, et j’ai cette envie-là. Moi qui appréhendais ces fêtes de fin d’année, elles se sont finalement bien passées. Notamment la soirée de Nouvel-An avec nos amis. D'ailleurs Marie-Claude, me confie, au téléphone, ce matin, que c’était un des plus beaux réveillons de sa vie. J'en suis à la fois content et surpris que l’on puisse se sentir bien avec moi.
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Mardi 4 janvier
Je fais un cauchemar. Il y a un fou dangereux attaché sur la route de Limoges. Il a été ligoté à un arbre par des policiers. Doté de pouvoirs exceptionnels, il parvient facilement à se détacher. Puis il attrape son portable et par le biais des ondes téléphoniques, il fait provoquer une grave collision entre deux bateaux qui naviguent sur l'Atlantique. Comme un collègue et moi sommes responsables de sa capture, je tremble que ce fou ne vienne chez moi pour se venger. Finalement il se rend chez mon collègue. Là encore, par le truchement des ondes téléphoniques, il transmet ses pensées belliqueuses au fils de mon collègue qui devient odieux envers son père. Sur ce, il kidnappe le fils et va l'attacher à l'arbre où il se trouvait lui-même ligoté, avant de s'en aller tranquillement à travers champs, persuadé qu'on ne le recherchera pas, du fait que quelqu'un d'autre a pris sa place.
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Je me réveille très perturbé par ce rêve. En me douchant, je me dis que je suis peut-être en train de rechuter. Je ne me sens plus capable de quoi que ce soit.
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Mercredi 5 janvier
Je ne me sens pas très bien, en ce moment. Je n’arrive plus à savoir où j’en suis. Je n’ai plus le temps de faire de la musique, tant le travail à côté accapare mon temps. Demain, je vais prendre rendez-vous avec la médecine du travail comme me l’a conseillé mon copain de la CFDT. Je redoute ce rendez-vous.
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Éliane et moi, voulons embaucher quelqu'un en emploi jeune pour nous libérer du temps et mieux nous consacrer à nos spectacles. Les autres membres de l’association semblent réticents, sauf la trésorière qui pense cela faisable. J'ai l'impression d'arriver à un tournant de l'entreprise. À ce moment où je me décide à foncer, alors que d'autres prennent leurs temps faute de disponibilité. Cette association est pour eux un passe-temps. Je crois qu’il n’y a qu’Éliane et moi qui avons conscience du travail accompli et à accomplir. D'ailleurs, Éliane a commandé un ordinateur pour les tirages des plaquettes et autres lettres à envoyer, afin d'être autonome.
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Vendredi 7 janvier
Matinée très tendue, dans l'attente du rendez-vous avec le docteur de la médecine du travail, cet après-midi. Plus l'heure approche et moins je me contrôle.
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Au départ, la doctoresse commence par me dire qu'il me faut utiliser mes droits jusqu’au bout. Je lui explique ma position au regard de l’hôpital, ce que j’y ai enduré et le combat que je mène pour m'en sortir. Elle me fait évoquer les situations malheureuses que j'ai connues à l'hôpital. Il me vient à l'esprit l'image de mon collègue mort que j'ai dû aller reconnaître à la morgue. Il s'était jeté d'une passerelle. Premier suicide, et pas banal, puisqu'il venait de faire six nuits à l'hôpital avec moi. Je revois son visage avec émotion. Ensuite me reviennent les souvenirs d'autres suicides. L'image de ce pendu que je décroche. Plus toutes les violences auxquelles, j'ai été confronté. Je sens que l'évocation de ces souvenirs me tire les traits du visage. Finalement, la doctoresse téléphone à une personne plus spécialisée qu'elle au niveau des droits, et m’annonce quelques minutes plus tard que je peux faire une demande de mise en invalidité, dès maintenant. Ma tension redescend d'un coup. J'aperçois le bout du tunnel…
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C’est étrange, mais en sortant de ce rendez-vous je me sens comme sonné et, alors que je devrais être heureux, je me sens déprimé.
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Éliane me propose d’aller au cinéma, et j'accepte immédiatement. Pour nettoyer mon cerveau de tous ces souvenirs que la doctoresse m'a fait brasser. Je ne pensais pas que cet entretien me rendrait mal à ce point. Le cinéma peut balayer ces images en en superposant de nouvelles. J'espère que le film sera accrocheur.
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Samedi 8 février
Ce matin, je ne me sens pas trop mal. Le fait d'être retourné au cinéma, hier soir, a dû me faire du bien. Dans la nuit, je transpire beaucoup et si j’ai le souvenir de faire un cauchemar, il demeure flou dans ma mémoire quand je m'éveille en pleine nuit. Et fait nouveau, au matin, je sens que ce cauchemar n'est pas porteur. Je suis d'attaque pour travailler dur pour l’association et pour notre spectacle.

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ÉPILOGUE

Mardi 2 mars 2005
Aujourd’hui c’est mon anniversaire et j’ai envie de reprendre la plume pour faire un bilan depuis l’arrêt de mon journal. J'ai vécu tellement d’événements, j'ai fait tant de rencontres, ma dépression a transformé mon existence à un tel point, qu'il m'est difficile de revenir sur ses dernières années et de les analyser.

Ma dépression, ma si grande ennemie, est devenue l’amie qui a su me montrer le chemin à délaisser et celui à emprunter. Il est vrai qu’elle m’a fait terriblement souffrir durant toutes ces années, me plongeant dans les pires abîmes… Il est vrai qu’elle ne m’a pas ménagé, transformant mon existence en un combat permanent où je prenais des coups sans pouvoir m'en défendre. Avec le recul, je considère à présent que ma dépression a été mon coach, mon professeur de vie, mon entraîneur de conscience. Elle n'a pas fait de moi un athlète de haut niveau, mais simplement un être plus libre, plus vivant, plus décideur de son existence. Quel voyage que l’exploration de sa propre pensée ! Peut-être le plus beau des voyages que l'on puisse s’offrir. L’homme moderne part à la conquête de planètes éloignées, alors qu’il ne connaît même pas son propre 'jardin secret'. Ce 'jardin' qui, s'il est bien cultivé, doit lui permettre de vivre pleinement sa vie, et non de passer à côté.

Depuis mon voyage intérieur, j’ai modifié ma façon de vivre, ma façon de voir les choses, les gens, le monde qui m’entoure. Mon regard n’est plus le même. Ma pensée est différente. Oh, bien sûr, ma fragilité, mon hypersensibilité sont toujours là, par contre j’ai acquis la conviction que c’est plus un avantage qu’un inconvénient. J’en fais une force plutôt qu’une faiblesse ou un handicap.

Déjà, je ne travaille plus à l’hôpital psychiatrique depuis maintenant sept ans. Cette profession m’a apporté de multiples souffrances, mais je sais qu’elle m’a aussi enseigné une connaissance de l’homme enfermé dans ses pensées, d’approcher les pires situations de détresse, et aussi la violence. Aujourd'hui, l'extérieur ne me fait plus peur. Je peux affronter maintenant toutes sortes de situations. La folie extérieure, les évènements dramatiques ne me paniquent plus. Les êtres bizarres de la rue ne me font plus peur. Devant un accident, une personne en difficulté, je peux dorénavant agir en toute sérénité. J’écris cela en connaissance de cause car, à plusieurs reprises, cela m’est arrivé. Dès lors, j'agis avec un calme et une détermination qui m’étonne.

Je suis parvenu à changer de profession pour faire ce que j’avais toujours voulu faire : Vivre du spectacle, de la musique et me consacrer entièrement à l’écriture En ne craignant plus l’extérieur, je me suis mis à 'bouger', comme le papillon qui sort progressivement de sa chrysalide. Je me suis mis à changer. J’ai été à la rencontre des autres, pris des contacts, osé franchir des portes, osé téléphoner, osé parler de moi, osé vivre… Un autre monde s’est construit progressivement autour de moi, j'ai fait de nouvelles connaissances, j'ai noué de nouvelles amitiés.

J’ai commencé par vendre la maison où je vivais. Je voulais également tourner cette page, voir un autre horizon et surtout d’autres murs. C’était 'la bonne affaire du moment', sans attirance particulière. Une sorte de mariage de raison, mais certainement pas d’amour. Elle représentait plutôt un tombeau que j’avais rénové sans plaisir et dans lequel je m’étais renfermé progressivement. Je n’ai aucun bon souvenir dans cette maison que certains auteurs appellent notre deuxième peau. Déjà que j’avais des problèmes avec ma première peau, alors là, vraiment, c’était le comble. C’est aujourd’hui seulement que je réalise pourquoi je voulais me séparer de cette ruine, à un certain moment. Parce qu'elle représentait l’image de mon mal-être. Au lieu de cela, j'ai voulu la retaper. Je me trompais de cible. C’était moi qui était à retaper et non ce tas de pierres.

J’ai donc cherché une maison où je pourrais me sentir bien. J’ai trouvé celle qui me correspondait, celle où j’allais enfin pouvoir commencer ma deuxième vie, celle où j’allais pouvoir enfin être heureux. Je l’ai choisi en bord de ville, pour m'éviter d'interminables trajets en voiture, et aussi parce que je suis foncièrement un citadin. Jusqu'à présent, j’avais confondu l’amour de la nature et la vie à la campagne. Maintenant, je profite pleinement de la campagne en allant y faire des promenades. J’y vais uniquement pour le meilleur et non pour le pire. Finies les heures d’entretien, de coupage de gazon, d’arrachage de l'herbe. Maintenant, c’est moi que j’entretiens.

Professionnellement, je ne vis plus dans la contrainte. Je décide de mon orientation. Je choisis les interprètes et les musiciens avec qui j’ai envie de travailler. Ma première grande rencontre fut avec Fred, qui allait devenir mon arrangeur attitré. Ses doigts magiques habillent mes chansons avec harmonie et talent. Plus qu’un collaborateur attentif, il est devenu un ami. À la suite de cette rencontre, d’autres ont suivi. J’ai croisé le chemin d'Ève et Blandine, deux sœurs chanteuses, douées d'un talent fou et déjà dotées d'un palmarès. J’ai commencé à écrire pour elles. Elles m’ont fait découvrir le monde des concours de chant dont elles étaient familières. À partir de là, et dès le premier concours, où Blandine est arrivée première avec une de mes chansons, une autre rencontre allait s'avérer déterminante. C’était à Chartres. Parmi les candidates inscrites, une jeune fille chantait ce soir-là hors concours. Il s'agissait de Coralie. Elle habitait le sud de la France et était parrainée par l’agence de spectacles, organisatrice du concours. Coralie, âgée de quinze ans seulement, est apparue sur scène dans un halo de lumière blanche. Mince, à l'allure extrêmement fragile dans sa robe rose, elle a commencé à chanter. Dès lors, une émotion intense m’a envahi. Elle m'a fasciné. L histoire aurait pu ce terminer là, mais sa mère présente dans la salle a voulu me voir. Elle avait entendu Blandine et Ève interprétant mes chansons et, les ayant appréciées, elle m'a demandé d'écrire pour sa fille. Nous n'avons pas cessé de correspondre, les mois suivants. J'ai appris à bien connaître Coralie par l'intermédiaire de sa mère portant le doux prénom de Marie. Et là, j'ai découvert un univers inconnu de moi. Celui des personnes greffées. Car Coralie a été greffée du foie à l’âge de cinq ans. Marie m’adressa le livre qu’elle avait écrit sur Coralie et l'histoire de sa greffe : 'La petite fille abricot'. Une histoire pathétique et joyeuse sur ces années d’attente, de souffrance, d’espoir, de désespoir, de joie. L'histoire d’une mère qui se bat avec rage pour la vie de sa fille. Un jour Marie m’a demandé si je voulais bien écrire une chanson sur le don d’organe. « Bien sûr, lui ai-je dit, je vais essayer ». Je n’étais pas coutumier de ce genre d’exercice. Écrire sur un thème si pointu que je ne connaissais pas vraiment. Je m’y suis mis sans certitude au départ. Puis au fur et à mesure de mes griffonnements, je me suis senti envahi par une étrange impression. Celle d'être moi-même possesseur d’un organe que l'on venait de me transplanter. Je suis devenu greffé à mon tour. De jour en jour, le texte s'est mis en place, la musique aussi. J'étais enceinte de cette chanson qui grandissait de plus en plus dans mon corps. Quelque temps plus tard, 'Une partie de toi' était complètement écrite. L’accouchement fut un doux moment. Mon 'enfant' était là, en dehors de moi, mais tellement présent. Il ne me restait plus qu’à l’habiller avec l’aide de Fred, son 'parrain'. Fred aussi travailla beaucoup sur cette chanson. Chaque accord prenait l'allure d'une précieuse dentelle, chacune des notes devenait une fine couture. La chanson peaufinée, il ne nous restait plus qu'à la remettre à sa mère adoptive, Coralie. Quelques jours après, appel de Marie, du Sud de la France. La chanson avait fait l’unanimité dans la famille.

Par la suite, Coralie se mit à chanter 'Une partie de toi' sur scène. Et à chaque fois l'émotion et les compliments furent au rendez-vous. Ses parents décidèrent alors d’autoproduire un CD. La chanson allait être gravée, distribuée, écoutée. Son aventure se poursuivait. L’an dernier, un auteur de théâtre tombe sur cette chanson, et très touché de ce qu'elle véhicule, décide alors d’écrire un spectacle sur l’histoire d’une jeune fille greffée. L'œuvre terminée, il engage Coralie pour jouer son propre rôle. Après des mois de répétitions, la pièce est jouée en janvier 2005. Un succès. Cerise sur le gâteau pour Coralie, mais aussi pour moi, la pièce sera jouée à Paris au théâtre du Gymnase, en avril de cette année. Le théâtre où jouait Coluche à ses débuts. Un très grand honneur pour moi. Le 'hasard' me conduit à concrétiser un rêve qui me semblait précédemment inaccessible. Mais l’aventure ne s’arrête pas là. Entre-temps, la chanson est écoutée par un producteur qui décide de réenregistrer la chanson. Coralie entrera dans un studio important, et le nouveau CD sortira dans l'année : 'Une partie de toi' devient adulte.

Les bonnes nouvelles continuent. Les lignes que j’écris actuellement sont aussi le fruit de ce 'hasard' si particulier. Ma rencontre avec Jean-François. Notre première rencontre eut lieu devant un garage. Il en cherchait un, et moi j’en libérais un. Quelques mois après, nous nous retrouvons à la piscine, dans un Jacuzzi. Là nous entamons une conversation sur nos professions respectives. Jean-François est éditeur, écrivain. Je lui parle de mon admiration pour les écrivains. L’écriture de romans me parait totalement inaccessible. Moi qui depuis mon adolescence n’écrit que des chansons, c’est-à-dire une histoire de trois minutes et qui ne tient la plupart du temps que sur une page. Alors un livre entier ! Tout en riant, au fond de moi, je lui dis que la seule fois où j’ai noirci (le mot me semble approprié) des pages blanches, sans musique, sans rimes et sans… discontinuer, c’était un journal lors d’une violente dépression qui avait duré deux ans. Deux années d’écriture sans relâche, deux années où mon mal de vivre, ma souffrance interne se déversaient sur les pages d’un bloc de papier. Après notre discussion, nous en restons là. Le lendemain, mon téléphone sonne. C’est Jean-François qui m’appelle pour me demander si je voulais bien lui confier mon journal pour le lire. Surpris dans un premier temps, je lui dis : « Pourquoi pas ! », tout en le prévenant que je ne l’avais jamais relu et que depuis toutes ces années j’en avais complètement oublié le contenu. Cela parait l’intéresser, malgré tout, et je lui confie mon 'manuscrit'. La suite, vous la connaissez puisque vous lisez ces lignes…

Ces cinq dernières années ont été frappées du sceau de la renaissance et de la naissance. Renaissance de moi-même, naissance d’une nouvelle vie, naissances de nouveaux projets, de nouvelles créations. Mais la plus belle, la plus merveilleuse, la plus extraordinaire est la naissance de mon troisième enfant : Mélodie est née en 2002. Sa maman se prénomme Éliane et je suis amoureux fou de ce petit être que je vois grandir chaque jour avec un plaisir indescriptible. Dorénavant, je me sens libre dans la gestion de mon temps, et aussi très disponible pour elle et moi, pour nous. Certainement ce dernier point est-il le plus important ! Celui de pouvoir s’accorder le temps de la contemplation. Je souhaite à tous les parents d’avoir un enfant comme Mélodie. Mais je leur souhaite surtout de savoir prendre le temps de vivre avec et pour leurs enfants. L’amour profond et attentif est la meilleure nourriture spirituelle que l’on puisse leur donner et se donner à soi-même.

Aujourd’hui, je remercie ma dépression de m’avoir ouvert les yeux, de m’avoir offert un regard nouveau sur le monde qui m’entoure. Bien sûr, je voudrais aussi dire un grand merci d’amour à tous ceux qui m’ont soutenu pendant ma traversée du désert, à tous ceux que j’ai rencontrés pendant ces deux années et qui m’ont permis d’être encore plus vivant aujourd'hui. Merci Madame ma psychiatre d’avoir porté sur moi ce regard si positif, merci aux autres patients pour leur complicité. Merci pour ces instants de 'malheurs'. Merci la vie !

DÉDICACE :
Je dédie ce livre à Adeline, à Yohann et à Mélodie, les amours de mon existence.
Jean-François Gaudin

0.01 €

s/liseuses (estimation) : 160 pages

Avril 2016

ISBN : 979-10-94391-07-5

L'AUTEUR /E

Photo de l'auteur



Jean-François Gaudin : « Aujourd’hui, je remercie ma dépression de m’avoir ouvert les yeux, de m’avoir offert un regard nouveau sur le monde qui m’entoure. Bien sûr, je voudrais aussi dire un grand merci d’amour à tous ceux qui m’ont soutenu pendant ma traversée du désert, à tous ceux que j’ai rencontrés pendant ces deux années et qui m’ont permis d’être encore plus vivant aujourd'hui. Merci Madame la psychiatre Bénichou d’avoir porté sur moi ce regard si positif, merci aux autres patients pour leur complicité. Merci pour ces instants de 'malheurs'. Merci la vie ! »

CE QU'ON DIT DE CE LIVRE



AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR...

Ce texte n'a jamais été destiné à être publié.

Jean-François Gaudin m'a dit lorsque je l'ai rencontré, qu'il avait noirci des feuilles pendant les deux ans qu'avait duré sa dépression parce qu'il ne se voyait pas à utiliser sa guitare dans le centre de repos où il a séjourné, comme le lui avait préconisé la psychiatre qui le suivait. Il s'est alors mis à écrire sa vie au jour le jour. Il m'a confié qu'il consignait ses pensées sur des feuilles qu'il remettait ensuite à sa psychiatre. Elle s'asseyait près lui dans le fauteuil de sa chambre, lors de ses visites quotidiennes, les lisait, puis elle les emportait avec elle pour les classer dans le dossier de Jean-François. Vers la fin de sa dépression, avec la timidité et la délicatesse qui le caractérisent, Jean-François lui demanda s'il lui était possible de récupérer ses feuilles. La psychiatre lui a répondu que : « Oui, bien sûr ! », en lui précisant, tout sourire : « Vous savez, vous n'êtes pas mon plus vieux patient, mais vous êtes mon plus gros dossier ! ». Et c'est ainsi que Jean-François est reparti avec sa pile de feuilles sous le bras, qu'il a a rangée chez lui dans un coin. Si je suis tombé en possession de ces pages, c'est parce qu'il m'arrive d'écrire des livres, et qu'avec Jean-François, nous avons parlé de nos passions respectives et similaires lors d'une rencontre fortuite. Et comme j'ai l'esprit curieux, j'ai voulu me rendre compte. Cela n'a pas été possible immédiatement, car Jean-François m'a dit : « Oh ! je n'ai jamais retouché à ces feuilles depuis le temps de ma dépression, elles doivent être déclassées telles que me les a rendues ma psychiatre ! ». J'ai donc dû attendre quelque temps que Jean-François réordonne tout cela. Et c'est ainsi que j'ai hérité d'un paquet de 432 feuilles écrites à la main. Je les ai lues, fait des coupes afin d'éliminer les redites, et fait un peu de remise en forme, mais très peu. Il en résulte une confession très épurée, sans artifice et sans aucune retenue. Le texte est criant de sincérité, poignant, parfois drôle, et surtout, surtout, il s'en dégage qu'avec de la volonté et l'aide d'un entourage, médical et affectif, l'on peut se sortir de bien des situations, aussi désespérées soient-elles. J'ai aimé ce texte et je pense qu'il en sera de même pour vous. Jean-François Pissard

« DES ONDES POSITIVES » « Ce livre n’est pas un roman. C’est une histoire vraie, celle des deux années de dépression qu’a traversées Jean-François Gaudin et qu’il raconte au jour le jour. C’est du brut. Son témoignage débute sur un ton neutre, sec, sans description physique des lieux et des êtres qui l’entourent, ce qui traduit bien son 'envie de rien' et son enfoncement dans l’isolement. Extérieurement, on a une succession de faits et de gestes, des automatismes qui montrent un quotidien perçu comme vide et absurde. Le 'voyage intérieur' se fait par les souvenirs qui ressurgissent dans le désordre. Le passé apporte des pièces de puzzle qui s’assemblent peu à peu : enfance, école, vie de couple, parents, etc. Mais aussi les rêves où apparaissent les acteurs et les chanteurs préférés de Jean-François, la mère dominatrice et une foultitude de personnages. L’inconscient remonte à la surface. Ce sont ces 'cauchemars porteurs' qui bousculent son existence, créent des tensions, et qui paradoxalement apportent des clés et reconstruisent l’individu. C’est ainsi que Jean-François compose progressivement une nouvelle partition de sa vie (je n’utilise pas les mots par hasard). Un livre positif, qui ne manquera pas de titiller chacun/e. Et qui fera dire que le 'je' en vaut la chandelle. Emmanuel P.

« LA RÉALITÉ D’UNE MONSTRUOSITÉ » « Un journal, un témoin au jour le jour... Nul besoin d'artifice : le récit est direct, les mots simples, et nous voici plongé dans cet enfer permanent que constitue cette saloperie de maladie, dont chacun a pu vaguement entendre parler, mais que très peu connaissent vraiment. Bonne route à vous sur le chemin d'une nouvelle vie, bien plus apaisée et sereine ! » Utopia.

« NAUFRAGE SUR L'ÎLE DE RÉ » « Je ne regrette pas mon voyage au pays de Jean-François Gaudin. Un pays de mots voulus salvateurs par son thérapeute, une femme, une mère, dont il va quémander, presque mendier, l’estime pendant plusieurs mois. Intermittent de sa vie entre deux rendez-vous. Luttant pour ne pas céder à l’envie de s’enfouir sous les couettes, pour un temps indéterminé, le monde est hostile dehors, et il y a cette enfance à recommencer. Est-ce en l’enfance que le mal trouve matière à s’enraciner ? L’auteur sème des indices, et comme d’entrée cette confession nous touche, on cherche à comprendre, on enquête, on est tenu en haleine, on avale les pages, cette maladie, elle vient d’où ? Nous, on n’est pas pareil, n‘est-ce pas ? On a pourtant commencé à lire persuadé qu’on ne ferait jamais naufrage, nous, notre embarcation ne prend pas l’eau, on nage bien au-delà de la ligne d’horizon. Seulement, il n’y a pas que l’enfance. Jean-François Gaudin toutes ces années a exercé un métier dont il est las, écœuré. Et nous, est-on toujours heureux dans notre monde professionnel ? On commence alors à lire le livre en songeant qu’il n’est pas à usage unique. Comment le malade s’en sort-il ? Manifestement, il est euthanasié par les drogues. Faire taire l’angoisse, elle paralyse, et il y a à faire, pour ne plus dériver. Car c’est là le mot clef : faire. Aménager son île, coupée du reste du monde, après son naufrage. Découvrir un nouveau quotidien, il faut l’apprivoiser, c’est difficile, les gestes de la vie. 'Qu’on me donne l’envie, l’envie d’avoir envie.' Ce n’est pas cette chanson de Johnny Halliday qui illumine la vie de Jean-François Gaudin, mais les siennes. Et l’amour aussi. Il a dû faire toutes les guerres, pour être si fort aujourd’hui, comme le chante Francis Cabrel. L’ennemi est le regard, destructeur. Comment rendre ce regard ami ? En donnant matière à ce qu’il le soit ? Peut-être. L’idée qu’on se fait d’un regard est subjective. Et c’est là la grande quête, apprendre à être sujet. Quand se referme la dernière page virtuelle, on est content de ce petit bout de chemin, en sa compagnie. Finalement, ce journal, c’est pour tout le monde, qu’il l’a écrit. » Céline Vay.

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